Pilule du lendemain : Norlevo, EllaOne ou stérilet ?

Norlevo, EllaOne ou stérilet au cuivre ? Mécanismes, délais, poids et interactions expliqués par un pharmacien. Guide HAS/ANSM.

Pilule du lendemain : Norlevo, EllaOne ou stérilet, que choisir ?

La pilule du lendemain — ou contraception d’urgence — est une solution occasionnelle qui vient compléter, jamais remplacer, une contraception régulière. Depuis 2023, elle est gratuite et sans ordonnance en pharmacie pour toutes les femmes, mineures ou majeures. Mais entre le lévonorgestrel (Norlevo®), l’ulipristal acétate (EllaOne®) et le stérilet au cuivre, le choix dépend de trois paramètres précis : le délai depuis le rapport à risque, le poids, et les traitements en cours. Ce guide fait le point, comptoir par comptoir.

⚡ L’essentiel en un coup d’œil

🎯 À quoi ça sert, vraiment ?

  • Réduire le risque de grossesse après un rapport non ou mal protégé — efficacité maximale dans les premières heures (⭐⭐⭐⭐⭐)
  • Pas une contraception régulière, ni une protection contre les IST
  • Pas efficace si l’ovulation a déjà eu lieu ou si l’implantation a commencé

💊 Comment la/le conseiller ?

  • Norlevo® (lévonorgestrel 1,5 mg) : jusqu’à 72 h, en 1 prise unique
  • EllaOne® (ulipristal acétate 30 mg) : jusqu’à 120 h, en 1 prise unique
  • Stérilet au cuivre : jusqu’à 5 jours, pose par un professionnel — la méthode la plus efficace, quel que soit le poids

🚫 5 questions à poser avant de conseiller

  • Combien d’heures se sont écoulées depuis le rapport à risque ?
  • Quel est votre poids approximatif ?
  • Prenez-vous un traitement inducteur enzymatique (millepertuis, certains antiépileptiques, antituberculeux) ou un antiacide ?
  • Allaitez-vous actuellement ?
  • Souhaitez-vous reprendre une contraception hormonale régulière juste après ?

Le détail de chaque point — mécanismes, preuves, sources — est développé section par section ci-dessous.

1. Quelles solutions de contraception d’urgence en France ?

En bref : trois options coexistent en France, avec des fenêtres d’action différentes — plus le délai depuis le rapport est court, plus l’efficacité est élevée, quelle que soit la méthode choisie.

La contraception d’urgence n’est pas un médicament unique mais une famille de solutions, à utiliser en cas de rapport non protégé ou mal protégé (oubli de pilule, rupture de préservatif, patch décollé, stérilet expulsé…) :

  • Dans les 72 heures : Norlevo® (lévonorgestrel 1,5 mg)
  • Dans les 120 heures (5 jours) : EllaOne® (ulipristal acétate 30 mg) ou pose d’un stérilet au cuivre

Un principe reste constant quelle que soit la molécule choisie : l’efficacité décroît avec le temps. Prise dans les 12 premières heures, l’efficacité de Norlevo® avoisine 95 % ; elle chute à environ 58 % passé un délai de 48 à 72 heures (Organisation mondiale de la santé, 2021).

Fenêtre d’efficacité selon le délai après le rapport à risque 0 h 24 h 72 h 120 h Norlevo® Efficacité décroissante · jusqu’à 72 h EllaOne® Efficacité stable · jusqu’à 120 h Stérilet cuivre Efficacité constante >99 % · jusqu’à 120 h Plus la prise est précoce, plus l’efficacité est élevée — quelle que soit la molécule

Fenêtres d’action comparées de Norlevo®, EllaOne® et du stérilet au cuivre après un rapport à risque.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Demandez systématiquement l’heure précise du rapport à risque : c’est la première variable qui oriente le choix, avant même le poids ou les traitements en cours. Un doute sur le délai doit toujours faire pencher vers l’option la plus large (EllaOne® ou stérilet).

2. Norlevo® (lévonorgestrel) : mécanisme et limites

En bref : le lévonorgestrel retarde l’ovulation s’il est pris avant celle-ci, mais son efficacité diminue nettement au-delà de 70-75 kg — un point à vérifier systématiquement au comptoir.

Le lévonorgestrel (Norlevo®, Lévonorgestrel Biogaran®) est un progestatif de synthèse. Son mécanisme exact n’est pas totalement élucidé, mais aux doses utilisées, il agit principalement en bloquant ou retardant le pic de LH (hormone lutéinisante), empêchant ainsi l’ovulation si le rapport a eu lieu dans les jours précédant celle-ci. Il pourrait également modifier la glaire cervicale, freinant la migration des spermatozoïdes. En revanche, il est inefficace dès lors que l’implantation a commencé — ce n’est en aucun cas un abortif.

Prise : 1 comprimé unique, le plus tôt possible et dans les 72 heures suivant le rapport à risque, idéalement dans les 12 heures.

3. EllaOne® (ulipristal acétate) : la seconde génération

En bref : l’ulipristal acétate garde une efficacité stable jusqu’à 5 jours après le rapport, contrairement au lévonorgestrel dont l’efficacité décline avec le temps — c’est l’option de choix en cas de délai supérieur à 72 heures ou de doute.

L’ulipristal acétate est un modulateur sélectif des récepteurs de la progestérone (SPRM) : il se lie avec une forte affinité aux récepteurs de la progestérone et bloque ou retarde la rupture folliculaire, y compris lorsqu’il est pris tardivement, alors que le pic de LH a déjà commencé à s’élever. Dans les essais cliniques, l’ulipristal retarde la rupture folliculaire pendant au moins 5 jours dans près de 79 % des cas, contre un effet nettement moins marqué pour le lévonorgestrel dans les mêmes conditions (ANSM, Base de données publique des médicaments).

Délivrance : en France, EllaOne® est disponible sans ordonnance depuis 2015, comme Norlevo®. Effets indésirables les plus fréquents : douleurs abdominales, troubles du cycle (spotting, retard des règles), céphalées, nausées, fatigue.

⚠️ Ne jamais associer les deux molécules

Le lévonorgestrel et l’ulipristal acétate ont des mécanismes antagonistes sur le récepteur de la progestérone : les associer ne renforce pas l’efficacité, il la diminue. En cas de nouveau rapport à risque après une prise d’EllaOne®, ne jamais reprendre du lévonorgestrel dans les jours qui suivent — orienter vers une méthode barrière ou un stérilet au cuivre.

4. Le stérilet au cuivre : la méthode la plus fiable

En bref : posé jusqu’à 5 jours après le rapport, le stérilet au cuivre est la méthode de contraception d’urgence la plus efficace, avec un taux de grossesse inférieur à 1 % — et son efficacité n’est pas affectée par le poids, contrairement aux pilules hormonales.

Le cuivre est spermicide et ovicide : les ions cuivriques altèrent la mobilité et la survie des spermatozoïdes, et modifient l’environnement utérin de façon défavorable à l’implantation. Ce mécanisme, non hormonal, explique pourquoi son efficacité ne dépend ni du poids ni du moment du cycle, contrairement au lévonorgestrel et, dans une moindre mesure, à l’ulipristal.

Il nécessite une pose par un professionnel de santé (sage-femme, gynécologue, médecin formé) dans un délai de 5 jours après le rapport à risque, et présente l’avantage de rester en place ensuite comme contraception régulière si la patiente le souhaite.

5. Bien la prendre : poids, vomissements, allaitement

En bref : au-delà de 70-75 kg, l’efficacité de Norlevo® diminue nettement — orientez vers EllaOne® ou le stérilet ; en cas de vomissement dans les 3 heures, reprendre un comprimé ; l’allaitement impose une interruption temporaire.

Avaler le comprimé avec un verre d’eau, le plus tôt possible après le rapport à risque. Pour EllaOne®, un repas riche en graisses ou un pH gastrique alcalin (prise concomitante d’un antiacide) peut réduire l’absorption du principe actif — un point à anticiper au comptoir.

  • Vomissements dans les 3 heures suivant la prise : reprendre un comprimé, si possible en vérifiant qu’il n’a pas été retrouvé dans les vomissements.
  • Allaitement : Norlevo® peut être pris juste après une tétée, en évitant d’allaiter pendant les 6 heures suivantes. EllaOne® impose une suspension de l’allaitement pendant 36 heures après la prise.
  • Poids : selon les données du résumé des caractéristiques du produit, l’efficacité du lévonorgestrel diminue à partir de 70-75 kg et devient très limitée au-delà de 80 kg. L’ulipristal acétate est également affecté par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 kg/m², mais dans une moindre mesure que le lévonorgestrel (Manuel MSD, édition professionnelle, 2026). Le stérilet au cuivre reste la seule option dont l’efficacité n’est pas modifiée par le poids.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Face à une patiente de plus de 70 kg, ne proposez pas systématiquement un doublement de la dose de Norlevo® : cette pratique n’est pas validée en France. Orientez plutôt vers EllaOne® ou, mieux, vers une consultation rapide pour la pose d’un stérilet au cuivre si le délai le permet.

6. Interactions médicamenteuses et mises en garde

En bref : les inducteurs enzymatiques (millepertuis compris) réduisent l’efficacité des deux molécules — en cas de traitement inducteur récent, le stérilet au cuivre est la solution la plus sûre.

Le lévonorgestrel et l’ulipristal acétate sont métabolisés par le cytochrome CYP3A4, une enzyme hépatique qui les inactive. Tout médicament qui stimule (« induit ») cette enzyme accélère leur élimination et réduit leur concentration sanguine active, donc leur efficacité contraceptive.

⚠️ Interactions à connaître systématiquement

Inducteurs enzymatiques réduisant l’efficacité de la contraception d’urgence : rifampicine, phénobarbital et autres antiépileptiques inducteurs (carbamazépine, phénytoïne), ritonavir, éfavirenz, et le millepertuis (Hypericum perforatum), y compris sous forme de complément alimentaire en vente libre. En cas de traitement inducteur pris dans le mois précédent, la contraception d’urgence hormonale est déconseillée : privilégier le stérilet au cuivre ; à défaut, un avis médical est nécessaire pour évaluer un ajustement de dose (Réseau français des Centres régionaux de pharmacovigilance, 2024). Médicaments augmentant le pH gastrique (inhibiteurs de la pompe à protons, antiacides, anti-H2) : peuvent réduire l’absorption de l’ulipristal acétate — privilégier le lévonorgestrel ou espacer les prises. Le millepertuis doit être signalé au comptoir à chaque occasion, y compris hors du contexte de la contraception d’urgence, en raison de ses multiples interactions (anticoagulants, immunosuppresseurs, contraceptifs hormonaux réguliers).

⚠️ Reprise d’une contraception hormonale régulière

Après une prise d’ulipristal acétate, l’efficacité d’une contraception hormonale régulière reprise ou débutée dans les jours suivants peut être diminuée : une méthode barrière (préservatif) est recommandée pendant 12 jours après la prise d’EllaOne®. Après Norlevo®, la reprise de la contraception habituelle est possible dès le lendemain, avec une méthode barrière pendant 7 jours.

7. Gratuité et accès en pharmacie en 2026

En bref : depuis le 1er janvier 2023, la pilule du lendemain est gratuite et sans ordonnance en pharmacie pour toutes les femmes, mineures et majeures — une évolution majeure par rapport à la situation antérieure à 2023.

Avant 2023, seules les mineures bénéficiaient d’une délivrance gratuite et anonyme sans ordonnance ; les femmes majeures devaient présenter une ordonnance pour un remboursement partiel à 65 %. Depuis le 1er janvier 2023 (Loi de financement de la sécurité sociale, 2023 ; décret n° 2023-81 du 6 février 2023), la contraception d’urgence hormonale — Norlevo® comme EllaOne® — est délivrée gratuitement en pharmacie de ville, sans ordonnance et sans avance de frais, à toute personne mineure ou majeure, sur simple présentation de la carte Vitale ou d’une attestation de droits (Ameli.fr, 2023).

  • Pour les personnes mineures : une simple déclaration sur l’honneur suffit pour justifier l’âge, et le secret de la délivrance peut être demandé.
  • La contraception d’urgence est également disponible auprès des infirmiers scolaires (collèges, lycées), des infirmiers de santé universitaire, des centres de santé sexuelle et des CeGIDD, souvent de façon anonyme et gratuite.

ℹ️ Bon à savoir

Un seul rapport non protégé suffit à justifier une prise, même en cas de prise récente antérieure. Mais la contraception d’urgence n’est pas conçue pour un usage répété : plus les prises sont fréquentes, plus les effets indésirables et les troubles du cycle sont marqués, et moins la protection est fiable qu’une contraception régulière bien suivie.

8. Après la pilule du lendemain : les bons réflexes

En bref : surveillez la date des prochaines règles et proposez systématiquement un test de grossesse en cas de retard de plus de 5 jours, ainsi qu’un dépistage des IST si le contexte le justifie.

La contraception d’urgence peut légèrement décaler la date des règles suivantes. Un retard de plus de 5 jours, des règles anormalement abondantes accompagnées de nausées, ou l’impossibilité de dater les prochaines règles (cycles irréguliers) doivent conduire à un test de grossesse, réalisé 3 semaines après le rapport à risque en cas de doute.

La pilule du lendemain ne protège pas des infections sexuellement transmissibles. En cas de risque de contamination, notamment par le VIH, un traitement post-exposition peut être proposé dans les 48 heures suivant le rapport — orienter vers les urgences hospitalières sans délai. C’est également l’occasion, au comptoir, d’aborder la question d’une contraception régulière adaptée si la patiente n’en a pas, ou d’un oubli de pilule si c’est la cause du recours à la contraception d’urgence.

ℹ️ En cas d’oubli de pilule à l’origine du recours

Prendre le comprimé oublié dès que possible et poursuivre la plaquette normalement, en associant une méthode barrière pendant 7 jours. Si l’oubli est survenu lors de la dernière semaine de la plaquette, il est conseillé d’enchaîner directement la plaquette suivante sans respecter l’arrêt habituel de 7 jours.

🔭 Perspective de recherche : le poids modifie-t-il vraiment la biodisponibilité du lévonorgestrel ?

Une étude croisée randomisée a comparé la pharmacocinétique du lévonorgestrel et de l’ulipristal acétate chez des femmes de poids normal et des femmes obèses : chez les femmes obèses, le pic de concentration plasmatique (Cmax) et l’exposition totale (AUC) au lévonorgestrel étaient réduits d’environ moitié par rapport aux femmes de poids normal, en partie à cause d’une baisse de la SHBG (protéine porteuse des hormones stéroïdiennes) qui modifie la fraction libre active de la molécule (Praditpan et al., Contraception, 2017). L’hypothèse mécanistique retenue est celle d’un volume de distribution accru : le tissu adipeux séquestre une partie de la molécule liposoluble, diminuant sa concentration active au site d’action.

Face à ce constat, certaines équipes ont testé le doublement de la dose de lévonorgestrel chez les femmes obèses. Mais un essai contrôlé randomisé plus récent n’a pas retrouvé de bénéfice clair de cette stratégie sur les marqueurs d’ovulation, remettant en question l’intérêt clinique du double dosage (Edelman et al., Contraception, 2016).

Niveau de preuve : ⭐⭐ (modérée) — données de pharmacocinétique humaine (études croisées de petite taille) et un essai contrôlé randomisé. Conseil calibré : ces données confirment, sans la remettre en cause, la prudence déjà recommandée au-delà de 70-75 kg — mais elles ne justifient pas de conseiller un doublement empirique de la dose de Norlevo®, non validé en France. Le réflexe reste d’orienter vers EllaOne® ou le stérilet au cuivre.

Tableau comparatif des méthodes de contraception d’urgence

Méthode Délai max. Effet du poids Niveau de preuve ⓘ
Norlevo® (lévonorgestrel) 72 heures Efficacité réduite >70-75 kg ⭐⭐⭐⭐⭐ Élevé
EllaOne® (ulipristal acétate) 120 heures Réduction moindre, dès IMC >30 ⭐⭐⭐⭐⭐ Élevé
Stérilet au cuivre 120 heures Aucun effet connu ⭐⭐⭐⭐ Solide
Doublement de dose LNG (obésité) Non recommandé en pratique ⭐⭐ Modérée

🔑 En résumé

La pilule du lendemain reste plus efficace prise tôt : Norlevo® jusqu’à 72 h, EllaOne® et le stérilet au cuivre jusqu’à 120 h. Le poids réduit l’efficacité du lévonorgestrel au-delà de 70-75 kg — le stérilet au cuivre reste alors l’option la plus fiable. Les inducteurs enzymatiques, dont le millepertuis, diminuent l’efficacité des deux molécules hormonales. Depuis 2023, l’accès est gratuit et sans ordonnance pour toutes, en pharmacie. Cette contraception reste occasionnelle : elle ne remplace ni un suivi gynécologique régulier, ni une protection contre les IST.

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale ou pharmaceutique individuelle. En cas de doute, de retard de règles supérieur à 5 jours ou de risque d’infection sexuellement transmissible, consultez un professionnel de santé.

Sources :

  • Haute Autorité de Santé (HAS) — Fiche mémo Contraception d’urgence
  • Ameli.fr — Contraception d’urgence gratuite en pharmacie (2023)
  • ANSM — Base de données publique des médicaments, résumés des caractéristiques du produit Norlevo® et EllaOne®
  • Manuel MSD, édition professionnelle — Contraception d’urgence (2026)
  • Réseau français des Centres régionaux de pharmacovigilance (RFCRPV) — Interactions médicamenteuses et contraception
  • Praditpan P et al., Contraception, 2017
  • Edelman AB et al., Contraception, 2016
  • Organisation mondiale de la santé — Recommandations pratiques sur la planification familiale, 2021

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