Nausées vomissements : causes, traitements et conseils
Causes, antiémétiques, plantes, micronutrition : guide complet sur les nausées et vomissements fondé sur les recommandations HAS 2022.

Les nausées et vomissements — cette sensation désagréable de malaise gastrique pouvant aboutir à l’expulsion du contenu de l’estomac — figurent parmi les motifs les plus fréquents de consultation au comptoir de la pharmacie. Bénins dans la majorité des cas (gastroentérite virale, erreur diététique, mal des transports), ils peuvent aussi signaler une urgence chirurgicale ou une pathologie sous-jacente sérieuse. Comprendre les mécanismes en jeu — dopaminergique, sérotoninergique 5-HT3, histaminique — permet de choisir la bonne molécule, la bonne plante, ou le bon micronutriment. Ce guide, fondé sur les recommandations HAS 2022 sur les antiémétiques, vous donne toutes les clés pour conseiller avec rigueur.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Nausées vomissements : les différentes étiologies
- 2. Mécanismes physiopathologiques des nausées et vomissements
- 3. Conseils hygiéno-diététiques immédiats
- 4. Nausées vomissements : les antiémétiques médicamenteux
- 5. Micronutrition et nausées : vitamine B6, zinc, magnésium
- 6. Solutions naturelles contre les nausées vomissements
- 7. Quand consulter un médecin en urgence ?
1. Nausées vomissements : les différentes étiologies
Avant de recommander quoi que ce soit, le pharmacien doit identifier le contexte. La distinction entre vomissements aigus (apparus depuis moins de 48 heures) et chroniques ou récidivants oriente immédiatement la démarche.
Vomissements aigus d’apparition récente
Ce sont les plus fréquents en officine. Les causes à reconnaître et à ne pas négliger sont les suivantes :
- Urgences chirurgicales : occlusion intestinale, invagination intestinale aiguë, appendicite aiguë — vomissements associés à une douleur abdominale intense, signe d’alarme absolu
- Intoxications aiguës alimentaires (Staphylococcus aureus, Bacillus cereus) ou médicamenteuses
- Mal des transports (cinétose) — mécanisme vestibulaire et histaminique H1
- Syndromes infectieux : gastroentérite virale (rotavirus, norovirus), ORL, cystite, méningite
- Hypertension intracrânienne — vomissements dits « en jet », sans nausée préalable, signe d’alarme neurologique
- Erreurs diététiques : excès lipidiques, alcool
Vomissements chroniques ou récidivants
- Grossesse : nausées du 1er trimestre chez 70 à 85 % des femmes enceintes ; hyperémèse gravidique sévère dans 0,3–3 % des cas
- Reflux gastro-œsophagien ou sténose du pylore
- Anomalies métaboliques : acidocétose diabétique, hypercalcémie, insuffisance surrénalienne
- Vomissements sous chimiothérapie (mécanisme sérotoninergique 5-HT3 prédominant)
- Troubles psychologiques : trouble anxieux, dépression, troubles des conduites alimentaires
- Allergies ou intolérances alimentaires
Médicaments responsables de nausées
La base de données Thériaque recense plus de 143 classes médicamenteuses susceptibles de provoquer des nausées ou des vomissements. Parmi les plus fréquentes au comptoir :
| Classe médicamenteuse | Mécanisme de la nausée | Conseil pratique |
|---|---|---|
| Antidépresseurs (ISRS, IRSN) | Stimulation sérotoninergique 5-HT3 entérique | Prise au cours du repas, posologie progressive |
| Morphiniques | Stimulation de la zone gâchette dopaminergique (area postrema) | Dompéridone préventive possible sur avis médical |
| Biguanides (metformine) | Irritation de la muqueuse gastro-intestinale | Prise strictement en milieu de repas, introduction progressive |
| IEC / sartans | Accumulation de bradykinines (IEC) | Signaler au prescripteur si persistant |
| Antirétroviraux | Multifactoriel, souvent transitoire | Ne jamais arrêter seul le traitement |
| Antiparkinsoniens (L-DOPA) | Stimulation dopaminergique périphérique | Dompéridone de choix (ne pas utiliser métoclopramide) |
ℹ️ Pour les médicaments inducteurs de nausées
La plupart des effets indésirables digestifs médicamenteux diminuent spontanément après 1 à 2 semaines, le temps que l’organisme s’adapte. Une posologie d’introduction progressive et une prise au cours du repas suffisent souvent à les contenir. Ne jamais interrompre un traitement au long cours (antirétroviraux, antiparkinsoniens, antidépresseurs) sans avis médical.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Face à des nausées récentes, posez systématiquement trois questions : Y a-t-il de la fièvre ? Des douleurs abdominales intenses ? Une prise médicamenteuse récente ? Ces trois éléments permettent d’orienter vers une cause infectieuse, chirurgicale ou iatrogène — et de décider si un antiémétique OTC est adapté ou si une consultation s’impose.
2. Mécanismes physiopathologiques des nausées et vomissements
Le vomissement n’est pas un réflexe simple : c’est une cascade neuromusculaire orchestrée par un réseau central appelé le générateur central du vomissement (Central Pattern Generator for Vomiting, CPG), localisé dans le tronc cérébral — précisément dans le complexe de Bötzinger. Ce générateur reçoit des signaux de trois sources principales :
Schéma des quatre voies de déclenchement des nausées et vomissements : zone gâchette (area postrema), cortex, tractus gastro-intestinal et appareil vestibulaire, toutes convergeant vers le générateur central du vomissement (tronc cérébral).
Cinq systèmes de neurotransmetteurs sont impliqués dans ce réseau (Revue Médicale Suisse, 2017) : le système dopaminergique (D2) — cible des antagonistes comme le métoclopramide et la dompéridone — ; le système sérotoninergique (5-HT3) — activé notamment par les entérocytes intestinaux lors d’une agression infectieuse ou chimique (chimiothérapie), et bloqué par les sétrons (ondansétron) et le gingembre ; le système histaminique (H1) — impliqué dans le mal des transports, cible du diphénhydrinate ; le système cholinergique muscarinique — activé par l’appareil vestibulaire ; et enfin les neurokinines (NK1), cibles de l’aprépitant utilisé en oncologie.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Connaître la voie de déclenchement des nausées vous permet de choisir le bon antiémétique : mal des transports → antihistaminique H1 (diphénhydrinate) ; nausées liées à la dopamine (morphiniques, antiparkinsoniens) → dompéridone de préférence au métoclopramide ; nausées d’origine vestibulaire pure → antihistaminique ou anticholinergique.
3. Nausées vomissements : conseils hygiéno-diététiques immédiats
Avant tout médicament, les mesures comportementales et alimentaires restent la première ligne de prise en charge. Ces conseils simples, souvent suffisants dans les formes légères, réduisent les stimuli nauseux sans effets indésirables.
En cas de nausées
- Manger tiède plutôt que chaud : la chaleur augmente les volatils odorants des aliments et déclenche le réflexe nauseux via les récepteurs nasaux projetant sur le système limbique
- Privilégier les aliments faciles à digérer : yaourts, riz, banane, viande maigre, pain grillé — éviter les aliments trop gras, trop sucrés ou épicés
- Fractionner les repas : 5 à 6 petits repas valent mieux que 3 repas copieux (moins de distension gastrique, moins de stimulation vagale)
- Boire par petites quantités régulières (30 à 50 ml toutes les 15 minutes) — les boissons gazeuses peu sucrées sont tolérées
- Astuce validée : manger quelques biscuits salés secs avant le lever réduit les nausées matinales de grossesse en stabilisant la glycémie et en absorbant les sécrétions gastriques nocturnes
Après un épisode de vomissements
- Ne rien manger pendant environ 2 heures pour laisser la muqueuse gastrique se régénérer
- Reprendre les liquides par très petites gorgées : 30 ml toutes les 15 minutes, en augmentant progressivement
- En cas de gastroentérite : se pencher en avant lors de l’éjection — jamais couché — pour éviter les fausses routes trachéales, particulièrement dangereuses chez le nourrisson, la personne âgée ou en état confusionnel
- S’allonger un bref moment après en faisant de grandes inspirations lentes pour calmer le système nerveux autonome parasympathique
⚠️ Gastroentérite : mesures d’hygiène indispensables
En cas de gastroentérite virale, le norovirus est extrêmement contagieux (dose infectieuse de 10 à 100 particules virales). Le lavage des mains à l’eau et au savon pendant 30 secondes, la désinfection des surfaces contaminées et l’éviction temporaire des collectivités sont indispensables pour limiter la transmission. Les gels hydroalcooliques sont insuffisants contre le norovirus : le lavage au savon est impératif.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Pour la réhydratation, les solutions de réhydratation orale (SRO) sont le gold standard — notamment chez le nourrisson et la personne âgée. Leur composition en glucose/électrolytes exploite le cotransporteur SGLT1 de l’intestin, actif même en cas de diarrhée sévère. Une SRO commerciale (Hydrafuge®, Adiaril®, GES 45®) est bien préférable à l’eau plate seule ou aux sodas, qui aggravent les déséquilibres ioniques.
4. Nausées vomissements : les antiémétiques médicamenteux
La HAS (novembre 2022) a réaffirmé que les antiémétiques ont une place restreinte dans le traitement des nausées et vomissements courants : leur rapport bénéfice-risque ne justifie leur usage que lorsque les vomissements sont susceptibles d’engendrer une déshydratation ou des complications graves. Les vomissements bénins s’arrêtent spontanément lorsque l’estomac est vide.
🔑 Positionnement HAS 2022 — à retenir
La HAS indique que l’efficacité clinique de la dompéridone et du métoclopramide à 30 mg/j n’est pas solidement établie par des données versus placebo dans leurs indications actuelles. Ces médicaments restent utilisables sur prescription médicale pour des durées courtes, mais ne doivent pas être délivrés systématiquement au comptoir pour des nausées bénignes.
Antihistaminique H1 — Diphénhydrinate (Nausicalm®, Nautamine®)
Le diphénhydrinate bloque les récepteurs H1 histaminiques au niveau vestibulaire et du système nerveux central. C’est le traitement de référence du mal des transports et des nausées/vomissements sans fièvre en automédication. Utilisable à partir de 2 ans (avec précautions) sous forme de sirop et comprimés. Durée courte recommandée.
⚠️ Précautions du diphénhydrinate
Contre-indications absolues : risque de glaucome à angle fermé, rétention d’urines, enfant de moins de 2 ans. Précautions : personne âgée (confusion, rétention, chutes liées à la somnolence), adénome de la prostate, constipation chronique. Somnolence possible parfois intense — ne pas conduire. Potentialisation par l’alcool et les sédatifs.
Antagonistes de la dopamine
| Molécule (spécialités) | Famille / mécanisme | Particularités / précautions | Niveau de preuve ⓘ |
|---|---|---|---|
| Dompéridone Motilium®, Péridys®, Oroperidys® |
Butyrophénone. Ne passe pas la BHE. Effet prokinétique + antiémétique | Risque d’allongement QT → contre-indiquée si bradycardie, hypokaliémie, co-prescription d’allongeurs QT. Insuffisance rénale : réduire de 30–50 % | ⭐⭐ |
| Métoclopramide Primperan®, Anausin® |
Benzamide. Passe la BHE. Effets neuroleptiques faibles | Réservé à l’adulte. Contre-indiqué chez l’enfant. Dyskinésies précoces. Max 30 mg/j, 5 jours. Éviter chez l’épileptique et le parkinsonien | ⭐⭐ |
| Métopimazine Vogalène®, Vogalib® |
Desphénothiazine. Neuroleptique + anticholinergique faibles | Seul antiémétique de la classe disponible sans ordonnance (Vogalib®). Durée très courte (1–2 j max). Contre-indication : glaucome à angle fermé, troubles urétroprostatiques | ⭐⭐ |
| Alizapride Plitican® |
Benzamide sans effet anticholinergique | Innocuité grossesse/allaitement non établie. Réduire la dose si insuffisance rénale sévère | ⭐⭐ |
⚠️ Interactions médicamenteuses — antagonistes dopaminergiques
Association déconseillée avec : anticholinergiques (antagonisme des effets prokinétiques), neuroleptiques (effets centraux additifs), lévodopa et agonistes dopaminergiques — pour ces derniers, si un antiémétique est nécessaire, la dompéridone est à préférer car elle ne passe pas la barrière hémato-encéphalique et ne bloque pas les effets centraux de la dopamine. Le métoclopramide est formellement contre-indiqué en association avec la lévodopa.
👨⚕️ Conseil au comptoir
En automédication pour des nausées adultes sans fièvre ni signe d’alarme, la métopimazine (Vogalib®) est le seul antagoniste dopaminergique délivrable sans ordonnance. Vérifiez toujours l’absence de glaucome et d’adénome de la prostate avant toute délivrance. En cas de doute sur les contre-indications ou si les symptômes persistent au-delà de 24 à 48 heures, orientez vers le médecin.
5. Micronutrition et nausées : vitamine B6, zinc, magnésium
Au-delà des antiémétiques classiques, certains micronutriments jouent un rôle documenté dans la régulation des nausées, en agissant sur la synthèse des neurotransmetteurs impliqués dans le réflexe émétique. Cette approche, particulièrement pertinente en cas de nausées de grossesse ou de nausées chroniques fonctionnelles, mérite d’être intégrée dans le conseil officinal.
Vitamine B6 (pyridoxine) : cofacteur de la synthèse des neurotransmetteurs anti-nausée
La vitamine B6 — sous sa forme active pyridoxal-5′-phosphate (P5P) — est un cofacteur indispensable de plus de 100 réactions enzymatiques, dont la décarboxylation du 5-hydroxytryptophane (5-HTP) en sérotonine et du DOPA en dopamine. Elle intervient directement dans l’axe neurodigestif en modulant la transmission sérotoninergique — le même système que les antiémétiques antisérotoninergiques de type sétrons.
Son intérêt dans les nausées de grossesse est le mieux documenté : une méta-analyse (Salam RA et al., Cochrane Database, 2015) conclut que la pyridoxine réduit significativement l’intensité des nausées par rapport au placebo, en particulier pour les formes légères à modérées. Cette efficacité est reconnue par Ameli.fr, qui mentionne la vitamine B6 comme option de première intention pour les nausées de grossesse modérées (score ≤ 6 sur l’échelle PUQE).
Les doses documentées dans les essais cliniques sont de 10 à 25 mg/jour de pyridoxine — soit 5 à 13 fois l’apport nutritionnel de référence (ANR grossesse = 1,9 mg/j selon l’EFSA), mais bien en dessous du seuil de sécurité maximal fixé à 100 mg/j. La spécialité Cariban® (doxylamine 10 mg + pyridoxine 10 mg) combine cette molécule à un antihistaminique sédatif pour un effet synergique.
ℹ️ Mécanisme de la vitamine B6 sur les nausées
La pyridoxine active (P5P) catalyse la conversion du tryptophane en sérotonine via l’enzyme aromatique L-décarboxylase des acides aminés (AADC). Une carence, même relative, peut déséquilibrer la production sérotoninergique intestinale et centrale, avec un retentissement sur la motilité gastrique et le seuil de déclenchement du réflexe émétique. À noter : la grossesse augmente les besoins en B6 par compétition métabolique avec les estrogènes, qui inhibent plusieurs enzymes B6-dépendantes (Rose DP, Vitamins & Hormones, 1978).
Zinc : oligo-élément régulateur de la motilité gastrique
Le zinc est un oligoélément essentiel impliqué dans l’activité de près de 300 enzymes (ANSES). Son rôle dans les nausées est moins direct mais réel : il intervient dans la régulation de la sécrétion d’acide gastrique (inhibition de l’anhydrase carbonique gastrique) et dans la synthèse et la dégradation de la sérotonine intestinale. Des études épidémiologiques observent que les femmes souffrant de nausées gravidiques sévères (hyperémèse) présentent des taux sériques de zinc significativement plus bas que les femmes asymptomatiques.
La biodisponibilité du zinc est fortement influencée par les phytates (céréales complètes, légumineuses) qui réduisent son absorption intestinale — un élément à considérer dans les conseils alimentaires aux patients végétariens présentant des nausées récurrentes. Une supplémentation de 15 à 25 mg/j de zinc (sous forme de gluconate ou picolinate) peut être envisagée en complément, après évaluation du statut nutritionnel.
Magnésium : modulateur du tonus neuromusculaire digestif
Le magnésium joue un rôle central dans plus de 600 réactions enzymatiques. Au niveau digestif, il régule le tonus musculaire gastrique et la motricité œsophagienne en agissant comme antagoniste naturel du calcium sur les fibres musculaires lisses — mécanisme proche de celui de la menthe poivrée. Une carence en magnésium est associée à une hyperexcitabilité neuromusculaire, elle-même susceptible d’augmenter les spasmes gastriques et la sensibilité aux stimuli émétiques.
Le magnésium présente également un intérêt dans les nausées liées au stress et à l’anxiété : via son action antagoniste des récepteurs NMDA et activatrice des récepteurs GABA, il module la réponse du système nerveux autonome et diminue la composante corticale et limbique du déclenchement des nausées (schéma SVG ci-dessus, voie cortex/limbique). Les formes à privilégier sont le bisglycinate ou le glycérophosphate de magnésium, mieux absorbés et moins laxatifs.
| Micronutriment | Mécanisme d’action sur les nausées | Contexte clinique privilégié | Posologie indicative | Niveau de preuve ⓘ |
|---|---|---|---|---|
| Vitamine B6 (pyridoxine / P5P) | Cofacteur AADC → synthèse sérotonine et dopamine. Modulation sérotoninergique entérique | Nausées de grossesse (1er trimestre) ; nausées fonctionnelles chroniques | 10–25 mg/j (EFSA max 100 mg/j) | ⭐⭐⭐ |
| Zinc (gluconate, picolinate) | Régulation sécrétion acide gastrique ; cofacteur enzymes sérotoninergiques | Hyperémèse gravidique ; nausées chez sujets à risque de carence (végétariens, régimes riches en phytates) | 15–25 mg/j | ⭐⭐ |
| Magnésium (bisglycinate, glycérophosphate) | Antagonisme calcique sur muscles lisses gastriques ; modulation NMDA/GABA sur voie limbique | Nausées liées au stress/anxiété ; spasmes gastriques ; nausées migraineuses | 200–300 mg/j de Mg élément | ⭐⭐ |
👨⚕️ Conseil au comptoir — micronutrition
La vitamine B6 est la seule option micronutritionnelle disposant d’un niveau de preuve suffisant pour être recommandée en première intention dans les nausées de grossesse légères à modérées (Ameli.fr, HAS). Pour le zinc et le magnésium, les preuves restent observationnelles : proposez-les comme accompagnement complémentaire, jamais comme substitut à une évaluation médicale en cas de vomissements persistants ou de déshydratation. En grossesse, signalez systématiquement toute supplémentation au médecin ou à la sage-femme.
6. Solutions naturelles contre les nausées vomissements
Gingembre (Zingiber officinale Roscoe) — le mieux documenté
Le rhizome de gingembre contient deux familles de composés bioactifs responsables de son activité antiémétique : les 6-gingérols (présents dans le gingembre frais) et les shogaols (issus du séchage par déshydratation des gingérols). Ces molécules exercent un antagonisme partiel sur les récepteurs sérotoninergiques 5-HT3 entériques — les mêmes récepteurs ciblés par les sétrons — et inhibent la motilité gastro-intestinale excessive et les contractions antiperistaltiques.
Un essai randomisé contrôlé multicentrique en double aveugle (Crichton M et al., Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 2024) a montré qu’une préparation standardisée de poudre de racine de gingembre, ajoutée au traitement antiémétique standard, améliorait la qualité de vie liée aux nausées et vomissements chez les patients sous chimiothérapie. Le gingembre stimule également la sécrétion salivaire et accélère la vidange gastrique.
Posologie : 500 mg d’extrait standardisé 2 à 3 fois par jour, ou 1 g de poudre de rhizome par jour. Contre-indication : calculs biliaires (la cholérèse augmentée par les gingérols peut provoquer des coliques). À utiliser avec prudence chez les patients sous anticoagulants (légère inhibition de l’agrégation plaquettaire par les gingérols).
Thym (Thymus vulgaris L.) — antispasmodique digestif
Le thym exerce une action spasmolytique sur la musculature gastrique lisse via son huile essentielle riche en thymol et carvacrol, qui inhibent les canaux calciques voltage-dépendants des fibres musculaires. Il prévient également les ballonnements et stimule la sécrétion biliaire. En infusion (1 cuillère à soupe de thym séché dans 200 ml d’eau chaude, 5–10 minutes d’infusion) ou en gélules (1 gélule avant les 3 repas).
Aromathérapie — huiles essentielles antiémétiques
⚠️ Grossesse et huiles essentielles
La grande majorité des huiles essentielles sont contre-indiquées pendant la grossesse, en particulier au 1er trimestre, en raison de leur potentiel utérotonique ou tératogène. La voie cutanée pure est à proscrire sans dilution dans une huile végétale (rapport 1:4 minimum). Avant toute utilisation chez un enfant, test de tolérance cutané préalable indispensable (face interne du poignet, 30 minutes).
- HE de gingembre (Zingiber officinale) : quelques gouttes sur un mouchoir à inhaler — efficacité reconnue en olfaction pour les nausées chimio-induites
- HE de menthe poivrée (Mentha × piperita) : inhalation (quelques gouttes sur mouchoir) ou 1 goutte appliquée sur chaque tempe — le menthol bloque les canaux calciques gastro-intestinaux et exerce une action anesthésiante locale sur les afférences vagales
- HE de citron (Citrus limon) : 1 goutte sur un sucre ou dans une cuillère de miel — action sédative sur la zone limbique par voie olfactive
Homéopathie — approche d’accompagnement
L’homéopathie ne dispose pas de preuve clinique d’efficacité supérieure au placebo pour les nausées et vomissements selon les méta-analyses disponibles. Elle peut néanmoins être proposée comme accompagnement en complément des mesures diététiques, en tenant compte des préférences du patient. Les souches les plus fréquemment utilisées selon le tableau symptomatique :
- Ipeca 5 CH : nausées persistantes avec langue rose humide non chargée, vomissements ne soulageant pas
- Nux vomica 5 CH : nauséeux sans réussir à vomir, irritable, indigestion d’un repas trop riche ou alcoolisé
- Arsenicum album 5 CH : vomissements avec diarrhée, frilosité, besoin de boire par petites gorgées sans tolérer l’eau
- Tabacum 5 CH : nausées avec pâleur intense, sueurs froides, améliorées à l’air frais
- Cocculus 9 CH : nausées avec vertiges, sensation de vide dans l’estomac, mal des transports
- Sepia 5 CH : nausées aggravées le matin à jeun, provoquées par les odeurs alimentaires (profil nausées de grossesse)
👨⚕️ Conseil au comptoir — solutions naturelles
Pour les nausées légères sans signe d’alarme, le gingembre (500 mg x 2–3/j) est la solution naturelle disposant du meilleur niveau de preuve. Il peut être proposé en première intention pour les nausées de grossesse (accord professionnel), pour le mal des transports en complément ou alternative au diphénhydrinate, et comme adjuvant aux antiémétiques médicamenteux dans les nausées de chimiothérapie. Recommandez des spécialités standardisées plutôt que le gingembre alimentaire brut dont la teneur en gingérols est très variable.
7. Nausées vomissements : quand consulter un médecin en urgence ?
Reconnaître les signes d’alarme est une compétence centrale du pharmacien. Un vomissement bénin résolu en quelques heures ne nécessite pas de consultation — mais plusieurs tableaux cliniques exigent une orientation médicale rapide, voire une hospitalisation en urgence.
🚫 Signes nécessitant une consultation médicale urgente
- Nausées accompagnées d’une céphalée intense — surtout si pire le matin ou en décubitus (suspicion d’hypertension intracrânienne, méningite)
- Douleurs abdominales intenses et localisées (suspicion d’appendicite, occlusion)
- Vomissements survenant après un risque de surdosage médicamenteux
- Vomissements apparaissant 48 heures après une chute avec choc crânien
- Vomissements constants, plus de 10 fois par jour, persistant plus de 24 heures
- Vomissements associés à une douleur thoracique (suspicion d’infarctus)
- Vomissements en jet sans nausée préalable (signe d’hypertension intracrânienne)
- Chez la femme enceinte : vomissements persistants avec perte de poids (hyperémèse gravidique)
- Nausées associées à des signes de dépression
Reconnaître les signes de déshydratation
Les nourrissons, les personnes âgées et les immunodéprimés sont particulièrement vulnérables à la déshydratation en cas de vomissements répétés. Les signes à surveiller :
| Gravité | Signes cliniques | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Légère (<5 % poids) | Soif, muqueuses sèches, légère irritabilité | SRO à domicile, 30 ml/15 min |
| Modérée (5–10 % poids) | Dépression fontanelle (nourrisson), yeux creux, persistance du pli cutané, oligurie | Consultation médicale urgente |
| Sévère (>10 % poids) | Hypotonie, somnolence, peau froide et marbrée, extrémités cyanosées, absence de mictions, fièvre | Appel du 15 / SAMU — hospitalisation en urgence |
📊 Tableau récapitulatif des traitements des nausées et vomissements
| Traitement | Mécanisme | Indication principale | OTC ? | Niveau de preuve ⓘ |
|---|---|---|---|---|
| Diphénhydrinate | Anti-H1 vestibulaire | Mal des transports, nausées sans fièvre | ✅ (dès 2 ans) | ⭐⭐⭐ |
| Métopimazine | Anti-D2 (faibles effets NL) | Nausées adulte sans fièvre | ✅ Vogalib® (adulte) | ⭐⭐ |
| Dompéridone | Anti-D2, prokinétique | Nausées + reflux, antiparkinsoniens | ❌ Rx | ⭐⭐ |
| Métoclopramide | Anti-D2 central + périph. | Vomissements adulte à risque complications | ❌ Rx adulte | ⭐⭐ |
| Vitamine B6 (pyridoxine) | Cofacteur sérotoninergique (P5P) | Nausées grossesse légères/modérées | ✅ complément alimentaire | ⭐⭐⭐ |
| Gingembre (extrait standardisé) | Antagoniste 5-HT3, prokinétique | Nausées grossesse, chimio, transports | ✅ phyto / CA | ⭐⭐⭐ |
| Magnésium (bisglycinate) | Antagoniste calcique, modulation NMDA | Nausées liées au stress, spasmes | ✅ complément alimentaire | ⭐⭐ |
| Homéopathie | Effet placebo non exclu | Accompagnement symptomatique | ✅ | ⭐ |
🔑 En résumé — nausées et vomissements
Les nausées et vomissements résultent d’une activation du générateur central du vomissement via quatre voies principales : dopaminergique, sérotoninergique (5-HT3), histaminique et limbique. Le traitement antiémétique médicamenteux (dompéridone, métoclopramide, métopimazine) a une place restreinte selon la HAS 2022 — il n’est justifié qu’en cas de risque de déshydratation ou de complications. En automédication, le diphénhydrinate (mal des transports) et la métopimazine Vogalib® (nausées adulte) restent les seuls OTC validés. La vitamine B6 (10–25 mg/j) constitue la première option micronutritionnelle avec niveau de preuve modéré, notamment en grossesse. Le gingembre standardisé dispose du meilleur niveau de preuve parmi les solutions naturelles. Face à tout signe d’alarme (céphalée intense, douleur abdominale, vomissements >10/j, signe de déshydratation sévère), orientez immédiatement vers le médecin ou les secours.
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Avertissement : Cet article est rédigé à des fins d’information générale et ne constitue pas un avis médical personnalisé. En cas de symptômes persistants, d’aggravation ou de signes d’alarme, consultez votre médecin ou les services d’urgence. Les informations sur les médicaments sont issues des recommandations de la HAS (novembre 2022), d’Ameli.fr, du Vidal et de la littérature scientifique référencée. Sources : HAS, Médicaments antiémétiques dans le traitement symptomatique des nausées et vomissements, 2022 · Salam RA et al., Cochrane Database Syst Rev, 2015 · Crichton M et al., J Acad Nutr Diet, 2024 · Revue Médicale Suisse, Utilisation des antiémétiques par le praticien, 2017 · Rose DP, Vitamins & Hormones, 1978 · ANSES, Références nutritionnelles en vitamines et minéraux.


