Rhumes, rhinites, sinusites

📅 Mis Ă  jour — Avril 2026 ✅ ANSM · HAS · AcadĂ©mies Pharmacie & MĂ©decine 🔮 PseudoĂ©phĂ©drine — ordonnance obligatoire depuis dĂ©c. 2024

Le rhume et la sinusite sont les motifs de consultation officinale les plus frĂ©quents en hiver : chaque adulte fait en moyenne 2 Ă  4 Ă©pisodes de rhume par an, soit plusieurs millions de passages au comptoir chaque saison. Pourtant, la prise en charge a profondĂ©ment changĂ© ces derniĂšres annĂ©es — en particulier depuis la dĂ©cision de l’ANSM de classer la pseudoĂ©phĂ©drine en Liste I en dĂ©cembre 2024. Ce guide fait le point sur les mĂ©canismes, les traitements du rhume et de la sinusite rĂ©ellement efficaces, les produits Ă  Ă©viter, et les signes qui imposent de consulter.

Consultez directement : DĂ©cision ANSM pseudoĂ©phĂ©drine (dĂ©cembre 2024) · Recommandations HAS — Infections respiratoires hautes

1. Le rhume : mĂ©canismes et phases de l’infection virale

Le rhume est provoquĂ© par la pĂ©nĂ©tration d’un virus dans la muqueuse nasale — dans 30 Ă  50 % des cas un rhinovirus (dont il existe plus de 100 sĂ©rotypes), plus rarement un coronavirus, un virus respiratoire syncytial ou un adĂ©novirus. Ces virus utilisent le rĂ©cepteur ICAM-1 (intercellular adhesion molecule-1) des cellules Ă©pithĂ©liales nasales pour y pĂ©nĂ©trer ; c’est cette liaison qui dĂ©clenche la cascade inflammatoire locale : libĂ©ration de bradykinine, d’histamine et de cytokines pro-inflammatoires (IL-1ÎČ, IL-6, TNF-α), responsables de l’ensemble des symptĂŽmes.

Contrairement Ă  une idĂ©e reçue, ce n’est pas le virus lui-mĂȘme qui « dĂ©truit » la muqueuse — c’est la rĂ©ponse immunitaire locale qui est Ă  l’origine de l’inconfort. Les travaux de Eccles R (J Laryngol Otol, 2005) ont Ă©tabli que la concentration virale atteint son maximum Ă  J2–J3, alors que les symptĂŽmes peuvent persister jusqu’Ă  J10–J14 en raison de l’inflammation rĂ©siduelle.

Certains facteurs fragilisent la barriĂšre muqueuse et augmentent la susceptibilitĂ© aux infections : atmosphĂšre sĂšche (rĂ©duction de l’efficacitĂ© des cils vibratiles), carence en vitamine D (modulation immunitaire via les rĂ©cepteurs VDR des cellules Ă©pithĂ©liales), tabagisme actif ou passif, et stress chronique (augmentation du cortisol, qui freine la rĂ©ponse immunitaire innĂ©e).

Les 3 phases cliniques du rhume

Évolution naturelle du rhume — phases virologique et clinique Phase 1 Installation J1–J3 Phase 2 Production J2–J5 Phase 3 Maturation J5–J10 Charge virale IntensitĂ© des symptĂŽmes Picotements Ă©ternuements Obstruction nasale rhinorrhĂ©e claire SĂ©crĂ©tions jaune-vertes (normal — pas de bactĂ©rie)

Évolution virologique et symptomatique du rhume et de la sinusite virale — la charge virale prĂ©cĂšde le pic symptomatique. D’aprĂšs Eccles R, J Laryngol Otol, 2005.

â„č SĂ©crĂ©tions jaune-vertes ≠ infection bactĂ©rienne

La coloration jaune-verte des sĂ©crĂ©tions en phase 3 est due Ă  l’accumulation de polynuclĂ©aires neutrophiles (cellules immunitaires) dans le mucus — et non Ă  la prĂ©sence d’une bactĂ©rie. Ce signe seul ne justifie aucun antibiotique. Les recommandations HAS et de l’AcadĂ©mie de mĂ©decine sont formelles sur ce point.

La rhinopharyngite de l’enfant

La rhinopharyngite est l’atteinte simultanĂ©e du nez et du pharynx — c’est l’infection la plus frĂ©quente de l’enfant avant 6 ans. Elle Ă©volue sur 5 Ă  10 jours et s’accompagne de fiĂšvre et d’une toux due Ă  l’Ă©coulement postĂ©rieur des sĂ©crĂ©tions (rhinorrhĂ©e postĂ©rieure). La complication la plus frĂ©quente — par dysfonctionnement de la trompe d’Eustache — est l’otite moyenne aiguĂ«, qui touche 40 % des enfants avant 2 ans aprĂšs un Ă©pisode de rhinopharyngite.

đŸ‘šâ€âš•ïž Conseil au comptoir — rhume

À retenir pour votre conseil : le rhume guĂ©rit spontanĂ©ment en 7 Ă  10 jours avec ou sans mĂ©dicament. Le seul geste qui a fait la preuve de son efficacitĂ© sur les symptĂŽmes nasaux est le lavage nasal au sĂ©rum physiologique, Ă  rĂ©aliser 3 Ă  6 fois par jour, avant les repas et le coucher. Pensez Ă  le rappeler avant toute autre recommandation — c’est le traitement de premiĂšre intention.

2. La sinusite : formes cliniques et signes d’urgence

Les sinus paranasaux (maxillaires, frontaux, ethmoĂŻdaux, sphĂ©noĂŻdaux) communiquent avec les fosses nasales via de fins orifices appelĂ©s ostiums. Lors d’une inflammation de la muqueuse nasale, ces ostiums se bouchent par ƓdĂšme, le mucus s’accumule dans les cavitĂ©s sinusiennes et la pression augmente — c’est la sinusite, ou plus prĂ©cisĂ©ment la rhinosinusite, terme retenu par la HAS pour souligner la continuitĂ© anatomique entre nez et sinus.

Dans la majoritĂ© des cas, la rhinosinusite aiguĂ« est d’origine virale (IVVAS : Infection Virale des Voies AĂ©riennes SupĂ©rieures). Une surinfection bactĂ©rienne — principalement par Streptococcus pneumoniae ou Haemophilus influenzae — ne survient que dans 0,5 Ă  2 % des cas selon les donnĂ©es Ă©pidĂ©miologiques de la HAS.

Trois formes Ă  distinguer au comptoir

Forme SymptÎmes clés Conduite à tenir
Rhinosinusite banale Nez bouchĂ©, pression faciale modĂ©rĂ©e, aggravĂ©e en se penchant en avant. Pas de fiĂšvre ou fiĂšvre modĂ©rĂ©e. Traitement symptomatique. GuĂ©rison spontanĂ©e en 7–10 jours.
Rhinosinusite hyperalgique FiĂšvre ≄ 38,5 °C + douleurs insomniantes. Absence d’amĂ©lioration aprĂšs 72 h de traitement. Consultation mĂ©dicale. AntibiothĂ©rapie ± corticothĂ©rapie selon Ă©valuation.
Rhinosinusite compliquĂ©e CĂ©phalĂ©es intenses, gonflement ou rougeur orbitaire, vision double, trouble de la conscience. Urgence mĂ©dicale — appeler le 15.

ParticularitĂ©s pĂ©diatriques selon l’Ăąge

  • Avant 3 ans — ethmoĂŻdite aiguĂ« : fiĂšvre > 39 °C, abattement, gonflement d’une paupiĂšre. Hospitalisation en urgence (risque d’extension orbitaire).
  • 3 Ă  10 ans — sinusite maxillaire : toux grasse, nez bouchĂ©, douleurs faciales, sĂ©crĂ©tions purulentes unilatĂ©rales.
  • AprĂšs 10 ans — sinusite frontale possible, tableau similaire Ă  l’adulte.

⚠ Signes d’urgence — ne pas attendre

Ces signes Ă©voquent une complication grave (abcĂšs orbital, mĂ©ningite, thrombophlĂ©bite cĂ©rĂ©brale) — appeler le 15 immĂ©diatement :

  • Troubles de la vision (vision double, baisse d’acuitĂ© visuelle)
  • Gonflement ou rougeur autour d’un Ɠil
  • CĂ©phalĂ©es intenses rĂ©sistantes aux antalgiques
  • Raideur de la nuque, trouble de la conscience, convulsions
  • FiĂšvre trĂšs Ă©levĂ©e chez un patient immunodĂ©primĂ© avec signes ORL

đŸ‘šâ€âš•ïž Conseil au comptoir — sinusite

Pour orienter votre conseil : une sinusite banale ne nĂ©cessite pas d’antibiotique en premiĂšre intention. Proposez systĂ©matiquement le lavage nasal frĂ©quent + paracĂ©tamol, et orientez vers le mĂ©decin en l’absence d’amĂ©lioration aprĂšs 72 heures, en cas de douleurs insomniantes ou de fiĂšvre persistante. La sinusite maxillaire unilatĂ©rale rĂ©cidivante chez l’adulte doit faire rechercher une origine dentaire — pensez Ă  signaler l’intĂ©rĂȘt d’un bilan chez le dentiste.

3. Traitement du rhume et de la sinusite : ce qui marche vraiment

🔑 Ce que disent les AcadĂ©mies de MĂ©decine et de Pharmacie (2020)

Un rapport conjoint des acadĂ©mies nationales a conclu que les mĂ©dicaments « anti-rhume » ne prĂ©sentent pas d’efficacitĂ© dĂ©montrĂ©e et peuvent exposer Ă  des effets indĂ©sirables graves. Le rhume guĂ©rit spontanĂ©ment en 7 Ă  10 jours — l’objectif du traitement est uniquement de soulager les symptĂŽmes, pas d’accĂ©lĂ©rer la guĂ©rison.

Mesures de premiÚre intention (sans médicament)

  • Lavage nasal au sĂ©rum physiologique — 1 Ă  6 fois par jour, avant les repas et le coucher. C’est le geste le plus efficace et sans danger Ă  tout Ăąge.
  • Mouchage correct — une narine Ă  la fois, en bouchant l’autre, pour Ă©viter de surpressuriser la trompe d’Eustache (risque d’otite).
  • Hydratation — 1,5 litre minimum par jour, privilĂ©gier les boissons chaudes (thĂ©, bouillon) pour fluidifier les sĂ©crĂ©tions.
  • Humidification de l’air et chambre Ă  18–19 °C maximum — l’air sec nuit Ă  l’activitĂ© ciliaire.
  • SurĂ©lĂ©vation de la tĂȘte du lit pour faciliter la respiration nocturne.
  • En sinusite : Ă©viter de se pencher en avant et toute surpression (plongĂ©e, avion, instrument Ă  vent).
  • ArrĂȘt du tabac — la fumĂ©e paralyse les cils vibratiles et favorise la chronicisation.

ParacĂ©tamol — seul antalgique recommandĂ© en premiĂšre intention

En cas de fiĂšvre ou de douleurs, le paracĂ©tamol (1 g/prise chez l’adulte, toutes les 6 heures, sans dĂ©passer 3 g/j en cas d’insuffisance hĂ©patique) reste le traitement de rĂ©fĂ©rence. Attention : de nombreuses spĂ©cialitĂ©s « anti-rhume » en contiennent dĂ©jĂ  — vĂ©rifiez impĂ©rativement la composition avant d’associer un traitement complĂ©mentaire.

Vasoconstricteurs nasaux locaux (sprays)

Les sprays Ă  base d’oxymĂ©tazoline (AturgylÂź, PernazĂšneÂź) peuvent soulager l’obstruction nasale. Leur efficacitĂ© est locale et immĂ©diate, mais transitoire. RĂšgles d’usage impĂ©ratives :

  • DurĂ©e maximale : 3 jours (5 jours absolus) — au-delĂ , risque de rhinite mĂ©dicamenteuse par rebond vasculaire
  • Toujours administrer aprĂšs le lavage nasal et le mouchage
  • TĂȘte lĂ©gĂšrement penchĂ©e vers l’avant pendant l’instillation (jamais en arriĂšre)
  • Ne jamais associer deux vasoconstricteurs, mĂȘme par voies diffĂ©rentes

Antihistaminiques H1 de premiÚre génération

La chlorphéniramine (HumexŸ, RhinofébralŸ) et la phéniramine (FervexŸ) réduisent la rhinorrhée par blocage des récepteurs H1, mais leur passage à travers la barriÚre hémato-encéphalique entraßne une somnolence marquée. Contre-indiqués : adénome prostatique, glaucome à angle fermé, grossesse, allaitement, enfant < 15 ans, association avec les IMAO ou autres anticholinergiques.

đŸ‘šâ€âš•ïž Conseil au comptoir — alternatives aprĂšs le retrait de la pseudoĂ©phĂ©drine

Depuis dĂ©cembre 2024, le « trio de rĂ©fĂ©rence » du comptoir rhume repose sur : (1) lavage nasal isotonique 3–6×/j, (2) paracĂ©tamol si fiĂšvre ou douleurs, (3) oxymĂ©tazoline nasal 3 jours max si obstruction gĂȘnante. En cas d’irritation pĂ©rinasale par mouchages rĂ©pĂ©tĂ©s : crĂšme BepanthenÂź ou HomĂ©oplasmineÂź. Ces mesures couvrent l’essentiel des besoins sans les risques cardiovasculaires de la pseudoĂ©phĂ©drine.

4. PseudoĂ©phĂ©drine : l’alerte ANSM expliquĂ©e

La pseudoĂ©phĂ©drine est un sympathomimĂ©tique indirect — elle agit en stimulant les rĂ©cepteurs α et ÎČ-adrĂ©nergiques, provoquant une vasoconstriction des muqueuses nasales. C’est cette action vasculaire systĂ©mique, via la voie orale, qui est Ă  l’origine des effets indĂ©sirables graves identifiĂ©s.

đŸš« Classement en Liste I — Ordonnance obligatoire depuis le 11 dĂ©cembre 2024

L’ANSM a procĂ©dĂ© au classement en Liste I des spĂ©cialitĂ©s contenant de la pseudoĂ©phĂ©drine par voie orale, sur dĂ©cision de l’Agence EuropĂ©enne du MĂ©dicament (EMA). Ces mĂ©dicaments ne sont dĂ©sormais dĂ©livrables que sur ordonnance mĂ©dicale.

Spécialités concernées : Actifed RhumeŸ, Actifed Rhume Jour et NuitŸ, DolirhumeŸ, DolirhumeProŸ, Humex RhumeŸ, Nurofen RhumeŸ, Rhinadvil RhumeŸ, RhinadvilcapŸ.

Effets indĂ©sirables graves ayant motivĂ© la dĂ©cision : infarctus du myocarde, AVC ischĂ©mique, syndrome d’encĂ©phalopathie postĂ©rieure rĂ©versible (PRES), syndrome de vasoconstriction cĂ©rĂ©brale rĂ©versible (RCVS).

Ces accidents ont Ă©tĂ© documentĂ©s mĂȘme chez des patients sans facteur de risque cardiovasculaire connu, Ă  faibles doses et sur une durĂ©e courte de traitement. L’ANSM dĂ©conseille l’utilisation de la pseudoĂ©phĂ©drine pour traiter un rhume, mĂȘme avec ordonnance.

đŸ‘©â€âš•ïž Conduite officinale — dĂ©livrance de pseudoĂ©phĂ©drine

Sans ordonnance : refus systĂ©matique de dĂ©livrance, mĂȘme si le patient prĂ©sente d’anciennes boĂźtes ou invoque une « habitude ». Orienter vers les alternatives (lavage nasal + paracĂ©tamol ± oxymĂ©tazoline local).

Avec ordonnance : vĂ©rifier les contre-indications avant dĂ©livrance — absolues : HTA non contrĂŽlĂ©e, antĂ©cĂ©dents cardiovasculaires (IDM, AVC, cardiopathie), insuffisance rĂ©nale sĂ©vĂšre, grossesse, allaitement, enfant < 15 ans, prise d’IMAO dans les 15 jours prĂ©cĂ©dents. À signaler : hyper­thyroĂŻdie, diabĂšte, adĂ©nome prostatique. Rappeler la durĂ©e maximale de 5 jours.

5. Sinusite bactérienne : quand et comment traiter ?

La sinusite bactĂ©rienne est rare — elle ne complique que 0,5 Ă  2 % des rhinosinusites virales. Les critĂšres orientant vers une origine bactĂ©rienne (HAS) sont : persistance ou aggravation des symptĂŽmes aprĂšs 72 h de traitement symptomatique, fiĂšvre > 38,5 °C persistante, douleurs unilatĂ©rales intenses, Ă©coulement nasal purulent unilatĂ©ral, terrain particulier (immunodĂ©pression, diabĂšte, polypose).

Antibiothérapie recommandée

Situation MolĂ©cule(s) recommandĂ©e(s) DurĂ©e Niveau de preuve ⓘ
Premiùre intention — sans allergie Amoxicilline + acide clavulanique
ou Cefuroxime / Cefpodoxime / Céfotiam
5 jours ⭐⭐⭐⭐
Allergie aux bĂȘtalactamines Pristinamycine 4 jours ⭐⭐⭐
Formes sĂ©vĂšres ou Ă©chec thĂ©rapeutique LĂ©vofloxacine ou Moxifloxacine 7–10 jours ⭐⭐⭐⭐

⚠ Fluoroquinolones — vigilance particuliĂšre

Deux points Ă  signaler systĂ©matiquement lors de la dĂ©livrance : (1) risque de tendinopathie (tendon d’Achille surtout), majorĂ© aprĂšs 65 ans et en cas de corticothĂ©rapie concomitante — arrĂȘt immĂ©diat en cas de douleur tendineuse ; (2) photosensibilisation — dĂ©conseiller l’exposition solaire jusqu’Ă  48 h aprĂšs la fin du traitement. RĂ©servĂ©es aux formes sĂ©vĂšres ou en cas de contre-indication aux bĂȘtalactamines.

đŸ‘šâ€âš•ïž Conseil au comptoir — antibiotiques et sinusite

Lors de la dĂ©livrance d’une antibiothĂ©rapie pour sinusite, pensez Ă  proposer systĂ©matiquement des probiotiques (Lactobacillus rhamnosus GG ou Saccharomyces boulardii) pour prĂ©venir les troubles digestifs, surtout sous amoxicilline-clavulanique. Rappeler de continuer le lavage nasal pendant et aprĂšs l’antibiothĂ©rapie : il favorise l’Ă©limination mĂ©canique des bactĂ©ries et des dĂ©bris inflammatoires.

Corticothérapie courte

Les corticoĂŻdes oraux (prednisolone, prednisone) sont indiquĂ©s en cas de douleurs importantes, en cure courte de 3 Ă  7 jours maximum. Rappeler la prise matinale (respect du rythme circadien de sĂ©crĂ©tion du cortisol) et la limite Ă  2–3 cures par an.

6. Solutions naturelles pour le rhume et la sinusite : zinc, vitamine C, aromathérapie

Approche MĂ©canisme / donnĂ©es Usage pratique Niveau de preuve ⓘ
Zinc (acĂ©tate, gluconate) Inhibe la rĂ©plication des rhinovirus en bloquant la protĂ©ase 3C virale. MĂ©ta-analyse Singh & Das (Cochrane, 2013) : rĂ©duit la durĂ©e du rhume de ~33 % si dĂ©butĂ© dans les 24 h. En prĂ©vention (5 mois) : ↓ incidence et recours aux antibiotiques. 30–80 mg/j en zinc Ă©lĂ©ment, dĂšs J1, pendant 5 jours. Prendre entre les repas (chĂ©lation par les phytates). ⭐⭐⭐⭐
Vitamine C Pas de prĂ©vention en population gĂ©nĂ©rale (HemilĂ€ & Chalker, Cochrane, 2013). RĂ©duction modeste de la durĂ©e (8–14 %) chez les personnes exposĂ©es au froid intense ou Ă  l’effort physique extrĂȘme. 500–1000 mg/j en cure saisonniĂšre. IntĂ©rĂȘt surtout pour les sportifs et travailleurs en milieu froid. ⭐⭐⭐
Vitamine D Les rĂ©cepteurs VDR des cellules Ă©pithĂ©liales respiratoires rĂ©gulent l’expression des peptides antimicrobiens (dĂ©fensines, cathĂ©licidines). Martineau et al. (BMJ, 2017) : rĂ©duction du risque d’IVVAS de 12 % en population carencĂ©e. SupplĂ©mentation automne-hiver si carence documentĂ©e (25-OH-D < 30 ng/mL). Ne pas traiter le rhume en aigu — intĂ©rĂȘt prĂ©ventif uniquement. ⭐⭐⭐
ÉchinacĂ©e (Echinacea purpurea) Immunomodulation via activation des macrophages (alkylamides et polysaccharides). MĂ©ta-analyse Shah et al. (Lancet Infect Dis, 2007) : ↓ incidence rhume de 58 %, durĂ©e de 1,4 j. HĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© Ă©levĂ©e entre Ă©tudes. RĂ©servĂ© Ă  l’adulte, cure courte (10 jours max). Contre-indiquĂ© dans les maladies auto-immunes et sous immunosuppresseurs. ⭐⭐⭐
AromathĂ©rapie (eucalyptus, tea tree) 1,8-cinĂ©ole (eucalyptol) : propriĂ©tĂ©s mucolytiques et anti-inflammatoires locales. DonnĂ©es surtout in vitro et cliniques observationnelles. Inhalation vapeur adulte uniquement. Huiles essentielles riches en camphre ou menthol contre-indiquĂ©es chez l’enfant < 12 ans et la femme enceinte. ⭐⭐
HomĂ©opathie / GemmothĂ©rapie Absence de preuve clinique au-delĂ  de l’effet placebo dans les revues Cochrane disponibles. Approches d’accompagnement possibles, sans substituer les mesures de premiĂšre intention. Ne pas prĂ©senter comme « traitement » du rhume. ⭐

đŸ‘šâ€âš•ïž Conseil au comptoir — complĂ©ments naturels

Le zinc prĂ©sente le meilleur rapport efficacitĂ©/tolĂ©rance parmi les complĂ©ments disponibles — Ă  condition d’ĂȘtre dĂ©butĂ© dans les 24 premiĂšres heures des symptĂŽmes. Si un patient demande « quelque chose de naturel pour le rhume », c’est la premiĂšre option Ă  proposer, associĂ©e au lavage nasal. Pensez aussi Ă  vĂ©rifier le statut vitamine D du patient en dĂ©but d’hiver : c’est l’approche prĂ©ventive la mieux documentĂ©e.

7. Rhume et sinusite : quand consulter en urgence ?

Population Signes déclencheurs
Nourrisson < 3 mois Tout rhume, mĂȘme sans fiĂšvre — consultation systĂ©matique.
Enfant FiĂšvre > 39 °C ou persistant > 48 h · IrritabilitĂ©, rĂ©veils nocturnes · Douleur ou Ă©coulement d’oreille · Gonflement palpĂ©bral · Conjonctivite purulente · Absence d’amĂ©lioration Ă  J2.
Adulte — rhume SymptĂŽmes persistants > 10 jours avec fiĂšvre · Anosmie (perte de l’odorat) soudaine · Douleurs auriculaires · DifficultĂ©s respiratoires · FiĂšvre > 38,5 °C persistante.
Adulte — sinusite Douleurs insomniantes · Absence d’amĂ©lioration aprĂšs 72 h de traitement · RĂ©cidives (> 3/an) · Sinusite > 7–10 jours · Sinusite unilatĂ©rale rĂ©cidivante (bilan dentaire).
🚹 Urgence — toute personne Appeler le 15 : troubles visuels · gonflement orbital · cĂ©phalĂ©es intenses rĂ©sistantes · trouble de la conscience · raideur de la nuque.
ImmunodĂ©primĂ© Tout signe rhinosinusien, mĂȘme banal — consultation sans dĂ©lai.

đŸ‘šâ€âš•ïž Conseil au comptoir — prĂ©vention saisonniĂšre

Les gestes qui font vraiment la diffĂ©rence en prĂ©vention : lavage des mains rĂ©gulier (virus transmis Ă  30–50 % par les mains), aĂ©ration quotidienne du logement 10 min/j mĂȘme en hiver, Ă©ternuer dans le coude, et Ă©viter les contacts proches avec les personnes malades. Si votre patient est rĂ©guliĂšrement touchĂ© chaque hiver, proposez-lui un bilan vitamine D en dĂ©but de saison froide et rappellez l’intĂ©rĂȘt de la vaccination antigrippale pour rĂ©duire le risque de surinfections ORL.

🔑 En rĂ©sumĂ© — rhume et sinusite : ce qu’il faut retenir

Le traitement du rhume et de la sinusite repose avant tout sur des mesures simples : lavage nasal pluriquotidien, hydratation, paracĂ©tamol si fiĂšvre. La grande majoritĂ© des Ă©pisodes sont d’origine virale et guĂ©rissent spontanĂ©ment en 7 Ă  10 jours — les antibiotiques sont inutiles et contre-productifs dans cette situation.

Depuis dĂ©cembre 2024, la pseudoĂ©phĂ©drine par voie orale est classĂ©e Liste I (ordonnance obligatoire) en raison de risques cardiovasculaires graves documentĂ©s. L’ANSM dĂ©conseille son usage pour traiter un rhume.

Parmi les approches complĂ©mentaires, le zinc (dĂ©butĂ© dans les 24 h) prĂ©sente le niveau de preuve le plus solide. La vitamine D est l’approche prĂ©ventive la mieux documentĂ©e en cas de carence.

Consultez un mĂ©decin en cas de fiĂšvre persistante, douleurs insomniantes, absence d’amĂ©lioration Ă  72 h pour la sinusite, ou de tout signe d’alerte (troubles visuels, gonflement orbital, trouble de la conscience).

Sources : ANSM — Classement pseudoĂ©phĂ©drine Liste I (10 dĂ©c. 2024) · ANSM — Information de sĂ©curitĂ© pseudoĂ©phĂ©drine (avr. 2024) · AcadĂ©mies nationales de Pharmacie et de MĂ©decine — Rapport sur les mĂ©dicaments du rhume (oct. 2020) · Singh M, Das RR — Zinc for the common cold, Cochrane Database Syst Rev, 2013 · HemilĂ€ H, Chalker E — Vitamin C for preventing and treating the common cold, Cochrane Database Syst Rev, 2013 · Martineau AR et al. — Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory tract infections, BMJ, 2017 · Eccles R — Understanding the symptoms of the common cold and influenza, Lancet Infect Dis, 2005 · Shah SA et al. — Evaluation of echinacea for the prevention and treatment of the common cold, Lancet Infect Dis, 2007 · HAS — Recommandations antibiothĂ©rapie infections respiratoires hautes de l’adulte.
Article rĂ©digĂ© par Anne-Sophie Delepoulle, Docteur en Pharmacie. DerniĂšre rĂ©vision : Avril 2026. Ces informations sont fournies Ă  titre indicatif et ne remplacent pas l’avis de votre mĂ©decin ou pharmacien.

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