Aérosolthérapie : guide complet de la nébulisation à l’officine

Générateurs, médicaments avec AMM, règles de prescription et conseils pratiques au comptoir. Guide pharmacien fondé sur les recommandations SPLF/GAT 2020 et la fiche OMEDIT 2024.

L’aérosolthérapie par nébulisation transforme une solution médicamenteuse liquide en fines particules inhalables — ce que les physiciens appellent un aérosol — afin de délivrer un principe actif directement là où il doit agir : la muqueuse respiratoire, les bronches ou les sinus. Comparée à la voie orale ou injectable, cette voie présente un avantage pharmacocinétique majeur : des concentrations locales élevées avec une exposition systémique minimisée. Pourtant, son efficacité dépend entièrement d’un triptyque souvent mal maîtrisé — le bon générateur, la bonne molécule, la bonne technique d’inhalation.

Ce guide, fondé sur les recommandations du GAT/SPLF 2020 et la fiche OMEDIT Pays-de-la-Loire de février 2024, fait le point sur ce que tout pharmacien doit savoir pour dispenser, expliquer et sécuriser un traitement par nébulisation.

1. Principe et intérêt de la nébulisation

La nébulisation repose sur la transformation d’une solution médicamenteuse liquide en un nuage de fines gouttelettes — des particules de 0,5 à 10 µm de diamètre — maintenues en suspension dans un gaz vecteur (air comprimé ou oxygène). La taille des particules est le paramètre clé : les particules inférieures à 5 µm pénètrent dans les bronches distales et les alvéoles, tandis qu’au-delà de cette valeur, l’inertie les écrase sur l’oropharynx avant qu’elles n’atteignent leur cible.

Ce mode d’administration confère plusieurs avantages cliniquement pertinents :

  • Des concentrations locales élevées au site d’action, impossibles à atteindre par voie orale sans toxicité systémique
  • Une action plus rapide que la voie injectable pour les pathologies obstructives aiguës (asthme aigu grave, BPCO décompensée)
  • Une humidification des voies aériennes qui facilite l’expectoration
  • Une inhalation passive ne nécessitant pas de coordination inspiration-déclenchement, contrairement aux aérosols doseurs pressurisés

ℹ️ Pourquoi les doses paraissent-elles « énormes » par rapport à la voie orale ?

Seulement 10 à 20 % de la dose placée dans la coupelle du nébuliseur atteint effectivement les poumons. Le reste se dépose dans le circuit, dans l’oropharynx ou est expiré. C’est la raison pour laquelle les posologies indiquées sur les AMM nébulisation sont souvent bien supérieures à celles des formes injectables ou orales : la dose prescrite compense les pertes inhérentes au système.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Quand un patient s’étonne de la dose prescrite — « Mais c’est 5 fois plus que mon spray habituel ! » — rappelez-lui que moins de 15 % du médicament atteint réellement les bronches. Le reste se perd dans le nébuliseur et dans l’air. La dose est calibrée pour compenser ces pertes : c’est normal, pas une erreur de prescription.

2. Les trois familles de générateurs d’aérosol

Le choix du générateur est cliniquement stratégique : chaque technologie produit une granulométrie différente et conditionne le site de dépôt du médicament. On distingue trois grandes familles, dont les caractéristiques techniques doivent guider le conseil au comptoir.

Les 3 familles de nébuliseurs Nébuliseur Pneumatique (NP) Effet Venturi (gaz comprimé) ✅ Bronchopathies ✅ Asthme aigu grave ✅ Mucoviscidose ✅ BPCO ✅ ORL (laryngites) Mélanges possibles Compatibilité large Référence universelle Nébuliseur Ultrasonique (NU) Cristal piézo-électrique (1–4 MHz) ✅ Sinusites ✅ Trompes d’Eustache 🚫 Molécules thermosensibles 🚫 Solutions huileuses 🚫 Pulmicort®, Pulmozyme® Pas de mélanges possibles Volume ≥ 6 mL requis Usage ORL uniquement Nébuliseur à Tamis Vibrant (NTV) Membrane micro-perforée piézo ✅ Toutes molécules ✅ Molécules fragiles ✅ Cayston® (nébuliseur Altera) ✅ Arikayce® (nébuliseur Lumira) Silencieux – portatif Coût élevé / Non remboursé (sauf mucoviscidose)

Comparaison des trois familles de nébuliseurs selon leur mécanisme, leurs indications et leurs contraintes de compatibilité. Source : fiche OMEDIT Pays-de-la-Loire, V3, février 2024.

Le nébuliseur pneumatique (NP) — la référence universelle

Le principe repose sur l’effet Venturi : un gaz comprimé (air médical ou oxygène) aspire la solution médicamenteuse vers un gicleur, où elle est fragmentée en gouttelettes par collision avec un déflecteur. Le gaz vecteur utilisé a son importance clinique : chez le patient BPCO hypercapnique, l’oxygène pur est contre-indiqué comme gaz vecteur — il risque de lever la commande hypoxique et d’aggraver la rétention de CO₂. Le volume optimal à placer dans la coupelle est de 2 à 6 mL ; l’inhalation s’arrête quand le générateur ne produit plus de nuage visible.

Le nébuliseur ultrasonique (NU) — usage ORL spécialisé

Un cristal piézo-électrique vibre à haute fréquence (1 à 4 MHz) et transmet ses vibrations à la solution, formant un aérosol à la surface par cavitation. Cette technologie génère une légère chaleur, incompatible avec certaines molécules fragiles. À retenir impérativement : Pulmicort® (budésonide), Beclospin® (béclométhasone) et Pulmozyme® (dornase alfa) ne peuvent pas être administrés avec un nébuliseur ultrasonique — les vibrations dégradent la structure moléculaire. Volume minimal requis : 6 mL. Aucun mélange de deux médicaments n’est possible dans ce type de nébuliseur.

Le nébuliseur à tamis vibrant (NTV) — la technologie de précision

Une membrane percée de micro-orifices vibre sous l’impulsion d’un élément piézo-électrique circulaire, projetant la solution à travers ces orifices sous forme d’un aérosol calibré. Avantages : silencieux, compact, compatible avec toutes les molécules nébulisables y compris les plus fragiles, et particulièrement adapté aux molécules exigeant un nébuliseur spécifique homologué (Cayston® → nébuliseur Altera ; Arikayce® → nébuliseur Lumira). Inconvénient majeur : coût élevé, non remboursé sauf dans le cadre de la mucoviscidose.

⚠️ Couple nébuliseur-médicament : une règle absolue

Certaines spécialités imposent un nébuliseur spécifique homologué dans leur AMM. Cayston® (aztréonam) ne peut être administré qu’avec le nébuliseur Altera équipé du tamis eFlow Rapid (réf. 178) ou eBase (réf. 678). Arikayce® (amikacine liposomale) requiert le nébuliseur Lumira. Tout changement de nébuliseur modifie la granulométrie et expose au risque de mésusage, de sous-dosage ou de bronchospasme. Ces couples sont non négociables.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Face à une ordonnance mentionnant un nébuliseur sans préciser le type d’appareil, vérifiez d’abord le médicament prescrit. Si c’est du Cayston® ou de l’Arikayce®, le nébuliseur spécifique est inclus dans la prise en charge et doit être remis avec le médicament. Pour un budésonide ou une béclométhasone, orientez vers un nébuliseur pneumatique — jamais ultrasonique.

3. Interfaces patient : masque, embout buccal ou narinaire ?

L’interface entre le nébuliseur et le patient conditionne autant que le générateur la qualité du dépôt médicamenteux. Trois options sont disponibles, et leur choix n’est pas anodin.

Interface Voie d’entrée Indications Population cible
Masque facial Bouche + nez Voies respiratoires hautes (pharyngites, laryngites), asthme sévère Nourrissons, enfants < 3 ans, sujets âgés non coopérants, crise d’asthme aiguë grave
Embout buccal Bouche uniquement Pathologies broncho-pulmonaires basses (asthme de fond, BPCO, mucoviscidose) Adulte et grand enfant (> 6 ans coopérant) — à préférer au masque quand possible
Embout narinaire Narines (circuit fermé) Otites, trompes d’Eustache — associé aux appareils manosoniques Adulte et grand enfant, exclusivement pour pathologies otologiques

ℹ️ Pourquoi préférer l’embout buccal quand c’est possible ?

Les fosses nasales filtrent naturellement les particules — c’est leur rôle physiologique. Avec un masque facial, une fraction significative de l’aérosol se dépose au niveau nasal avant d’atteindre les bronches. L’embout buccal court-circuite ce filtre et améliore le dépôt pulmonaire profond, particulièrement important pour les bronchodilatateurs et les corticoïdes inhalés.

4. Indications thérapeutiques

En pneumologie

  • Asthme aigu grave (AAG) — indication de premier rang : la nébulisation permet l’administration de fortes doses de bronchodilatateurs sans effort d’inspiration coordonnée, quelle que soit la gravité du bronchospasme
  • Asthme chronique persistant modéré à sévère, quand les inhalateurs pressurisés ou à poudre sèche sont inadaptés ou insuffisants
  • BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) — exacerbations et traitement de fond
  • Mucoviscidose — infections à Pseudomonas aeruginosa, expectoration induite
  • Dilatation des bronches (DDB) — bronchiectasies
  • Bronchiolite aiguë du nourrisson
  • Pneumocystose (pentamidine en prophylaxie)
  • Hypertension artérielle pulmonaire de classe III (iloprost)

En ORL

  • Laryngite aiguë sous-glottique de l’enfant
  • Rhinites et sinusites chroniques (nébuliseur sonique ou ultrasonique)
  • Otites séromuqueuses et otites chroniques (nébuliseur manosonique + embout narinaire)

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour les sinusites et otites, le nébuliseur prescrit n’est pas interchangeable avec un appareil pneumatique classique. Un patient qui revient avec un nébuliseur pneumatique pour traiter une sinusite ne bénéficiera pas du traitement : les particules produites n’atteignent pas les sinus. Vérifiez toujours la concordance entre le diagnostic et le type d’appareil.

5. Médicaments avec AMM pour la nébulisation — règles de prescription 2024

C’est le point le plus sensible au comptoir. Seules les spécialités disposant d’une AMM spécifique pour la voie inhalée par nébuliseur peuvent être remboursées dans cette indication. Les prescriptions hors AMM ne sont ni remboursées par l’Assurance Maladie, ni forcément sécurisées pour cette voie d’administration. La fiche OMEDIT Pays-de-la-Loire (V3, février 2024) recense les spécialités actuellement autorisées et leurs conditions de prescription.

Les abréviations utilisées dans le tableau ci-dessous sont celles de la réglementation française :

  • TP : Tout Prescripteur
  • PRS : Prescription Réservée à certains Spécialistes (pédiatre, pneumologue)
  • PIH : Prescription Initiale Hospitalière (renouvellement possible par tout médecin)
  • PH : Prescription Hospitalière stricte
  • OTC : Sans ordonnance (over-the-counter)
Classe Spécialité (DCI) Nébuliseur recommandé Prescription ⭐ Niveau de preuve (?)
Bronchodilatateurs Salbutamol (Ventoline®) NP ou NU PRS (pneumologue, pédiatre) ⭐⭐⭐⭐⭐
Terbutaline (Bricanyl®) NP ou NU PRS (pneumologue, pédiatre) ⭐⭐⭐⭐⭐
Ipratropium (Atrovent®)** NP ou NU PRS (pneumologue, pédiatre) ⭐⭐⭐⭐
Corticoïdes inhalés Budésonide (Pulmicort®)** NP uniquement (pas de NU) TP — adulte et enfant depuis 2020 ⭐⭐⭐⭐⭐
Béclométhasone (Beclospin®) NP (pas de NU) TP ⭐⭐⭐⭐
Anti-infectieux Colistiméthate sodique (Colistine®)** NP (PARI LC STAR) PH — mucoviscidose ⭐⭐⭐⭐
Aztréonam (Cayston®) NTV — nébuliseur Altera exclusivement PRS + PIH — mucoviscidose ≥ 6 ans ⭐⭐⭐⭐
Amikacine liposomale (Arikayce®) NTV — nébuliseur Lumira exclusivement PH — mycobactéries non tuberculeuses ⭐⭐⭐
Tobramycine (Tobi®)* NP PIH — mucoviscidose ⭐⭐⭐⭐
Pentamidine (Pentacarinat®) NP ou NU TP — prophylaxie pneumocystose ⭐⭐⭐
Enzyme mucolytique Dornase alfa (Pulmozyme®)* NP uniquement (pas de NU) PIH — mucoviscidose ⭐⭐⭐⭐
Analogue prostacycline Iloprost (Ventavis®) Nébuliseur dédié (non défini) Usage hospitalier — HTAP classe III ⭐⭐⭐
ORL / Antiseptique Niaouli / Goménol® (Melaleuca viridiflora) NP ou NU OTC (sans ordonnance) ⭐⭐
Solvants / Vecteurs NaCl 0,9 % (sérum physiologique), Eau PPI NP, NU ou NTV TP — dilution ou expectoration induite ⭐⭐⭐⭐

* Pulmozyme® et Tobi® : PIH (Prescription Initiale Hospitalière), renouvellement possible par tout médecin. ** Formes sans conservateurs ou sans métabisulfite de sodium à privilégier pour limiter les risques de bronchospasme.

🔑 Extension d’AMM importante depuis 2020 — à retenir

Depuis les arrêtés du JO du 3 juin 2020 et du 31 juillet 2020, le budésonide (Pulmicort®) et ses génériques sont remboursés en nébulisation chez l’adulte, dans le traitement de fond de l’asthme — et non plus uniquement chez l’enfant et l’adolescent de moins de 18 ans. Cette extension d’AMM a modifié les règles de dispensation : la prescription initiale est désormais possible par tout médecin (TP), sans restriction spécialiste.

🚫 Ce qui est formellement déconseillé en nébulisation

  • Produits huileux (risque de pneumopathie lipidique), sauf huile goménolée avec AMM spécifique
  • Huiles essentielles (à l’exception du Goménol® qui possède une AMM)
  • Eau distillée pure et solutions hypotoniques : risque de bronchospasme sévère par choc osmotique
  • Solutions contenant des sulfites comme conservateurs (ex-Gentalline® injectable)
  • Formulations injectables non prévues pour la nébulisation — Célestène® injectable, Solumédrol® injectable, Netromicine® injectable, Nebcine® injectable : leurs excipients, pH et viscosité ne sont pas adaptés à la voie inhalée et exposent à un risque de bronchospasme. Ces spécialités ne sont pas remboursées dans cette indication (ANSM, alerte de vigilance janvier 2018)
  • Pulmozyme® ne doit en aucun cas être dilué

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Un médecin peut légalement prescrire un médicament hors AMM s’il le mentionne explicitement sur l’ordonnance avec la mention « Prescription hors autorisation de mise sur le marché » et informe le patient. En revanche, ce médicament ne sera pas remboursé par l’Assurance Maladie, et la location du nébuliseur ne sera pas non plus prise en charge si aucun médicament nébulisé n’est remboursable. Informez le patient de cette situation dès la délivrance.

6. Mélanges et incompatibilités physicochimiques

Mélanger deux médicaments dans le même nébuliseur expose à des risques d’incompatibilité physicochimique : formation de précipités, modification du pH, altération de la granulométrie — autant de phénomènes qui compromettent l’efficacité thérapeutique et peuvent déclencher un bronchospasme. La règle générale reste de nébuliser un seul médicament à la fois, sauf mélanges validés par des données de compatibilité (Kamin et al., J Cyst Fibros, 2014 ; Zhang et al., Pharmaceutics, 2020).

Rappel absolu : aucun mélange n’est possible dans un nébuliseur ultrasonique.

Médicament 🚫 Incompatible avec ✅ Mélange validé
Tobramycine (Tobi®) Tous les autres médicaments Ventoline® (salbutamol)*
Aminosides injectables (Gentalline®, Netromicine®) Tout autre produit — et non indiqués en nébulisation
Pentamidine (Pentacarinat®) NaCl 0,9 % (sérum physiologique) Eau PPI uniquement pour dilution
Aztréonam (Cayston®) Tous les médicaments en nébulisation
Mélanges validés :
• Salbutamol (Ventoline®) + Ipratropium (Atrovent®)
• Terbutaline (Bricanyl®) + Ipratropium (Atrovent®)
• Terbutaline (Bricanyl®) + Budésonide (Pulmicort®)**
• Salbutamol (Ventoline®) + Béclométhasone (Beclospin®)

* Compatibilité validée pour formulations sans métabisulfite de sodium. ** Compatibilité validée pour formes sans conservateurs. Sources : Kamin W. et al., J Cyst Fibros 2014 ; Zhang R. et al., Pharmaceutics 2020 ; OMEDIT Pays-de-la-Loire V3, 2024.

7. Technique d’inhalation : les bonnes pratiques pas à pas

La fiche SPLF de mise en œuvre de l’aérosolthérapie par nébulisation (SPLF, Pocket Guidelines, 2024) insiste sur l’éducation thérapeutique du patient. Une technique défaillante peut réduire de moitié le dépôt pulmonaire réel.

ℹ️ Avant la séance

  • Ne pas fumer au moins 2 heures avant
  • Se laver les mains à l’eau savonneuse
  • Effectuer la séance dans une pièce bien aérée, sans tabac ni poussière
  • Ouvrir une nouvelle unidose à chaque séance — ne jamais réutiliser un mélange préparé même conservé au réfrigérateur
  • Vérifier l’émission du brouillard avant de commencer

✅ Pendant la séance

  • Position assise, dos droit — jamais couché, la gravité favorise le dépôt pulmonaire
  • Nébuliseur à l’horizontale pour un aérosol optimal
  • Inspiration lente et profonde par la bouche (embout buccal) ou bouche + nez (masque) ; pause respiratoire de 10 secondes après chaque inspiration profonde pour favoriser le dépôt alvéolaire
  • Pour un dépôt voies hautes (laryngite, sinusite) : inspirer rapidement par le nez
  • Durée : maximum 15 minutes (10 minutes chez l’enfant)
  • En cas d’envie de tousser importante : interrompre brièvement pour éviter la diffusion dans l’environnement

🔑 Après la séance — hygiène et entretien

  • Si corticoïdes nébulisés : bien rincer la bouche et le pourtour avec de l’eau claire pour prévenir les candidoses oropharyngées
  • Jeter le liquide résiduel — ne jamais le réutiliser
  • Démonter et laver toutes les pièces (masque, coupelle, tubulures) au liquide vaisselle, rincer abondamment, sécher sur linge propre non peluchant ou sèche-cheveux
  • Ne jamais laisser tremper le tuyau reliant le compresseur au nébuliseur
  • Une fois par semaine : désinfection par trempage 1 heure dans eau + désinfectant, rinçage abondant, séchage
  • Toutes les 6 semaines : changer le kit de nébulisation complet
  • Ranger à l’abri de la lumière et de la poussière

⚠️ Quand contacter le médecin ?

En cas de toux importante ou de difficulté respiratoire déclenchées par la nébulisation : arrêter la séance et contacter le médecin prescripteur. Ces signes peuvent indiquer un bronchospasme induit, particulièrement si la formulation utilisée contient des conservateurs ou des sulfites.

8. Particularités chez l’enfant et le nourrisson

La nébulisation chez l’enfant suit les mêmes règles générales, avec quelques adaptations importantes liées à l’anatomie (voies aériennes plus étroites, débit ventilatoire plus faible) et à la capacité de coopération :

  • Utiliser le masque bucco-nasal jusqu’à l’âge de 3-6 ans ; au-delà, privilégier l’embout buccal dès que l’enfant peut coopérer
  • Position assise obligatoire — jamais couché
  • Ne pas appliquer de crème grasse sur le visage avant la séance (elle colmate les pores du masque)
  • Durée maximale : 10 minutes (au lieu de 15 chez l’adulte)
  • Respecter un délai de 12 heures minimum entre deux nébulisations
  • Pour maintenir l’enfant calme : lui lire une histoire, lui montrer un dessin animé — l’essentiel est qu’il respire normalement et ne parle pas pendant la séance
  • Une nouvelle unidose à chaque séance, sans exception

ℹ️ Goménol® (niaouli) : la seule HE avec AMM en nébulisation

L’huile essentielle de Melaleuca viridiflora (niaouli) est la seule huile essentielle disposant d’une AMM française pour la nébulisation. Elle est cependant contre-indiquée chez l’enfant de moins de 12 ans et déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement. Toutes les autres huiles essentielles sont formellement déconseillées par voie nébulisée.

9. Prescriptions hors AMM : que faire au comptoir ?

La prescription hors AMM n’est pas illégale en France — elle est encadrée par l’article L.5121-12-1 du Code de la santé publique — mais elle impose des obligations claires au prescripteur et au pharmacien. Plusieurs caisses primaires d’Assurance Maladie ont récemment adressé des courriers aux officines pour rappeler la liste des produits systématiquement refusés au remboursement en nébulisation.

Les situations fréquentes à identifier au comptoir

Spécialité prescrite en nébulisation Pourquoi c’est problématique Action au comptoir
Célestène® injectable (bétaméthasone) RCP précise : « non adaptée à la voie inhalée par nébulisateur ». Hors AMM. Non remboursé. Informer le patient, ne pas délivrer sans la mention hors AMM sur l’ordonnance
Solumédrol® injectable (méthylprednisolone) Même situation que Célestène®. Hors AMM. Non remboursé. Idem
Nebcine® injectable (tobramycine injectable) Alerte ANSM janvier 2018 : mésusage signalé. La forme AMM pour nébulisation est Tobi® (formulation dédiée) Contacter le prescripteur — proposer Tobi® à la place
Acétylcystéine (Mucomystendo®) AMM = voie endotrachéale (instillation) uniquement, pas nébulisation Refus sauf mention hors AMM ; non remboursé en nébulisation
Gentalline® / Netromicine® injectables (aminosides) Contiennent des sulfites comme conservateurs — risque de bronchospasme sévère Ne pas délivrer pour nébulisation

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — que dire au patient ?

Face à une ordonnance de médicament injectable à nébuliser sans mention hors AMM : expliquez calmement au patient que ce médicament n’est pas conçu pour être inhalé sous cette forme et ne sera pas remboursé. Proposez de contacter le médecin pour clarifier la prescription ou orienter vers la spécialité dédiée à la nébulisation. Une prescription hors AMM n’est pas un refus de soin — c’est une décision médicale qui doit être documentée et expliquée au patient.

🔑 En résumé

L’aérosolthérapie par nébulisation est une voie d’administration puissante — à condition que le bon générateur soit associé au bon médicament et à la bonne technique. Retenez l’essentiel :

  • Trois types de nébuliseurs, non interchangeables : pneumatique (référence universelle), ultrasonique (ORL uniquement, molécules thermostables), tamis vibrant (molécules fragiles, mucoviscidose)
  • Seules 13 spécialités disposent d’une AMM française pour la nébulisation — les formulations injectables ne sont pas des substituts valides
  • Extension d’AMM 2020 : budésonide remboursé chez l’adulte (prescription tout médecin)
  • Couples nébuliseur-médicament imposés pour Cayston® (Altera) et Arikayce® (Lumira) : non négociables
  • Jamais de mélanges dans un nébuliseur ultrasonique ; mélanges validés limités pour les nébuliseurs pneumatiques
  • Prescription hors AMM = non remboursée et doit être explicitement mentionnée sur l’ordonnance

Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique, à l’usage des professionnels de santé et du grand public. Il ne se substitue pas à un avis médical individualisé. Les informations sur les médicaments et les règles de prescription sont fondées sur les sources suivantes : Bonnes pratiques de l’aérosolthérapie par nébulisation (GAT/SPLF, Rev Mal Respir 2007 et mise à jour 2020) ; Fiche Professionnels — Nébulisation et médicaments V3 (OMEDIT Pays-de-la-Loire, février 2024) ; Procédure de mise en œuvre d’une aérosolthérapie par nébulisation et guide éducatif patient (SPLF, Pocket Guidelines, 2024) ; Extension de remboursement Pulmicort® et budésonide chez l’adulte (JO, 3 juin et 31 juillet 2020) ; Alerte de vigilance ANSM sur le mésusage de la tobramycine injectable par voie inhalée (janvier 2018) ; RCP des spécialités citées (ANSM, EMA). Dernière mise à jour : juin 2026.

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