Soins des cheveux : gras, secs, pellicules
Découvrez les bons gestes et actifs pour cheveux gras, secs ou pelliculaires. Guide pratique fondé sur la dermo-cosmétique et la micronutrition.

Soins des cheveux : gras, secs, pellicules — quels gestes adopter ?
Cheveux gras dès le lendemain du shampoing, pointes qui cassent, pellicules qui persistent malgré les produits « antipelliculaires »… Les soins des cheveux reposent sur un principe simple mais souvent mal appliqué : adapter le geste et l’actif au film hydrolipidique (la fine couche protectrice de sébum et de sueur) et à la biologie propre de chaque cuir chevelu. Ce guide fait le point sur la structure du cheveu, les bons réflexes de lavage, les soins ciblés par type de cheveu, et une dimension souvent négligée au comptoir : la micronutrition capillaire.
⚡ L’essentiel en un coup d’œil
🎯 À quoi ça sert, vraiment ?
- Adapter le shampoing au type de cheveu (gras, sec, pelliculaire, coloré) — améliore le confort et l’aspect du cheveu (⭐⭐⭐⭐)
- Corriger une carence documentée (fer, zinc) en cas de chute diffuse — utile si carence prouvée (⭐⭐⭐)
- ❌ Pas une solution miracle contre l’alopécie androgénétique ou les pelades : ces pathologies relèvent d’une prise en charge dédiée, développée dans nos articles spécifiques sur la chute de cheveux
- ❌ Pas de bénéfice démontré à la supplémentation systématique en biotine chez une personne non carencée (⭐)
💊 Comment conseiller ?
- Shampoing traitant 1 à 2 fois/semaine, alterné avec un shampoing doux les autres jours
- Soin après-shampoing ou masque 1 fois/semaine selon le type de cheveu
- Cure de compléments capillaires (acides aminés soufrés, zinc, biotine) : 3 mois, effet visible après 8 à 12 semaines (durée du cycle pilaire)
🚫 4 questions à poser avant de conseiller
- La chute de cheveux est-elle récente et diffuse, ou ancienne et localisée (golfes, vertex) ?
- Y a-t-il un contexte évocateur (grossesse récente, chimiothérapie, régime restrictif, stress intense) ?
- Le cuir chevelu présente-t-il des squames, rougeurs ou démangeaisons associées ?
- Un bilan martial ou thyroïdien a-t-il déjà été réalisé ?
Le détail de chaque point — mécanismes, preuves, sources — est développé section par section ci-dessous.
📑 Sommaire de l’article
- 1. La vie du cheveu : structure, cycle et film hydrolipidique
- 2. Micronutrition capillaire : quels nutriments pour des cheveux forts ?
- 3. Le bon geste : shampoing et soin, mode d’emploi
- 4. Quel soin choisir selon son type de cheveu ?
- 5. Protéger ses cheveux du soleil et du froid
- 6. Colorations naturelles : camomille, henné, centaurée
- 7. Chute de cheveux : l’essentiel à savoir
- 8. Perspective de recherche : l’axe intestin-cheveu
- 9. Quand consulter un professionnel de santé ?
1. La vie du cheveu : structure, cycle et film hydrolipidique
En bref : le cheveu est une tige de kératine protégée par un film de sébum ; dès que ce film s’altère (excès ou déficit), le cheveu devient terne, sec ou au contraire gras et plaqué.
Nos phanères (cheveux, poils, ongles) sont constitués majoritairement de kératine, une protéine riche en acides aminés soufrés (cystine, méthionine), ainsi que d’oligoéléments (zinc, cuivre) et de lipides. Le cheveu pousse en moyenne de 0,35 mm par jour, avec des variations selon l’âge, la saison et la génétique.
Le cuir chevelu est protégé par un film hydrolipidique — mélange de sébum et de sueur — qui lisse les écailles de la cuticule (la couche externe du cheveu, semblable à des tuiles superposées) et donne brillance et souplesse. Quand la sécrétion de sébum est insuffisante, les écailles se soulèvent, la fibre se dégrade et le cheveu devient sec et cassant ; à l’inverse, un excès de sébum alourdit la chevelure et favorise la prolifération de Malassezia, la levure impliquée dans les pellicules grasses.
Coupe schématique de la tige pilaire : cuticule (écailles), cortex kératinisé et film hydrolipidique protecteur en surface.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Devant un cheveu terne et cassant, pensez à interroger la fréquence des brushings et colorations avant de conseiller un soin : la cause est souvent mécanique ou chimique, pas uniquement carentielle.
2. Micronutrition capillaire : quels nutriments pour des cheveux forts ?
En bref : seuls le fer et le zinc ont une preuve solide en cas de carence documentée ; les acides aminés soufrés et les oméga-3/6 ont des données correctes en cure ; la biotine, très à la mode, n’a d’intérêt qu’en cas de déficit avéré.
La kératine du cheveu est synthétisée en continu par le follicule pileux (la structure qui ancre le cheveu dans le derme) : toute carence prolongée en un nutriment clé se traduit, avec un décalage de plusieurs semaines lié au cycle pilaire, par un cheveu plus fin ou une chute diffuse.
Fer et ferritine : le nutriment le mieux documenté
Chez la femme présentant une chute diffuse (telogen effluvium), un dosage de la ferritine (la protéine de stockage du fer) est recommandé avant toute supplémentation : plusieurs études associent une ferritine basse, même sans anémie franche, à une chute de cheveux plus marquée (Rushton DH, Br J Dermatol 2002).
Zinc : cofacteur de la kératinisation
Le zinc est un cofacteur de nombreuses enzymes impliquées dans la synthèse de la kératine ; une carence sévère s’accompagne classiquement d’une alopécie, réversible sous supplémentation (Trüeb RM, Int J Trichology 2018).
Acides aminés soufrés (cystine, méthionine)
Ce sont les briques de base de la kératine. Une supplémentation en cystéine associée à des vitamines du groupe B et à des oligoéléments a montré, dans des études contrôlées, une réduction de la chute et une amélioration de la brillance après une cure de 3 mois — le temps nécessaire pour qu’un cheveu nouvellement formé atteigne une longueur visible.
Oméga-3, oméga-6 et antioxydants
Un essai randomisé contre placebo a montré, chez des femmes avec chute de cheveux, une réduction de la perte capillaire et une amélioration de la densité après 6 mois de supplémentation en acides gras oméga-3/6 associés à des antioxydants (Le Floc’h C et al., J Cosmet Dermatol 2015).
Biotine (vitamine B8) : la star surestimée
Très plébiscitée sur les réseaux sociaux, la biotine n’a démontré un bénéfice clair que chez les personnes réellement carencées (carence rare en pratique, favorisée par certains anticonvulsivants ou la grossesse) : chez un sujet sans déficit, aucune donnée solide ne justifie une supplémentation systématique, et les fortes doses peuvent en outre fausser certains dosages biologiques (TSH, troponine) (Patel DP et al., Skin Appendage Disord 2017).
ℹ️ Vitamine D et follicule pileux
Le récepteur de la vitamine D est exprimé dans le follicule pileux et semble impliqué dans le cycle de croissance ; un déficit a été associé à certaines pelades (Kil MS et al., Ann Dermatol 2013), mais l’intérêt d’une supplémentation systématique en dehors d’une carence reste à confirmer (⭐⭐).
👨⚕️ Conseil au comptoir
Avant de conseiller une cure « anti-chute », orientez vers un bilan (ferritine, TSH) si la chute est récente et diffuse : cela évite une supplémentation à l’aveugle et permet de cibler le bon nutriment.
3. Le bon geste : shampoing et soin, mode d’emploi
En bref : masser le cuir chevelu du bout des doigts, bien rincer, et éviter de frotter les cheveux avec la serviette limitent la casse et l’irritation.
Brosser les cheveux avant le lavage pour les démêler, puis mouiller abondamment la chevelure. Répartir le shampoing dans les mains mouillées avant application, masser doucement le cuir chevelu du bout des doigts pour favoriser la pénétration des actifs, puis rincer soigneusement. Une seconde application est utile si le shampoing est traitant ou les cheveux très sales, avec un temps de pause de 3 à 5 minutes.
Tamponner les cheveux dans une serviette absorbante sans frotter limite la casse liée au séchage. Le démêlage se fait en douceur, en commençant par les pointes puis en remontant vers les racines.
Pour un soin (après-shampoing ou masque), l’application se fait raie par raie sur le cuir chevelu puis, selon le besoin, sur les longueurs à l’aide d’un peigne, avec un temps de pose de 5 à 30 minutes (toute la nuit pour un masque très nourrissant), suivi d’un rinçage abondant.
4. Quel soin choisir selon son type de cheveu ?
En bref : cheveux gras → shampoings doux fréquents et argile verte ; cheveux secs → soins nourrissants et espacement des agressions ; pellicules → alternance shampoing traitant/shampoing doux avec désescalade progressive.
Cheveux secs
Un shampoing traitant une à deux fois par semaine, un soin après-shampoing gainant et nourrissant hebdomadaire, et un soin sans rinçage au quotidien permettent de restaurer la souplesse de la fibre. Un rinçage à l’eau tiède et l’ajout d’un produit acide dans l’eau de rinçage renforcent la brillance. Il est préférable d’espacer brushings, colorations et permanentes, et d’utiliser un spray thermoprotecteur avant toute source de chaleur.
Cheveux gras
Un shampoing traitant une à deux fois par semaine, associé si besoin à un masque à l’argile verte (absorbante) avant le shampoing, régule l’excès de sébum. Rincer à l’eau fraîche, laver régulièrement brosses et peignes, changer fréquemment de taie d’oreiller, et éviter de se passer les mains dans les cheveux limitent la production de sébum réactionnelle.
Pellicules
Un shampoing traitant adapté (pellicules sèches ou grasses) une à trois fois par semaine, avec un temps de pose de 3 à 5 minutes à la seconde application, cible le déséquilibre de la flore du cuir chevelu (Malassezia). Après 4 à 6 semaines, il convient d’espacer les applications en prenant le relais avec un shampoing extra-doux, pour éviter une hyperséborrhée réactionnelle liée à un usage trop prolongé du traitant. Éviter de se gratter le cuir chevelu limite le risque de surinfection.
Cheveux colorés ou permanentés
Un shampoing spécifique et un soin protecteur quotidien avec filtre UV limitent la dégradation du pigment, complétés par un masque réparateur hebdomadaire. Espacer autant que possible colorations et permanentes préserve la fibre.
Cheveux crépus et très secs
Le cuir chevelu crépu produit physiologiquement moins de sébum, ce qui limite la formation du film hydrolipidique protecteur : la fibre se déshydrate plus facilement et casse au démêlage. Un soin nourrissant avant-shampoing une à deux fois par semaine, un soin quotidien sans rinçage, et l’espacement des tresses ou tissages (pas plus de 3 semaines sans pause) et des défrisages préservent la fibre.
5. Protéger ses cheveux du soleil et du froid
En bref : les UV dégradent la mélanine et la kératine ; le froid et le chauffage assèchent le film hydrolipidique — protection mécanique (chapeau, séchage complet) avant tout actif cosmétique.
Les UV favorisent la dégradation de la mélanine (le pigment du cheveu) et altèrent la kératine, rendant la fibre fragile. Un chapeau ou un foulard reste la protection la plus efficace ; les compléments à base d’acides aminés soufrés, pris en cure de 3 mois avant l’exposition, peuvent améliorer la qualité de la kératine nouvellement formée.
L’hiver, l’air sec des intérieurs chauffés et le froid extérieur abîment le film hydrolipidique : sécher systématiquement les cheveux avant de sortir, limiter les brushings très chauds, privilégier des shampoings doux sans silicone (qui s’accumule sur la fibre et finit par l’asphyxier) et rincer à l’eau tiède plutôt que chaude préservent la fibre capillaire.
6. Colorations naturelles : camomille, henné, centaurée
En bref : camomille pour raviver les blonds, henné pour les reflets auburn, centaurée pour les cheveux gris — attention toutefois au risque allergique du henné noir additionné de PPD.
La camomille (Matricaria chamomilla), riche en apigénine (un flavonoïde végétal), est traditionnellement utilisée pour raviver les reflets blonds. Le henné (Lawsonia inermis), riche en lawsone (colorant végétal), donne des reflets auburn. La centaurée (Centaurea cyanus), riche en cyanocentauréine (pigment bleuté), est utilisée en shampoing déjaunissant pour les cheveux gris et blancs, en alternative à l’azulène de camomille.
⚠️ Henné « noir » et risque allergique
Le henné naturel ne colore que dans les tons roux-auburn. Un henné vendu « noir » ou à prise rapide contient le plus souvent de la paraphénylènediamine (PPD), un colorant de synthèse fortement allergisant pouvant provoquer eczéma de contact sévère et sensibilisation croisée avec d’autres colorations capillaires. Un test de tolérance 48h avant application reste recommandé pour toute coloration, naturelle ou non.
7. Chute de cheveux : l’essentiel à savoir
En bref : la chute de cheveux est un sujet à part entière, avec ses propres mécanismes (androgénétique, réactionnelle, pelade) et traitements — nous lui consacrons des articles dédiés.
La chute de cheveux (alopécie) recouvre des situations très différentes — chute androgénétique progressive, chute diffuse réactionnelle (post-partum, stress, carence), pelade auto-immune, ou chute liée à une chimiothérapie — dont la prise en charge et les traitements de fond ne sont pas l’objet de cet article.
ℹ️ Pour aller plus loin sur la chute de cheveux
Nous détaillons les mécanismes, traitements médicamenteux et solutions naturelles de la chute de cheveux, ainsi que la prise en charge spécifique sous chimiothérapie, dans nos articles dédiés listés en fin de page.
8. Perspective de recherche : l’axe intestin-cheveu
En bref : le microbiote intestinal pourrait moduler la santé du follicule pileux via l’inflammation et l’absorption des nutriments — une piste prometteuse mais encore préliminaire.
🔬 Perspective de recherche : quand le microbiote parle au follicule pileux
Un concept émerge en dermatologie : l’axe intestin-follicule pileux. Le microbiote intestinal influencerait la croissance du cheveu par trois voies principales : la modulation de l’inflammation systémique, la production de métabolites (acides gras à chaîne courte) circulant jusqu’au follicule, et l’optimisation de l’absorption des micronutriments (fer, zinc) évoqués plus haut (Feng Y, Curr Res Transl Med 2024).
Une étude coréenne a mis en évidence des différences de composition du microbiote intestinal et du cuir chevelu chez des patients atteints d’alopécie androgénétique par rapport à des sujets sains (Jung DR et al., Front Microbiol 2022), et des cas cliniques isolés rapportent une repousse capillaire après transplantation de microbiote fécal chez des patients traités pour une pathologie digestive (Rebello D et al., ACG Case Rep J 2017).
Niveau de preuve : ⭐ à ⭐⭐ (données observationnelles, cas cliniques, un essai randomisé sur probiotiques en cours). Conseil calibré : aucune recommandation ferme de probiotiques « anti-chute » ne peut être formulée à ce stade ; en revanche, les mesures d’hygiène de vie favorisant un microbiote équilibré (fibres, diversité alimentaire) restent un conseil général sans risque.
9. Quand consulter un professionnel de santé ?
En bref : un état pelliculaire majeur, des squames persistantes, des plaques rouges ou une chute brutale et localisée justifient une consultation dermatologique.
⚠️ Signes devant faire consulter
Un état pelliculaire non traité peut, à terme, favoriser une alopécie (le risque est plus élevé avec les pellicules grasses, par asphyxie du bulbe pileux). Des squames persistantes, des plaques rouges évocatrices de psoriasis ou de dermatite atopique, ou une chute brutale en plaques justifient une consultation dermatologique plutôt qu’une automédication prolongée.
Tableau récapitulatif : micronutriments et santé du cheveu
| Nutriment | Rôle | Indication | Niveau de preuve ⓘ |
|---|---|---|---|
| Fer / ferritine | Cofacteur de la croissance du follicule | Chute diffuse avec ferritine basse | ⭐⭐⭐ |
| Zinc | Cofacteur enzymatique de la kératinisation | Carence avérée | ⭐⭐⭐ |
| Cystine / méthionine | Briques de la kératine | Cure de fond 3 mois | ⭐⭐⭐ |
| Oméga-3/6 + antioxydants | Modulation inflammatoire du follicule | Chute diffuse chez la femme | ⭐⭐⭐ |
| Vitamine D | Cycle du follicule pileux | Carence associée à certaines pelades | ⭐⭐ |
| Biotine (B8) | Cofacteur de carboxylases | Uniquement si carence prouvée | ⭐ |
| Microbiote intestinal | Inflammation, absorption des nutriments | Piste émergente, non actionnable en routine | ⭐ |
🔑 En résumé
Les soins des cheveux reposent avant tout sur l’adaptation du geste et du produit au type de cuir chevelu — gras, sec, pelliculaire ou coloré — et sur la protection du film hydrolipidique face au soleil, au froid et aux agressions mécaniques. Côté micronutrition, seuls le fer, le zinc et les acides aminés soufrés disposent d’une preuve solide en cas de carence ; la biotine, très à la mode, n’a d’intérêt qu’en cas de déficit avéré. L’axe intestin-cheveu ouvre une piste de recherche intéressante, encore trop préliminaire pour une recommandation ferme. Enfin, une chute de cheveux marquée ou des lésions du cuir chevelu justifient un avis dermatologique plutôt qu’une automédication prolongée.
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Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale ou pharmaceutique individualisée. Sources : Rushton DH, Br J Dermatol 2002 ; Trüeb RM, Int J Trichology 2018 ; Le Floc’h C et al., J Cosmet Dermatol 2015 ; Patel DP et al., Skin Appendage Disord 2017 ; Kil MS et al., Ann Dermatol 2013 ; Feng Y, Curr Res Transl Med 2024 ; Jung DR et al., Front Microbiol 2022 ; Rebello D et al., ACG Case Rep J 2017.


