Mycose des ongles : symptômes, traitements et prévention
Reconnaître et traiter une onychomycose efficacement. Guide pratique fondé sur les recommandations actuelles de la dermatologie.

La mycose des ongles — appelée onychomycose en langage médical — touche entre 6 et 8 % de la population générale (Sigurgeirsson B & Baran R, J Eur Acad Dermatol Venereol, 2014). Bénigne dans l’immense majorité des cas, elle n’en est pas moins contagieuse, rarement résolutive sans traitement, et potentiellement douloureuse si elle évolue. Ce guide vous permet de reconnaître une onychomycose, de comprendre pourquoi elle survient, et de choisir la stratégie thérapeutique la plus adaptée — du vernis antifongique au traitement oral — en intégrant les approches complémentaires avec un regard critique sur leur niveau de preuve.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Mycose des ongles : reconnaître les signes et poser le bon diagnostic
- 2. Mycose des ongles : mécanismes d’infection et agents fongiques responsables
- 3. Mycose des ongles : facteurs de risque et populations vulnérables
- 4. Mycose des ongles : mesures de prévention et hygiène unguéale
- 5. Traitement local de la mycose des ongles : vernis et solutions filmogènes
- 6. Traitement oral de la mycose des ongles : quand et comment ?
- 7. Approches complémentaires : aromathérapie, probiotiques et phytothérapie
- 8. Mycose des ongles : quand consulter un médecin ?
1. Mycose des ongles : reconnaître les signes et poser le bon diagnostic
L’onychomycose se manifeste selon la porte d’entrée du champignon dans l’appareil unguéal. Dans la forme la plus fréquente — l’onychomycose sous-unguéale distolatérale (OSDL) — le pathogène s’introduit par le bord libre ou latéral de l’ongle et progresse à contre-courant, remontant lentement vers la lunule (la zone blanche en croissant à la base de l’ongle) et vers la matrice (le tissu germinatif situé sous la lunule, responsable de la fabrication de l’ongle).
Les signes évocateurs à l’œil nu
Un ou plusieurs des signes suivants doivent alerter :
- Dyschromie (changement de couleur) : l’ongle vire au blanc opaque, jaune, brun, vert ou noir selon l’agent fongique
- Hyperkératose sous-unguéale : épaississement progressif de l’ongle par accumulation de kératine infectée
- Onycholyse : décollement partiel ou total de l’ongle de son lit
- Aspect friable : l’ongle s’émiette, se fissure, perd sa solidité
🔑 À retenir — Le diagnostic différentiel est crucial
Plus de la moitié des affections unguéales ne sont pas des onychomycoses. Le psoriasis unguéal (petites dépressions en « dé à coudre », taches saumonées), la surinfection bactérienne à Pseudomonas aeruginosa (coloration vert-noir, odeur caractéristique), et l’onychogryphose (déformation liée à l’âge) peuvent mimer parfaitement une mycose. Un prélèvement mycologique avec culture reste le seul examen permettant de confirmer le diagnostic avec certitude — et d’identifier l’espèce en cause pour orienter le traitement.
Fig. 1 — Anatomie de l’ongle et progression typique de la mycose des ongles (onychomycose sous-unguéale distolatérale) de l’extrémité libre vers la matrice.
ℹ️ Conseil au comptoir — Ne pas traiter sans diagnostic
Avant d’orienter un patient vers un traitement antifongique, posez systématiquement la question : « A-t-on prélevé l’ongle ? » Traiter un psoriasis unguéal avec de l’amorolfine pendant 6 mois est une perte de temps, d’argent, et d’adhérence thérapeutique. En cas de doute clinique, référer au dermatologue pour prélèvement mycologique (examen direct + culture) est toujours la bonne décision.
2. Mycose des ongles : mécanismes d’infection et agents fongiques responsables
L’ongle est une structure kératinisée dense — un bouclier naturel contre les agressions. Pourtant, certains micro-organismes ont développé des enzymes kératinolytiques (capables de digérer la kératine) qui leur permettent de s’installer et de se multiplier. Trois grandes familles fongiques sont impliquées, avec des fréquences et des localisations très différentes.
| Agent fongique | Fréquence | Localisation préférentielle | Signes cliniques caractéristiques | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|
| Trichophyton rubrum (dermatophyte) | ~80 % | Ongles des pieds (orteils) | Onychomycose distolatérale classique, jaunissement progressif | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Candida albicans (levure) | ~15 % | Ongles des mains, professionnels en contact avec l’eau | Périonyxis (inflammation du bourrelet) + décollement brunâtre | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Moisissures (ex. Fusarium, Scopulariopsis) | ~5 % | Souvent sur ongle préalablement fragilisé | Aspect variable, résistance possible à la terbinafine | ⭐⭐⭐ |
Les dermatophytes comme T. rubrum sécrètent des kératinases (enzymes de dégradation de la kératine) qui creusent littéralement un tunnel dans la tablette unguéale. C’est pourquoi l’ongle s’épaissit paradoxalement : le lit unguéal réagit à l’agression en produisant davantage de kératine sous-unguéale, créant cette hyperkératose caractéristique. Concernant Candida albicans, le mode d’entrée est différent : le champignon colonise d’abord les replis cutanés péri-unguéaux, provoquant un périonyxis (bourrelet enflammé, douloureux, parfois purulent) avant d’envahir l’ongle à proprement parler.
👨⚕️ Conseil au comptoir
L’identification de l’agent fongique conditionne le choix du traitement. Si une patiente se plaint d’un ongle de main avec un bourrelet rouge et douloureux, pensez d’emblée à Candida — la terbinafine orale sera moins efficace que le fluconazole ou l’itraconazole. À l’inverse, un orteil jaunâtre chez un sportif est quasi-systématiquement à Trichophyton rubrum : la terbinafine reste le traitement de référence.
3. Mycose des ongles : facteurs de risque et populations vulnérables
L’onychomycose n’est pas une fatalité : elle résulte toujours d’une rencontre entre un champignon opportuniste et un hôte rendu vulnérable par des facteurs locaux ou systémiques. Les données épidémiologiques (Gupta AK et al., J Am Acad Dermatol, 2000) permettent d’identifier les principaux déterminants.
Facteurs liés à l’hôte
- Âge : prévalence quasi nulle chez l’enfant (renouvellement unguéal rapide, faible exposition) ; elle atteint 30 % après 70 ans — l’ongle se renouvelle de plus en plus lentement, offrant un terrain d’installation idéal
- Diabète : la microangiopathie (atteinte des petits vaisseaux) et la neuropathie réduisent les défenses locales ; le risque d’onychomycose est multiplié par 2 à 3
- Immunosuppression : VIH, traitement par corticoïdes au long cours, chimiothérapie, biothérapies — toutes les situations d’immunodépression facilitent l’installation fongique
- Troubles circulatoires : insuffisance veineuse chronique, artérite — la mauvaise vascularisation de l’extrémité des doigts ou des orteils réduit l’afflux de cellules immunitaires
- Antécédent de pied d’athlète (tinea pedis) : présent dans plus de 30 % des onychomycoses à dermatophytes — l’infection cutanée plantaire est une porte d’entrée fréquente vers l’ongle
Facteurs environnementaux et comportementaux
- Contact répété avec l’eau : personnel de cuisine, crèches, piscines, maîtres-nageurs (ramollissement de la kératine, fragilisation de la barrière unguéale)
- Chaussures fermées portées longtemps (confinement humide, macération) : bottes, chaussures de sécurité, chaussures de sport
- Sports de combat pieds nus (judo, lutte) : microtraumatismes et contamination sur les tatamis
- Fréquentation de vestiaires collectifs, hammams, piscines sans protection plantaire
⚠️ Populations à surveiller de près
Chez le patient diabétique, une onychomycose non traitée peut évoluer en plaie chronique, voire constituer une porte d’entrée d’une infection bactérienne — avec un risque d’ostéomyélite dans les formes sévères. La prise en charge doit être plus précoce et plus rigoureuse que chez le sujet sain. Une consultation médicale est systématiquement recommandée avant d’initier tout traitement.
4. Mycose des ongles : mesures de prévention et hygiène unguéale
La prévention de l’onychomycose repose sur des principes simples mais souvent mal appliqués. Son objectif est double : réduire l’exposition au champignon et renforcer l’intégrité de la barrière cutanée et unguéale. Elle est identique à celle du pied d’athlète, dont l’onychomycose est fréquemment la complication.
| ✅ Mesures recommandées | Pourquoi ? |
|---|---|
| Chaussons de douche dans vestiaires, piscines, hôtels | Éviter le contact direct avec les squames kératinisées contaminées déposées sur les sols humides |
| Séchage soigneux des espaces interdigitaux | L’humidité résiduelle entre les orteils est le milieu de culture idéal des dermatophytes |
| Chaussettes 100 % coton, changées quotidiennement | Le coton absorbe la transpiration et réduit la macération ; les fibres synthétiques l’aggravent |
| Alterner les chaussures (48h de séchage entre deux ports) | L’intérieur d’une chaussure ne sèche pas complètement en 24h ; l’alternance coupe le cycle d’humidité |
| Ongles courts, limage régulier, ne pas couper les cuticules | Les cuticules sont une barrière étanche contre les pathogènes ; les couper crée une effraction |
| Désinfection des chaussures avec spray antifongique, lavage des serviettes à 70°C | Évite la réinfection et la contamination de l’entourage |
| Ne pas partager serviettes, chaussons, matériel de soin unguéal | Transmission indirecte par ces vecteurs bien documentée |
👨⚕️ Conseil au comptoir — Le nettoyage de la chaussure, étape oubliée
Le patient qui guérit sa mycose des ongles sans traiter ses chaussures se réinfectera inévitablement. Recommandez un spray antifongique à base de poudre (éconazole ou clotrimazole en poudre) appliqué à l’intérieur des chaussures portées pendant la phase infectieuse — c’est l’équivalent de traiter le réservoir, pas seulement l’hôte.
5. Traitement local de la mycose des ongles : vernis et solutions filmogènes
Le traitement local est le traitement de première intention des onychomycoses débutantes à modérées, sans atteinte matricielle. Son grand avantage est l’absence d’effets systémiques ; son inconvénient majeur est sa longueur (6 à 12 mois) et son taux de guérison mycologique limité à environ 30 à 40 % en monothérapie (Del Rosso JQ, J Clin Aesthet Dermatol, 2014). Il est impératif de bien préparer l’ongle avant toute application.
Étape 1 — Préparer l’ongle (incontournable)
La kératine infectée forme une barrière physique qui empêche la pénétration des antifongiques locaux. Sans préparation, appliquer un vernis sur un ongle épais et décollé revient à peindre sur une éponge. Deux approches :
- Limage/meulage mécanique : avec une lime à ongle neuve (à usage unique pour éviter la recontamination), ramener l’ongle à une couche la plus fine possible avant chaque application du traitement
- Kératolyse chimique à l’urée 40 % (Onyster®) : pommade à appliquer quotidiennement sous pansement occlusif pendant 1 à 3 semaines — l’urée ramollit et décolle sélectivement la zone infectée, sans toucher l’ongle sain adjacent. Idéale en préparation avant un vernis antifongique, ou en cas d’atteinte matricielle modérée.
Étape 2 — Choisir la molécule adaptée
| Molécule | Spécialités (exemples) | Posologie | Durée | Particularités | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|---|
| Amorolfine 5 % | Locéryl® vernis, Curanail® | 1 à 2 fois/semaine | 6 à 9 mois (pieds), 3 à 6 mois (mains) | CI : grossesse, allaitement, <18 ans. Large spectre (dermatophytes + levures) | ⭐⭐⭐⭐ |
| Ciclopirox 8 % | Onytec®, Mycoster® solution filmogène | 1 fois/jour | 3 mois (mains), 6 mois (pieds) | Bonne pénétration transunguéale ; utilisable chez la femme enceinte (avis médical) | ⭐⭐⭐⭐ |
| Bifonazole 1 % + Urée 40 % | Amycor® Onychoset | 1 fois/jour sous pansement occlusif | Jusqu’à guérison (souvent 4 à 8 semaines + entretien) | Combine kératolyse et antifongique en une seule application | ⭐⭐⭐ |
🔑 Protocole d’application en 5 étapes
- Baigner l’ongle 5 à 10 min dans de l’eau tiède pour le ramollir
- Éliminer le vernis résiduel avec du dissolvant sans acétone
- Limer vigoureusement l’ongle avec un grattoir ou une lime métallique neuve (réduire à la couche la plus fine possible)
- Appliquer le produit sur la totalité de l’ongle, y compris les bords latéraux et sous le bord libre, avec la spatule ou le pinceau fourni(e)
- Laisser sécher complètement avant de rechausser (20 à 30 min minimum)
Nettoyer et désinfecter à l’alcool la spatule ou le pinceau après chaque utilisation.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Le principal motif d’échec du traitement local est l’arrêt prématuré. Expliquez au patient que l’ongle guéri doit entièrement repousser pour que le traitement soit terminé — ce qui prend 9 à 12 mois pour un gros orteil. La disparition des symptômes visuels à 3 mois ne signifie pas guérison : le champignon est souvent encore présent dans la portion d’ongle qui n’a pas encore poussé. Une métaphore utile : « Votre ongle est un chantier de rénovation de 12 mois — ne levez pas les échafaudages après 3 mois. »
6. Traitement oral de la mycose des ongles : quand et comment ?
Le traitement systémique (par voie orale) offre des taux de guérison nettement supérieurs au traitement local — environ 70 à 80 % pour la terbinafine dans les onychomycoses à dermatophytes (Crawford F & Hollis S, Cochrane Database Syst Rev, 2007). Mais il n’est pas anodin : ses effets indésirables potentiellement graves (hépatotoxicité, réactions cutanées sévères) imposent de le réserver aux formes qui le justifient réellement.
Indications du traitement oral
- Atteinte matricielle (champignon atteignant la base de l’ongle)
- Atteinte de plus de la moitié de la surface unguéale
- Atteinte de plusieurs ongles simultanément
- Échec documenté du traitement local bien conduit
⚠️ Traitement oral = prescription médicale obligatoire
Les antifongiques systémiques ne se dispensent jamais sans ordonnance. Un prélèvement mycologique avec identification de l’espèce est indispensable avant d’initier le traitement — il conditionne le choix de la molécule et prédit les chances de succès.
| Molécule | Spécialité | Posologie usuelle | Durée | Indication préférentielle | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|---|
| Terbinafine | Lamisil® 250 mg | 1 cp/jour au cours du dîner, avec un grand verre d’eau | 3 mois (mains), 3 à 6 mois (pieds) | Onychomycoses à dermatophytes (1ère intention) | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Itraconazole | Sporanox® 100 mg | 200 mg × 2/jour, 1 semaine/mois (traitement « pulsé ») | 2 mois (mains), 3 mois (pieds) | Onychomycoses à Candida et à moisissures | ⭐⭐⭐⭐ |
| Fluconazole | Triflucan® 150 mg | 150 mg 1 fois/semaine (hors AMM onychomycoses) | 6 mois (mains), jusqu’à guérison | Candidoses unguéales (hors AMM — sur prescription) | ⭐⭐⭐ |
| Griséofulvine | Grisefuline® 250 ou 500 mg | 500 mg à 1 g/jour en 2 prises, au cours des repas | 6 mois (mains), 12 à 18 mois (pieds) | Alternative si CI à la terbinafine ; photosensibilisant | ⭐⭐⭐ |
⚠️ Terbinafine : hépatotoxicité et surveillance biologique
La terbinafine expose à un risque rare mais grave d’hépatite médicamenteuse, y compris des formes fulminantes. Un bilan hépatique (ASAT, ALAT) ainsi qu’une numération formule sanguine sont recommandés avant le traitement, puis à 4 et 8 semaines. Tout symptôme évocateur (ictère, urines foncées, fatigue intense, nausées persistantes) doit conduire à l’arrêt immédiat et à une consultation médicale en urgence. Informez systématiquement le patient lors de la délivrance.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Grossesse et allaitement
En cas de grossesse, tout traitement antifongique — y compris local — doit être reporté après l’accouchement dans la mesure du possible. La terbinafine passe dans le lait maternel ; l’allaitement doit être suspendu ou le traitement différé. Cette règle s’applique même aux traitements topiques, dont la toxicité embryonnaire potentielle n’est pas complètement exclue.
7. Approches complémentaires : aromathérapie, probiotiques et phytothérapie
Les approches complémentaires ne remplacent ni le traitement antifongique local ni le traitement oral. Elles peuvent venir en appoint pour renforcer l’efficacité thérapeutique, soutenir les défenses naturelles ou éviter les récidives. Le niveau de preuve reste globalement modéré à faible pour ces approches dans l’indication précise de l’onychomycose — il est essentiel de le signaler clairement au patient.
Aromathérapie
L’huile essentielle d’arbre à thé (Melaleuca alternifolia), riche en terpinène-4-ol (un monoterpénol à activité antifongique documentée in vitro), est l’approche la mieux étayée parmi les huiles essentielles. Les travaux de Buck et al. (J Fam Pract, 1994) ont montré une réduction des symptômes comparables au clotrimazole 1 % topique dans la tinea pedis, mais les données spécifiques à l’onychomycose restent limitées. D’autres HE à activité antifongique reconnue : HE d’origan (Origanum vulgare, riche en carvacrol et thymol), et HE de citronnelle (Cymbopogon citratus).
ℹ️ Formule aromathérapie en appoint (adulte uniquement)
- HE origan (Origanum compactum) : 2 ml
- HE arbre à thé (Melaleuca alternifolia) : 5 ml
- HE citronnelle (Cymbopogon flexuosus) : 3 ml
Appliquer quelques gouttes pures 2 fois/jour sur les ongles atteints pendant 6 mois au minimum. Ne pas exposer les ongles traités au soleil dans les 3 heures suivant l’application (risque de photosensibilisation). CI absolues : femme enceinte ou allaitante.
⚠️ Test de tolérance obligatoire avant application
Avant toute première utilisation, appliquer quelques gouttes du mélange sur la face interne du poignet et observer 24 heures. L’apparition d’une rougeur, d’un prurit ou d’une urticaire contre-indique l’utilisation. L’HE d’origan est particulièrement dermocaustique ; ne jamais l’appliquer sur de la peau lésée ou enflammée.
Phytothérapie — Calendula et immunostimulants
La teinture mère de calendula (Calendula officinalis), riche en saponosides, caroténoïdes et mucilages, possède des propriétés anti-inflammatoires et antiseptiques locales bien documentées — utiles pour apaiser le périonyxis inflammatoire associé aux candidoses unguéales. Les plantes immunostimulantes (échinacée, astragale) peuvent être utilisées en cure discontinue de 10 à 15 jours par mois : une utilisation continue et prolongée risquerait paradoxalement d’induire une tolérance immunitaire et d’affaiblir l’effet recherché.
Probiotiques
Lors d’un traitement antifongique oral prolongé, l’équilibre du microbiote intestinal peut être perturbé. La supplémentation en probiotiques (Lactobacillus rhamnosus GG, Saccharomyces boulardii) pendant et après le traitement contribue à restaurer la flore digestive et à renforcer l’immunité mucosale. Le niveau de preuve spécifique à l’onychomycose est faible (⭐⭐), mais l’intérêt dans le contexte d’une antibiothérapie élargie aux antifongiques est défendu par plusieurs experts (Reid G et al., Nat Rev Microbiol, 2011).
🚫 Extrait de pépins de pamplemousse : interactions médicamenteuses
L’extrait de pépins de pamplemousse contient de la bergamottine et de la 6,7-dihydrobergamottine, puissants inhibiteurs du cytochrome CYP3A4 (une enzyme hépatique responsable du métabolisme de nombreux médicaments). Son association avec des médicaments à marge thérapeutique étroite — anticoagulants oraux, immunosuppresseurs, statines, antirétroviraux — peut provoquer un effet équivalent à un surdosage potentiellement grave. Contre-indiqué en association avec l’itraconazole (métabolisé par le CYP3A4). Interrogez systématiquement sur les traitements en cours avant de le conseiller.
ℹ️ Note sur l’homéopathie et la lithothérapie
Antimonium crudum 9CH et les draineurs homéopathiques (Trichophyton rubrum D8) ainsi que les complexes de lithothérapie déchélatrice (Iodargite D8, Orpiment D8, Sélenite D8) sont présentés comme des compléments dans certaines approches intégratives. Le niveau de preuve clinique dans l’onychomycose est insuffisant (⭐) pour les recommander en dehors d’une démarche personnelle du patient. Ils peuvent être utilisés comme accompagnement, à condition de ne pas retarder ou remplacer le traitement antifongique validé.
8. Mycose des ongles : quand consulter un médecin ?
Si l’onychomycose banale sur un seul ongle chez un adulte sain peut être prise en charge au comptoir, plusieurs situations imposent une consultation médicale rapide :
⚠️ Signes d’alarme — Consultation médicale obligatoire
- Patient diabétique, immunodéprimé (cancer, VIH, corticothérapie au long cours, biothérapies) ou présentant une artérite/insuffisance veineuse sévère des membres inférieurs
- Doute diagnostique (aspect évoquant un psoriasis unguéal, une tumeur sous-unguéale, une déformation traumatique)
- Surinfection bactérienne : écoulement purulent, rougeur péri-unguéale, douleur pulsatile
- Extension rapide des lésions ou atteinte de plus de 3 à 4 ongles simultanément
- Atteinte de la matrice unguéale (lésion touchant la base et la lunule de l’ongle) — nécessite impérativement un traitement oral
- Récidive après un traitement bien conduit
- Résistance au traitement conseillé après 3 mois d’observance correcte
- Lésions anciennes (présentes depuis plusieurs années)
👨⚕️ Conseil au comptoir — Le bon réflexe podologique
N’oubliez pas d’orienter vers le podologue les patients qui présentent une onychomycose associée à des troubles de la statique plantaire (hallux valgus, orteils en griffe) ou à des chaussures inadaptées : sans correction de la cause mécanique, les récidives sont quasi-inévitables. Une prise en charge pluridisciplinaire (podologue + médecin + pharmacien) est le gold standard pour les patients à risque élevé.
Tableau récapitulatif — Mycose des ongles : options thérapeutiques
| Traitement | Indication | Durée | Taux de guérison estimé | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|
| Amorolfine 5 % (vernis) | 1ère intention, atteinte distale | 6–9 mois | 30–40 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| Ciclopirox 8 % (filmogène) | 1ère intention, alternative à l’amorolfine | 3–6 mois | 30–40 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| Terbinafine orale | Atteinte matricielle, formes étendues, échec local | 3–6 mois | 70–80 % (dermatophytes) | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Itraconazole oral (pulsé) | Candida, moisissures | 2–3 mois (pulsé) | 60–70 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| HE arbre à thé (appoint) | Accompagnement du traitement validé | ≥ 6 mois | Données insuffisantes (in vivo) | ⭐⭐ |
| Probiotiques (appoint) | Soutien du microbiote pendant traitement oral | Durée du traitement | Non évalué (indication indirecte) | ⭐⭐ |
🔑 En résumé — Mycose des ongles
La mycose des ongles est fréquente (6–8 % de la population), contagieuse et rarement résolutive sans traitement. Le diagnostic mycologique par prélèvement reste l’étape clé — plus de la moitié des affections unguéales ne sont pas fongiques. Le traitement local (vernis à l’amorolfine 5 % ou au ciclopirox 8 %) est la première intention pour les formes distales sans atteinte matricielle. Le traitement oral par terbinafine — plus efficace mais non anodin — est réservé aux formes étendues ou en cas d’échec local. Les approches complémentaires (aromathérapie, phytothérapie, probiotiques) peuvent accompagner le traitement validé mais ne le remplacent pas. La durée totale du traitement (jusqu’à 12 mois pour un gros orteil) est le principal défi de l’adhérence thérapeutique.
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📚 Sources et références réglementaires
Avertissement médical : Cet article est rédigé à des fins d’information générale et de conseil pharmaceutique. Il ne remplace pas une consultation médicale ni l’avis de votre pharmacien. En cas de doute diagnostique, de pathologie associée (diabète, immunodépression) ou d’aggravation des symptômes, consultez un médecin. Les traitements oraux cités nécessitent une prescription médicale.
Sources principales : Sigurgeirsson B & Baran R, J Eur Acad Dermatol Venereol, 2014 ; Crawford F & Hollis S, Cochrane Database Syst Rev, 2007 ; Gupta AK et al., J Am Acad Dermatol, 2000 ; Del Rosso JQ, J Clin Aesthet Dermatol, 2014 ; Buck DS et al., J Fam Pract, 1994 ; Reid G et al., Nat Rev Microbiol, 2011. Article rédigé par Anne-Sophie Delepoulle (Dr en Pharmacie).



