Soin des pieds : hygiène, crevasses, cors, mycoses, pied diabétique ?
Découvrez les mécanismes derrière pieds secs, fatigués et cors. Guide pratique fondé sur HAS, SFD et Santé publique France.

Soin des pieds : hygiène, crevasses, cors, mycoses, pied diabétique ?
« Qui veut aller loin ménage sa monture » : l’adage, conçu pour les chevaux, s’applique tout autant à nos pieds. Chaque jour, ils encaissent entre 5 000 et 6 000 pas, soit l’équivalent du poids du corps multiplié plusieurs fois à chaque appui. Pourtant 8 Français sur 10 déclarent souffrir de leurs pieds à un moment de leur vie. Mal chaussés, mal hydratés, parfois négligés, ils accumulent crevasses, cors, callosités et douleurs qui auraient pu être évitées par quelques gestes simples. Voici, mécanisme par mécanisme, comment prendre soin de ses pieds au quotidien et reconnaître les signes qui doivent amener au comptoir.
⚡ L’essentiel en un coup d’œil
🎯 À quoi ça sert, vraiment ?
- Hygiène + séchage interdigital — prévient mycoses et macération (⭐⭐⭐⭐)
- Chaussures adaptées — limite douleurs posturales et déformations (⭐⭐⭐⭐)
- Hydratation ciblée — corrige la sécheresse structurelle du pied, dépourvu de glandes sébacées (⭐⭐⭐⭐)
- Coussinets/semelles — compensent l’atrophie du capiton plantaire et soulagent cors/durillons (⭐⭐⭐⭐)
- Inspection quotidienne chez le patient diabétique — prévient plaies et amputations (⭐⭐⭐⭐⭐)
- ❌ Pas un substitut au suivi podologique chez les patients à risque (diabète, artériopathie, personne âgée fragile)
- ❌ Les coricides et le coupe-cor ne sont jamais anodins chez le patient diabétique
💊 Comment conseiller ?
- Peau sèche/crevasses : exfoliation puis crème réparatrice riche le soir, sous chaussettes en coton
- Douleur plantaire, cors, durillons : coussinets ou semelles répartiteurs de pression
- Chaussons de piscine systématiques en milieux humides collectifs (piscine, sauna, hammam)
- Coricide à l’acide salicylique ou coupe-cor : uniquement en automédication, en l’absence de diabète ou de trouble circulatoire
- Inspection quotidienne au miroir chez tout patient diabétique, sans exception
🚫 5 questions à poser avant de conseiller
- Êtes-vous diabétique ou avez-vous une insuffisance circulatoire (artérite, varices sévères) ?
- Avez-vous une perte de sensibilité au niveau des pieds (neuropathie) ?
- La lésion est-elle douloureuse à la pression latérale plutôt que directe (suspicion de verrue) ?
- Portez-vous des chaussures adaptées à votre activité (station debout, sport) ?
- Y a-t-il une plaie, même minime, qui ne cicatrise pas ?
Le détail de chaque point — mécanismes, preuves, sources — est développé section par section ci-dessous.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Pourquoi le choix de la chaussure conditionne tout
- 2. Hygiène quotidienne : les bons gestes
- 3. Massage des pieds : pourquoi ça fonctionne
- 4. Pieds secs et talons fendillés : le pied sans glandes sébacées
- 5. Pieds fatigués : bains de pieds et sels relaxants
- 6. Douleurs plantaires : le capiton plantaire mis à mal
- 7. Cors et durillons : quand la peau se défend trop bien
- 8. Transpiration des pieds : un mécanisme à comprendre avant de le bloquer
- 9. Mycoses, verrues : ce qu’il faut surveiller
- 10. Pied diabétique : une vigilance qui ne souffre aucune exception
- 11. Tableau récapitulatif
1. Pourquoi le choix de la chaussure conditionne tout
En bref : une chaussure adaptée à la morphologie du pied et à l’activité prévient douleurs posturales, aggravation des déformations et troubles circulatoires.
Le pied n’est pas une structure isolée : il est la base sur laquelle repose l’ensemble de la chaîne posturale, jusqu’à la colonne vertébrale. Une chaussure mal adaptée modifie la répartition des pressions plantaires et peut, à terme, favoriser des lombalgies ou aggraver des déformations des orteils.
Pour les pieds sensibles, les orteils déformés (hallux valgus, griffes d’orteils) ou chez les personnes âgées dont l’équilibre postural se fragilise, il faut privilégier des chaussures qui respectent la physiologie du pied : un maintien correct de l’arrière-pied, une hauteur de talon modérée et une semelle antidérapante. Chez les personnes présentant une insuffisance veineuse, des chaussures équipées de semelles à retour veineux (qui stimulent la pompe plantaire de Lejars lors de la marche) participent activement au retour sanguin.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Devant une demande de semelles ou de chaussures de confort, interrogez systématiquement sur l’activité professionnelle (station debout prolongée), les antécédents veineux et l’éventuelle présence d’un diabète : ces trois éléments orientent vers des produits différents.
2. Hygiène quotidienne : les bons gestes
En bref : un lavage quotidien suivi d’un séchage soigneux entre les orteils reste le geste le plus efficace pour prévenir mycoses et odeurs.
Le lavage quotidien des pieds se fait à l’eau tiède et au savon, en évitant les bains prolongés qui macèrent et fragilisent la barrière cutanée. Le séchage, en particulier entre les orteils, est une étape souvent négligée alors qu’elle conditionne directement le risque de mycose : un espace interdigital humide est un terrain de culture idéal pour les dermatophytes.
Quelques règles simples complètent ce socle : limer les ongles plutôt que les couper trop court (pour limiter le risque d’ongle incarné), poncer les zones d’hyperkératose à la pierre ponce, préférer des chaussettes en fibres naturelles changées chaque jour, et éviter les semelles synthétiques qui favorisent la transpiration. Avant de chausser, un contrôle rapide de l’absence de corps étranger dans la chaussure évite bien des plaies, en particulier chez les personnes ayant une sensibilité diminuée.
ℹ️ Aux abords des piscines
Le port de sandales ou de chaussons de douche dans les piscines, saunas et hammams reste l’une des mesures les plus efficaces pour limiter la transmission des dermatophytes responsables du « pied d’athlète », ces sols chauds et humides étant des réservoirs classiques de contamination.
3. Massage des pieds : pourquoi ça fonctionne
En bref : le massage plantaire stimule la microcirculation et le drainage lymphatique : un geste de confort aux bénéfices physiologiques réels.
Appliquer une crème de soin des pieds en massant l’ensemble du pied, matin et/ou soir, ne sert pas qu’à hydrater : le massage stimule la microcirculation locale et favorise le drainage lymphatique, ce qui explique l’effet « jambes légères » ressenti après un massage plantaire en fin de journée. Il faut insister sur les zones sèches, rugueuses ou abîmées.
Pour un effet détente, les gestes sont lents : on commence par effleurer le pied, puis on approfondit progressivement, avec de grands cercles des pouces au niveau de la voûte plantaire. Pour un effet dynamisant, on privilégie au contraire une friction énergique, un massage individualisé de chaque orteil terminé par un léger pincement de l’extrémité, puis des pressions sur la plante des pieds maintenues le temps d’une expiration — un geste qui mobilise indirectement le système nerveux parasympathique et favorise la détente.
🔑 À retenir
Le massage plantaire n’est pas qu’un geste de confort : il accompagne le retour veineux et lymphatique, particulièrement utile en cas de station debout prolongée ou de jambes lourdes.
4. Pieds secs et talons fendillés : le pied sans glandes sébacées
En bref : l’absence de glandes sébacées explique la sécheresse constitutive du pied ; exfoliation puis soin réparateur riche le soir restent le duo de référence.
Contrairement au reste du corps, la plante du pied est totalement dépourvue de glandes sébacées : aucun film lipidique protecteur ne vient s’opposer naturellement à la perte en eau transépidermique. C’est ce déficit structurel, et non un manque d’hydratation « générale », qui explique la tendance constitutive du pied à se dessécher, en particulier au niveau du talon et de la base du gros orteil — deux zones soumises en plus à des contraintes mécaniques répétées.
Quand la sécheresse devient extrême, la couche cornée s’épaissit en réaction défensive (hyperkératose), donnant cet aspect jaunâtre et corné caractéristique. Sans prise en charge, cette peau rigide perd son élasticité et peut se fissurer sous la pression du poids du corps, formant des crevasses parfois douloureuses, voire des portes d’entrée infectieuses chez les patients fragiles.
🔑 Implication pratique
Pour les pieds très secs, deux temps : un soin exfoliant pour éliminer les cellules mortes (gommage, pierre ponce), puis un soin réparateur riche appliqué au coucher sous chaussettes en coton pour maximiser la pénétration toute la nuit (Apivita® Onguent, Pédirelax® crème régénératrice pieds très secs, Topicrem® ultra réparateur pieds, Akiléine® crème régénératrice, Cicabiafine® baume réparateur crevasses, Epitact® crème réparatrice crevasses talonnières).
🔬 Perspective de recherche — dermatoporose et fragilité cutanée du pied âgé ⭐⭐ (ℹ️)
Chez le sujet âgé, le vieillissement cutané touche aussi le pied : amincissement de l’épiderme, diminution du nombre de fibroblastes et de la cohésion dermo-épidermique — un phénomène proche de la dermatoporose décrite par Kaya et Saurat sur la peau des avant-bras. Associé à la perte de sensibilité et à l’affaissement progressif de la voûte plantaire, ce vieillissement cutané explique pourquoi les soins hydratants doivent être intensifiés, et non allégés, avec l’âge. Conseil au comptoir calibré sur ce niveau de preuve modéré : privilégier des formules apaisantes et restructurantes plutôt que des actifs exfoliants agressifs chez la personne âgée à peau fine.
5. Pieds fatigués : bains de pieds et sels relaxants
En bref : un bain tiède additionné de sels, complété d’un massage circulaire, décongestionne des pieds soumis à une station debout prolongée.
Un bain de pieds délassant de 10 à 20 minutes à 37 °C, additionné de sels relaxants ou revitalisants, permet de décongestionner et de tonifier des pieds soumis à une longue station debout (Akiléine® sels de bain délassant, Akiléine® soin rouge galets effervescents, Saltrates® sels tonifiants aux algues marines, Scholl® sels de bains délassant aux huiles essentielles, Pédirelax® huile de bain relaxante).
Un massage des orteils vers les chevilles, par mouvements circulaires en insistant sur la plante des pieds, complète l’effet d’un soin spécifique pour pieds fatigués (Akiléine® sport relax gel défatiguant, Pédirelax® gel fraîcheur intense, Akiléine® gel fraîcheur vive au gingko biloba, Weleda® crème Sani-Pied aux extraits de myrrhe et de calendula, Podios®, Arkopharma crème anti-échauffement, Epitact® crème dynamisante pieds fatigués).
Diluer séparément chaque ingrédient dans l’eau du bain avant d’y tremper les pieds.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Poser quelques billes de verre ou galets lisses au fond de la bassine permet un automassage par roulement plantaire pendant le bain : un geste simple à suggérer, particulièrement apprécié des patients qui travaillent debout toute la journée (coiffeurs, vendeurs, personnel hospitalier).
6. Douleurs plantaires : le capiton plantaire mis à mal
En bref : le capiton plantaire, coussin graisseux compartimenté sous le talon et l’avant-pied, s’atrophie avec l’âge et l’usage : coussinets et semelles compensent cette perte d’amortissement.
Sous la voûte plantaire, l’hypoderme (couche graisseuse sous-cutanée) présente une particularité anatomique unique : il peut atteindre jusqu’à 2 cm d’épaisseur au niveau du talon, contre quelques millimètres ailleurs sur le corps. Ce tissu spécialisé, appelé capiton plantaire, est organisé en lobules graisseux compartimentés par des cloisons fibreuses (septa), à la manière d’un nid d’abeilles — une architecture qui lui permet d’absorber les chocs et de répartir équitablement les pressions à chaque pas.
Ce capiton peut s’altérer de façon irréversible sous l’effet de stations debout prolongées (coiffeurs, commerçants, personnel d’accueil) ou de sports sollicitant intensément l’avant-pied (escrime, randonnée, tennis), qui peuvent rompre les fibres de collagène contenant les lobules graisseux et les faire migrer vers la commissure des orteils. Lorsque la pression devient trop localisée sur un capiton défaillant, des douleurs et sensations de brûlure apparaissent sous les têtes métatarsiennes : on parle de métatarsalgies, parfois suivies de la formation d’un durillon.
Pour soulager ces douleurs, il faut interposer entre la peau et la chaussure un répartiteur de pressions qui supplée le capiton défaillant : coussinets plantaires pour chaussures fermées, coussinets discrets pour chaussures ouvertes (Akiléine®, Epitact®), ou semelles à protection permanente (Epitact® semelles systémiques, Epitact® Semelles Aeroshoes). En cas de douleur plantaire associée à un hallux valgus, des coussinets double protection ou des protège-pointes double protection sont mieux adaptés.
🔬 Perspective de recherche — l’atrophie du capiton, un phénomène hormono-dépendant ⭐⭐ (ℹ️)
Au-delà du vieillissement mécanique, plusieurs cliniciens du sport rapportent une dégradation accélérée du capiton plantaire à la ménopause : la baisse des œstrogènes favoriserait une raréfaction et une déshydratation de la trame fibreuse qui soutient les lobules graisseux, en plus de l’ostéoporose associée qui fragilise l’os sous-jacent. Une dynamique hormonale comparable, bien que plus progressive, est décrite chez l’homme avec le déclin androgénique. Conseil au comptoir calibré sur ce niveau de preuve préliminaire : chez une patiente ménopausée se plaignant de nouvelles douleurs sous l’avant-pied, orienter vers des coussinets adaptés plutôt que d’attribuer systématiquement la plainte à une cause mécanique isolée.
7. Cors et durillons : quand la peau se défend trop bien
En bref : cors et durillons sont des réactions de défense de la peau face au frottement répété ; leur prise en charge associe protection mécanique, exfoliation douce et vigilance particulière chez le patient diabétique.
Le cor et le durillon sont deux formes d’hyperkératose (épaississement réactionnel de la couche cornée), mais leur architecture diffère. Le cor est une prolifération profonde et conique dont la pointe s’enfonce vers le derme, typiquement au-dessus du 5e orteil, entre les orteils (« œil-de-perdrix », entretenu par la macération de l’espace interdigital), sous les ongles ou sur le bord du pied. Le durillon, lui, est une plaque superficielle, plus diffuse et moins profonde, qui se forme sous les points d’appui de la plante, souvent en miroir d’un capiton plantaire fragilisé (voir section 6).
Les kératinocytes (cellules de l’épiderme) réagissent à un frottement ou une pression répétée contre un plan dur en accélérant leur multiplication : c’est le même mécanisme protecteur qui forme une callosité sur la main d’un travailleur manuel. Le problème survient lorsque la pression se concentre sur un point unique — pied mécaniquement déséquilibré, orteil déformé, chaussure trop étroite ou talon haut — car le bourrelet de kératine ainsi formé finit par comprimer le derme et parfois le périoste sous-jacent, provoquant une douleur à l’appui direct. Une bourse séreuse (petite poche de glissement) peut s’enflammer sous le cor et, en cas d’infection, suppurer.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Une fois par semaine, lors d’un bain chaud, éliminer les cellules mortes à la pierre ponce, à la râpe double face ou avec une crème kératolytique et exfoliante (Akiléine® crème de gommage, Pédirelax® crème de gommage, SCHOLL® crème anti-callosités, SVR Xerial®). Les tissus nouvellement exposés restant fragiles après disparition de la kératose, il faut continuer à les protéger quelques jours avec un pansement ou un coussinet adapté, plutôt que les laisser à nu.
En prévention, deux leviers complémentaires : corriger la cause mécanique (chaussures à la bonne pointure, semelle orthopédique si le pied est déséquilibré — voir section 1) et interposer une protection directe sur la zone de frottement (protège-doigts ou digitubes, séparateurs d’orteils, coussinets plantaires ou redresseurs d’orteils). Certains protecteurs de durillons sont spécifiquement formulés pour être compatibles avec une peau diabétique fragile, mais leur usage ne dispense jamais du suivi podologique.
⚠️ Coricides et coupe-cor : jamais chez le patient diabétique
Les produits coricides à base d’acide salicylique (Kérafilm®, Duofilm®) et le coupe-cor, même de sécurité, ne doivent jamais être utilisés en automédication chez un patient diabétique ou présentant un trouble circulatoire des membres inférieurs : le risque est celui d’une plaie non ressentie (neuropathie, voir section 10) qui s’infecte silencieusement. Chez ces patients, toute lésion cornée épaisse relève d’un avis médical ou podologique, jamais d’un geste à la lame au comptoir.
Un avis médical ou podologique s’impose également lorsque le cor ou le durillon est épais et résistant aux soins d’entretien habituels : après ramollissement à l’acide salicylique, à l’acide lactique ou à l’urée, le professionnel élimine la lésion à la lame, un geste qui ne relève pas de l’automédication. En cas de doute sur la nature exacte d’une lésion cornée (cor, durillon ou verrue), la section 9 détaille le signe qui permet de les différencier au comptoir.
8. Transpiration des pieds : un mécanisme à comprendre avant de le bloquer
En bref : la densité exceptionnelle de glandes sudoripares plantaires explique une transpiration facilement excessive, source de macération et de terrain propice aux mycoses.
La plante des pieds est, avec la paume des mains et le front, l’une des zones du corps les plus riches en glandes sudoripares eccrines (glandes productrices de sueur), avec une densité pouvant atteindre 600 à 700 glandes par cm², contre une soixantaine seulement au niveau du dos. Cette densité explique pourquoi le pied transpire facilement, y compris en l’absence d’effort physique : le stress et les émotions activent directement ces glandes via le système nerveux sympathique.
Quand cette transpiration devient disproportionnée par rapport aux besoins de thermorégulation, on parle d’hyperhidrose plantaire — une situation qui toucherait environ 3 % de la population française, avec une composante héréditaire marquée (un patient sur trois a un parent au premier degré atteint). Au-delà de la gêne sociale, cette humidité chronique crée un terrain de macération propice aux mycoses et aux mauvaises odeurs.
ℹ️ Quand orienter vers une consultation
Un score de gêne fonctionnelle (Hyperhidrosis Disease Severity Scale) supérieur ou égal à 3 sur 4 justifie une prise en charge spécifique (ionophorèse, toxine botulique en cas d’échec des topiques) : au comptoir, une transpiration qui « altère toutes les activités quotidiennes » mérite une orientation vers le médecin traitant ou le dermatologue plutôt qu’une simple recommandation de poudre absorbante.
9. Mycoses, verrues : ce qu’il faut surveiller
En bref : la macération favorise les mycoses et rend certaines lésions cornées trompeuses ; une douleur à la pression latérale doit faire suspecter une verrue plutôt qu’un cor classique.
Le port prolongé de baskets fermées ou de chaussures de sécurité, associé à la macération évoquée plus haut, favorise le développement de mycoses cutanées (« pied d’athlète ») au niveau des espaces interdigitaux. Une surveillance régulière des pieds permet également de repérer précocement des verrues plantaires, dont la localisation sur un point de frottement ou d’appui peut les rendre rapidement douloureuses et gêner la marche.
⚠️ Ne pas confondre
Une lésion cornée qui apparaît brutalement, douloureuse à la pression latérale (et non à la pression directe comme un cor ou un durillon classiques — voir section 7), évoque davantage une verrue plantaire : en cas de doute, en particulier chez un patient diabétique ou immunodéprimé, mieux vaut orienter vers une consultation plutôt que de proposer un traitement kératolytique en automédication.
10. Pied diabétique : une vigilance qui ne souffre aucune exception
En bref : chez le patient diabétique, neuropathie et artériopathie rendent les plaies indolores et potentiellement graves : inspection quotidienne et suivi podologique sont non négociables.
Chez la personne diabétique, l’hyperglycémie chronique altère progressivement les nerfs périphériques (neuropathie) et les artères des membres inférieurs, ce qui favorise la survenue de plaies parfois totalement indolores — donc passées inaperçues — et augmente fortement le risque infectieux. Selon les données les plus récentes de Santé publique France issues du Système National des Données de Santé, les complications podologiques touchent, parmi les personnes de 45 ans et plus traitées pharmacologiquement pour un diabète, 981 personnes sur 100 000 pour les plaies du pied et 286 sur 100 000 pour les amputations de membre inférieur en 2023.
Le référentiel Pied diabétique 2024 de la Société francophone du diabète rappelle qu’environ 20 à 25 % des personnes diabétiques développeront une plaie du pied au cours de leur vie, faisant de cette complication l’une des principales causes d’amputation non traumatique en France. C’est précisément parce que la douleur — signal d’alarme habituel — est souvent absente du fait de la neuropathie que l’inspection visuelle quotidienne devient indispensable.
⚠️ Règles impératives chez le patient diabétique
Inspecter ses pieds chaque jour à l’aide d’un miroir ou d’une tierce personne en cas de difficulté à se pencher ; ne jamais utiliser de coricides ni d’instruments tranchants sur un cor ou un durillon (risque de plaie incontrôlée, voir section 7) ; éviter de marcher pieds nus ; consulter sans délai en cas de plaie, même minime. Le suivi régulier par un pédicure-podologue, remboursé selon le grade de risque podologique défini par la HAS, fait partie intégrante de la prise en charge.
🔬 Perspective de recherche — un score pronostique pour objectiver le risque ⭐⭐⭐ (ℹ️)
Le référentiel SFD 2024 intègre désormais la classification WIfI (Wound, Ischemia, foot Infection), qui croise l’état de la plaie, le degré d’ischémie artérielle et la sévérité de l’infection pour estimer le risque d’amputation majeure : ce risque varie de façon spectaculaire selon le stade, allant de pratiquement nul au stade I à environ 38 % au stade IV selon une méta-analyse récente citée par le référentiel. Conseil au comptoir calibré sur ce niveau de preuve solide : toute plaie du pied chez un patient diabétique justifie une évaluation médicale rapide, le pronostic se jouant souvent dans les toutes premières semaines de prise en charge.
11. Tableau récapitulatif
| Problématique | Mécanisme en cause | Geste / produit conseillé | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Pieds secs / crevasses | Absence de glandes sébacées plantaires | Exfoliation + crème réparatrice riche le soir sous chaussettes | ⭐⭐⭐⭐ |
| Douleurs sous l’avant-pied | Atrophie ou rupture du capiton plantaire | Coussinets ou semelles répartiteurs de pression | ⭐⭐⭐⭐ |
| Cors et durillons | Hyperkératose réactionnelle à un frottement/pression focalisés | Correction de la cause mécanique + protection + exfoliation douce | ⭐⭐⭐⭐ |
| Transpiration excessive | Hyperactivité des glandes eccrines plantaires | Chaussettes naturelles, séchage soigné, ionophorèse si sévère | ⭐⭐⭐ |
| Mycoses interdigitales | Macération et chaleur favorisant les dermatophytes | Séchage entre les orteils, chaussons de piscine | ⭐⭐⭐⭐ |
| Plaie du pied diabétique | Neuropathie + artériopathie liées à l’hyperglycémie chronique | Inspection quotidienne, suivi podologique, consultation rapide | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
🔑 En résumé
Le soin des pieds repose sur trois piliers : une hygiène quotidienne adaptée à un pied dépourvu de glandes sébacées et riche en glandes sudoripares, une chaussure respectueuse de la physiologie plantaire, et une vigilance accrue chez les patients à risque — personnes âgées dont le capiton plantaire s’atrophie, patients diabétiques chez qui la douleur ne joue plus son rôle d’alerte. Cors et durillons, loin d’être une simple gêne esthétique, signalent souvent un déséquilibre mécanique ou un chaussage inadapté qu’il vaut mieux corriger à la source. Au comptoir, ces mécanismes permettent de transformer un conseil générique en recommandation ciblée, et de repérer les situations qui justifient une orientation médicale sans délai.
🔗 Articles connexes sur Astuces Pharma
Sources : Haute Autorité de Santé (HAS) — Affection podologique et diabète : un suivi pluriprofessionnel ; Référentiel Pied diabétique 2024, Société francophone du diabète (Sultan A, Bihan H, Bouillet B et al.) ; Santé publique France — Le diabète en France continue de progresser, données SNDS 2023 ; Pied de la personne âgée, vieillissement physiologique et pathologique, EM Consulte ; Société Française de Dermatologie — critères diagnostiques de l’hyperhidrose ; Freeman DB, Corns and calluses resulting from mechanical hyperkeratosis, American Family Physician, 2002. Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale ou un avis pharmaceutique personnalisé, en particulier chez les patients diabétiques ou présentant une plaie du pied.



