SLA, SEP, corps de Lewy : symptômes et traitements

Découvrez les mécanismes, symptômes et traitements de la SLA, la SEP et la démence à corps de Lewy. Guide fondé sur Inserm, Science et NEJM.

SLA, sclérose en plaques, corps de Lewy : symptômes, causes et traitements

📅 Publié le 14 août 2026 🔄 Dernière révision 19 août 2026 ⏱️ 19 min de lecture

Au-delà d’Alzheimer et de Parkinson, trois autres maladies neurodégénératives concernent chaque année des milliers de familles en France, souvent avec un retard diagnostique important faute d’être reconnues à temps. La sclérose latérale amyotrophique (SLA, ou maladie de Charcot) détruit progressivement les motoneurones qui commandent les muscles volontaires, entraînant une paralysie qui épargne l’intelligence et les sens. La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune qui attaque la gaine de myéline entourant les fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière, provoquant des poussées de symptômes neurologiques variés chez l’adulte jeune. La démence à corps de Lewy, elle, associe déclin cognitif fluctuant, hallucinations visuelles et syndrome parkinsonien — c’est la deuxième cause de trouble neurocognitif majeur dégénératif après Alzheimer, mais elle reste non diagnostiquée dans 67 % des cas (Académie nationale de médecine, 2023).

Ces trois maladies partagent avec Alzheimer et Parkinson les mécanismes cellulaires décrits dans notre article pilier sur la neurodégénérescence — protéines mal repliées, stress oxydatif, neuroinflammation, autophagie déficiente — tout en ayant chacune leur signature propre, leur population cible et leurs urgences de prise en charge spécifiques. C’est cette dimension pratique et sécuritaire, en particulier pour la démence à corps de Lewy, que cet article détaille.

⚡ L’essentiel en un coup d’œil

🎯 Ce qu’il faut savoir sur ces 3 maladies

  • SLA — atteinte des motoneurones, ~8 000 patients en France, évolution rapide (⭐⭐⭐⭐)
  • Sclérose en plaques — maladie auto-immune de la myéline, plus de 110 000 patients en France, débute vers 30 ans, touche 3 femmes pour 1 homme (⭐⭐⭐⭐⭐)
  • Démence à corps de Lewy — 2e cause de démence dégénérative, ~250 000 personnes en France, 67 % non diagnostiquées (⭐⭐⭐⭐)
  • Pas des maladies rares confidentielles : leur addition représente une charge de santé publique comparable à des pathologies bien plus médiatisées

💊 Quels traitements existent aujourd’hui ?

  • SLA : riluzole (effet modeste), tofersen en injection intrathécale pour les formes SOD1 génétiques
  • SEP : immunomodulateurs et immunosuppresseurs de fond, choisis selon la forme et l’activité de la maladie
  • Corps de Lewy : traitement symptomatique uniquement (anticholinestérasiques), aucun traitement curatif

🚫 4 questions à poser avant de conseiller

  • Le patient prend-il déjà un traitement neuroleptique/antipsychotique alors qu’un diagnostic de corps de Lewy est évoqué ou confirmé ?
  • Des troubles moteurs récents (faiblesse, crampes, chutes) s’accompagnent-ils de troubles de la parole ou de la déglutition ?
  • Y a-t-il des épisodes de vision double, d’engourdissement ou de faiblesse d’un membre chez un adulte jeune, résolutifs puis récidivants ?
  • Le patient ou son entourage signale-t-il des hallucinations visuelles associées à des variations importantes de la vigilance d’un moment à l’autre ?

Le détail de chaque point — mécanismes, preuves, sources — est développé section par section ci-dessous.

1. SLA (maladie de Charcot) : mécanismes, symptômes, traitements

En bref : la SLA détruit les motoneurones qui commandent les muscles, sans jamais toucher l’intelligence ni les sens ; toute faiblesse musculaire progressive et inexpliquée associée à des crampes doit orienter rapidement vers un centre expert.

La sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Charcot, est une maladie neurodégénérative qui détruit spécifiquement les motoneurones — les neurones qui transmettent l’ordre moteur du cerveau jusqu’aux muscles. Elle touche environ 8 000 personnes en France, avec une incidence de 2,5 nouveaux cas pour 100 000 habitants chaque année, le plus souvent entre 50 et 70 ans (Inserm, 2024). Contrairement à une idée reçue tenace, la SLA n’altère ni la mémoire, ni le raisonnement, ni les sens : c’est une maladie du mouvement pur, ce qui rend d’autant plus difficile à vivre la conservation d’une pleine conscience de sa propre paralysie progressive.

Trois protéines, un même effondrement du système moteur

Sur le plan moléculaire, la SLA illustre parfaitement les protéinopathies décrites dans notre article pilier. La protéine TDP-43 mal repliée est retrouvée dans la quasi-totalité des formes de la maladie, sauf dans les formes liées aux gènes SOD1 et FUS ; son dysfonctionnement perturbe la maturation des ARN messagers dans le motoneurone. Le gène SOD1, historiquement le premier identifié, produit une protéine toxique incapable de neutraliser les radicaux libres. Le gène C9orf72, muté dans plus de 30 % des formes familiales occidentales, perturbe quant à lui le mécanisme d’autophagie déjà évoqué pour l’ensemble des maladies neurodégénératives (Inserm, 2024). Dans la grande majorité des cas (plus de 90 %), la SLA survient cependant sans antécédent familial identifié.

Symptômes et évolution

Les premiers signes sont souvent discrets : une faiblesse d’une main, des crampes, une fatigabilité à la marche, ou au contraire des troubles de la parole et de la déglutition lorsque la forme débute au niveau bulbaire (bouche, gorge). L’évolution associe une paralysie progressive et symétrique, une amyotrophie (fonte musculaire) et, à terme, une atteinte des muscles respiratoires qui conditionne le pronostic vital. L’évolution reste très variable d’un patient à l’autre, mais l’espérance de vie moyenne après le diagnostic est de 3 à 5 ans (Inserm, 2024).

ℹ️ Pourquoi le diagnostic prend-il souvent 12 mois ?

Il n’existe aucun test biologique ou d’imagerie qui affirme à lui seul le diagnostic de SLA : celui-ci repose sur un faisceau d’arguments cliniques et électriques (électromyogramme), après avoir éliminé d’autres causes de faiblesse musculaire. Ce délai diagnostique, souvent supérieur à un an, retarde d’autant l’accès aux traitements et aux essais cliniques — d’où l’intérêt d’orienter rapidement tout syndrome moteur progressif inexpliqué vers un centre expert SLA.

Traitements : du riluzole aux thérapies géniques ciblées

Le riluzole reste, depuis les années 1990, le traitement de référence de la SLA ; son effet sur la survie est modeste — un allongement de quelques mois — mais il demeure recommandé dès le diagnostic. La véritable rupture thérapeutique concerne les formes génétiques liées au gène SOD1 (environ 2 % des cas de SLA), pour lesquelles le tofersen (Qalsody), un oligonucléotide antisens administré par injection intrathécale, réduit spécifiquement la production de la protéine SOD1 toxique. L’essai pivot randomisé a montré une baisse significative des marqueurs de dégénérescence neuronale, avec un bénéfice clinique plus net chez les patients traités précocement (Miller TM et al., New England Journal of Medicine, 2022). Une enquête française en vie réelle menée en 2025 rapporte une stabilisation fonctionnelle chez 72 % des patients SOD1 traités, avec un maintien de l’autonomie pour les activités quotidiennes chez 81 % d’entre eux (ARSLA, 2025).

🔭 Perspective de recherche : et pour les formes non-SOD1 ?

Nature des données : essai clinique de phase 3 en cours.

Le succès du tofersen a ouvert la voie à d’autres oligonucléotides antisens ciblant cette fois la protéine FUS (jacifusen) ou les mécanismes liés à C9orf72, actuellement en évaluation clinique. L’enjeu est de sortir du tout-riluzole pour la majorité des patients qui ne portent aucune de ces mutations, en identifiant des biomarqueurs précoces (neurofilaments, hyperexcitabilité corticospinale) permettant d’intervenir avant l’apparition des symptômes moteurs francs.

Niveau de preuve : ⭐⭐ (résultats préliminaires, pas encore de traitement disponible pour les formes sans mutation identifiée). Conseil au comptoir : orienter systématiquement tout patient nouvellement diagnostiqué vers un centre expert SLA, seul à même de proposer un test génétique et un accès aux essais cliniques en cours.

2. Sclérose en plaques : de l’auto-immunité au virus d’Epstein-Barr

En bref : la sclérose en plaques est une maladie auto-immune qui attaque la myéline du système nerveux central chez l’adulte jeune, le plus souvent par poussées ; un faisceau de preuves désigne aujourd’hui le virus d’Epstein-Barr comme un déclencheur quasi indispensable de la maladie.

La sclérose en plaques (SEP) touche plus de 110 000 personnes en France (Fondation ARSEP, données CPAM 2018), avec un âge moyen de début autour de 30 ans et une nette prédominance féminine (environ 3 femmes pour 1 homme) (Inserm, 2024). C’est la première cause de handicap neurologique non traumatique de l’adulte jeune en France. Il s’agit d’une maladie auto-immune : le système immunitaire, via des lymphocytes T et B, s’attaque par erreur à la myéline — la gaine qui isole et accélère la conduction des fibres nerveuses du cerveau, du nerf optique et de la moelle épinière, fabriquée par les oligodendrocytes.

Des poussées à la progression : les formes de la maladie

Dans 85 % des cas, la SEP débute sous une forme rémittente : des poussées de symptômes neurologiques (troubles visuels, sensitifs, moteurs, de l’équilibre) apparaissent puis régressent, totalement ou partiellement, en quelques semaines. Chez une partie des patients, la maladie évolue ensuite vers une forme progressive, avec une aggravation continue moins bien contrôlée par les traitements actuels. Cette variabilité explique pourquoi le pronostic individuel reste difficile à établir au moment du diagnostic.

Le virus d’Epstein-Barr, chaînon manquant retrouvé

Le lien entre SEP et facteurs environnementaux est connu depuis longtemps — la prévalence augmente avec l’éloignement de l’équateur (rôle de la vitamine D), le tabagisme et l’obésité sont des facteurs de risque suspectés (Inserm, 2024). Mais c’est une étude longitudinale portant sur plus de 10 millions de jeunes adultes engagés dans l’armée américaine entre 1993 et 2013 qui a apporté la preuve la plus solide à ce jour : parmi les rares personnes séronégatives pour l’EBV (virus d’Epstein-Barr, responsable de la mononucléose infectieuse) au début du suivi, le risque de développer une SEP était multiplié par 32 après séroconversion, alors que le risque ne variait pas après infection par d’autres virus (Bjornevik K et al., Science, 2022). Le mécanisme proposé est un mimétisme moléculaire : certains anticorps dirigés contre la protéine virale EBNA1 reconnaissent également des protéines du soi exprimées dans le système nerveux central, dont la myéline elle-même.

🔭 Perspective de recherche : la SEP, une maladie infectieuse à retardement ?

Nature des données : cohorte observationnelle de grande ampleur (étude Bjornevik/Ascherio, 2022) ; essais vaccinaux et antiviraux encore précoces.

Si la quasi-totalité des adultes sont porteurs du virus d’Epstein-Barr sans jamais développer de SEP, ces résultats suggèrent que l’infection est une condition quasi nécessaire mais non suffisante : elle interagirait avec un terrain génétique et d’autres facteurs environnementaux. Cette reclassification ouvre deux pistes de recherche actives : le développement d’un vaccin anti-EBV à visée préventive, et l’essai de traitements antiviraux ciblés chez des patients déjà atteints.

Niveau de preuve : ⭐⭐⭐ (association causale solide sur le plan épidémiologique, mécanisme encore incomplètement élucidé). Conseil au comptoir : ce lien ne modifie aujourd’hui aucune recommandation de dépistage ou de vaccination disponible en pratique de ville ; il ne justifie pas d’inquiétude particulière chez un patient ayant eu une mononucléose infectieuse, la très grande majorité des personnes infectées ne développant jamais de SEP.

Les traitements de fond : freiner l’inflammation

La prise en charge repose sur des traitements de fond visant à réduire la fréquence et l’intensité des poussées, choisis selon l’activité de la maladie : immunomodulateurs (interférons, acétate de glatiramère) et immunosuppresseurs de première ligne (tériflunomide, diméthylfumarate), puis anticorps monoclonaux de seconde ligne (natalizumab, ocrélizumab, ofatumumab) dans les formes plus actives (Ameli.fr, 2025). Le microbiote intestinal fait par ailleurs l’objet d’une recherche active comme facteur modulateur de l’inflammation dans la SEP, en écho direct à l’axe intestin-cerveau déjà évoqué dans notre article pilier — mais aucune intervention nutritionnelle ciblée n’est aujourd’hui validée comme traitement de fond. Pour la spasticité douloureuse résistante aux traitements habituels, un médicament à base de cannabinoïdes (THC + CBD), le Sativex, dispose d’une autorisation de mise sur le marché en France depuis 2014 — mais il n’a, dans les faits, jamais été commercialisé faute d’accord tarifaire, comme le détaille notre dossier sur le cannabis médical.

3. Démence à corps de Lewy : le piège des neuroleptiques

En bref : la démence à corps de Lewy associe fluctuations cognitives, hallucinations visuelles et syndrome parkinsonien ; c’est une urgence de prescription, car les neuroleptiques classiques peuvent y déclencher une réaction sévère, parfois mortelle.

La démence à corps de Lewy touche environ 250 000 personnes en France et constitue la deuxième cause de trouble neurocognitif majeur dégénératif après la maladie d’Alzheimer — pourtant, 67 % des cas ne seraient pas diagnostiqués, souvent confondus avec un Alzheimer classique ou un Parkinson isolé (Académie nationale de médecine, 2023 ; France Alzheimer, 2025). Sur le plan moléculaire, elle appartient comme Parkinson aux synucléinopathies : des agrégats d’alpha-synucléine mal repliée, appelés corps de Lewy, s’accumulent cette fois de façon diffuse dans le cortex cérébral et non uniquement dans la substance noire.

Une triade clinique qui doit faire évoquer le diagnostic

Trois manifestations, lorsqu’elles sont associées, orientent fortement vers ce diagnostic plutôt que vers un Alzheimer typique :

  • Fluctuations cognitives marquées, parfois d’heure en heure, touchant l’attention et la vigilance — bien plus prononcées que dans Alzheimer
  • Hallucinations visuelles détaillées et récurrentes, présentes chez environ 80 % des patients, souvent dès les stades précoces
  • Syndrome parkinsonien (ralentissement, rigidité, tremblement) apparaissant en même temps ou peu après les troubles cognitifs

Un quatrième signe, le trouble du comportement en sommeil paradoxal (le patient « joue » physiquement ses rêves, parfois violemment, faute de la paralysie musculaire normale de cette phase de sommeil), précède fréquemment de plusieurs années l’apparition des autres symptômes et constitue un signal d’alerte précoce reconnu par les critères diagnostiques internationaux (McKeith IG et al., Neurology, 2017).

🚫 Neuroleptiques : une contre-indication qui peut sauver une vie

Chez un patient atteint de démence à corps de Lewy, les antipsychotiques classiques (première génération) — mais aussi certains antipsychotiques dits atypiques — peuvent déclencher une hypersensibilité aux neuroleptiques : aggravation brutale et parfois irréversible du syndrome parkinsonien, sédation profonde, troubles de la conscience, et dans les formes les plus sévères un tableau proche du syndrome malin des neuroleptiques, engageant le pronostic vital. Cette réaction peut survenir même à faible dose et dès la première prise. Devant des hallucinations chez une personne âgée, la prescription d’un neuroleptique ne doit jamais être automatique : le diagnostic différentiel avec une démence à corps de Lewy doit systématiquement être évoqué avant toute prescription, en lien avec le médecin traitant ou le gériatre (McKeith IG et al., Neurology, 2017 ; Santé Mentale, 2017).

Une prise en charge sans traitement curatif

Il n’existe à ce jour aucun traitement capable de ralentir la progression de la démence à corps de Lewy. La prise en charge reste symptomatique : les anticholinestérasiques (utilisés aussi dans Alzheimer) peuvent améliorer les fluctuations cognitives et les hallucinations chez certains patients, tandis que le traitement du syndrome parkinsonien doit être prudent et progressif, en gardant à l’esprit que certains antiparkinsoniens peuvent eux-mêmes aggraver les hallucinations. France Alzheimer propose une carte d’alerte téléchargeable à présenter aux services d’urgence pour signaler cette contre-indication en cas de prise en charge non programmée.

🆚 Mythe ou réalité ?

❌ Ce qu’on entend souvent

« Ma grand-mère a des hallucinations et des troubles de mémoire, c’est de l’Alzheimer avancé, on peut lui donner un calmant classique comme pour n’importe quel patient confus. »

✅ Ce que montre la recherche

Faux, et potentiellement dangereux. Des hallucinations visuelles associées à des fluctuations de vigilance et à un syndrome parkinsonien évoquent davantage une démence à corps de Lewy qu’un Alzheimer typique. Or c’est précisément dans cette maladie que les neuroleptiques classiques sont formellement déconseillés, en raison du risque d’hypersensibilité sévère décrit plus haut. Face à des hallucinations chez une personne âgée, la règle est d’orienter vers une évaluation médicale avant toute sédation, jamais l’inverse (⭐⭐⭐⭐, McKeith IG et al., Neurology, 2017).

❌ Ce qu’on entend souvent

« Sclérose en plaques, c’est le fauteuil roulant assuré à plus ou moins court terme. »

✅ Ce que montre la recherche

Très largement dépassé par les traitements actuels. L’évolution de la SEP reste hétérogène, mais l’arrivée des traitements de fond modernes a nettement réduit la fréquence des poussées et retardé l’accumulation du handicap par rapport aux données historiques. Une majorité de patients bien suivis conservent une autonomie de marche et une activité professionnelle de nombreuses années après le diagnostic. Le pronostic individuel dépend toutefois de la forme de la maladie et de la précocité de la prise en charge, ce qui justifie un suivi neurologique régulier plutôt qu’un pronostic figé (⭐⭐⭐, Ameli.fr, 2025).

❌ Ce qu’on entend souvent

« Le sport protège le cerveau, donc plus j’en fais, mieux je préviens les maladies neurodégénératives — y compris la SLA. »

✅ Ce que montre la recherche

Vrai en général, mais la SLA fait figure d’exception documentée. Si l’activité physique modérée reste bénéfique pour la santé cérébrale globale — comme détaillé dans notre article pilier —, plusieurs études convergentes (randomisation mendélienne, transcriptomique, cohortes professionnelles) associent une pratique sportive intense et prolongée, en particulier chez des personnes porteuses de certains variants génétiques de susceptibilité, à un risque accru de SLA. Une activité physique intense en contexte professionnel a ainsi été associée à un doublement du risque dans une étude cas-témoins (⭐⭐, Julian TH et al., EBioMedicine, 2021). Ce paradoxe ne remet pas en cause l’intérêt de l’exercice modéré pour la population générale ; il invite à la prudence sur les pratiques extrêmes et prolongées chez les personnes ayant des antécédents familiaux de SLA.

4. Panorama comparatif des trois maladies

En bref : trois maladies, trois cibles anatomiques distinctes — motoneurones pour la SLA, myéline pour la SEP, cortex diffus pour les corps de Lewy — mais une même nécessité d’un diagnostic précoce pour adapter la prise en charge.

SLA Motoneurones (cerveau et moelle) TDP-43 SOD1 / C9orf72 Paralysie progressive Intelligence préservée ~8 000 patients (FR) Sclérose en plaques Myéline (gaine des fibres nerveuses) Auto-immun Lymphocytes T/B, EBV Poussées puis parfois forme progressive ~110 000 patients (FR) Corps de Lewy Cortex cérébral diffus Alpha-synuc. Fluctuations, hallucinations Syndrome parkinsonien ⚠️ Neuroleptiques proscrits ~250 000 patients (FR)

Trois cibles anatomiques distinctes pour trois maladies neurodégénératives aux enjeux de prise en charge très différents.

Critère SLA Sclérose en plaques Démence à corps de Lewy
Cible principaleMotoneuronesMyéline (SNC)Cortex cérébral diffus
Protéine / mécanisme cléTDP-43, SOD1Auto-immunité (lymphocytes T/B)Alpha-synucléine
Âge de début typique50-70 ans~30 ansAprès 50 ans
Prévalence en France~8 000~110 000~250 000
Signe distinctifParalysie sans atteinte cognitivePoussées neurologiques variéesFluctuations + hallucinations
Traitement de référenceRiluzole ; tofersen si SOD1Immunomodulateurs/-suppresseursSymptomatique uniquement
Point de vigilance majeurDiagnostic tardif (~12 mois)Adhésion au traitement de fondNeuroleptiques formellement déconseillés

5. Quand consulter : les signaux qui doivent alerter

En bref : une faiblesse motrice progressive, des épisodes neurologiques résolutifs chez un adulte jeune, ou des hallucinations associées à des fluctuations de vigilance chez une personne âgée justifient chacun une consultation médicale rapide, sans attendre l’aggravation.

Au comptoir, le rôle du pharmacien n’est jamais de poser un diagnostic, mais de repérer les signaux qui justifient d’orienter sans délai vers le médecin traitant ou les urgences selon le contexte.

  • Faiblesse musculaire progressive d’un membre, crampes fréquentes, troubles de la parole ou de la déglutition inexpliqués (évocateurs de SLA)
  • Trouble visuel (baisse d’acuité, vision double), engourdissement ou faiblesse d’un membre chez un adulte jeune, en particulier si l’épisode régresse puis récidive (évocateur de SEP)
  • Hallucinations visuelles associées à des variations marquées de l’attention ou de la vigilance d’un moment à l’autre chez une personne âgée (évocateur de corps de Lewy — orienter avant toute sédation)
  • Agitation physique intense pendant le sommeil, avec mise en danger du patient ou du conjoint (trouble du comportement en sommeil paradoxal)

⚠️ Ce que cet article ne remplace pas

Ces trois maladies nécessitent un diagnostic spécialisé (neurologue, centre expert) et un suivi médical régulier. Aucune mesure d’hygiène de vie ne remplace ce suivi, et aucune information de cet article ne doit conduire à modifier ou interrompre un traitement en cours sans avis médical — en particulier concernant les traitements de fond de la SEP ou tout traitement psychotrope chez un patient atteint de démence à corps de Lewy.

🔑 En résumé

La SLA, la sclérose en plaques et la démence à corps de Lewy ciblent trois territoires distincts du système nerveux — motoneurones, myéline, cortex diffus — mais partagent avec Alzheimer et Parkinson les mécanismes cellulaires communs de la neurodégénérescence. La recherche a changé la donne sur deux fronts en particulier : le tofersen pour les formes SOD1 de la SLA, et l’identification du virus d’Epstein-Barr comme déclencheur quasi indispensable de la sclérose en plaques. Pour la démence à corps de Lewy, l’enjeu clinique le plus immédiat reste sécuritaire : reconnaître la triade fluctuations-hallucinations-syndrome parkinsonien pour éviter une prescription de neuroleptique aux conséquences potentiellement graves. Dans les trois cas, un diagnostic précoce, dans un centre expert, reste le levier le plus déterminant.

📚 Sources de cet article

Niveau de preuve global de l’article : ⭐⭐⭐ à ⭐⭐⭐⭐⭐ (données solides sur l’épidémiologie, les critères diagnostiques et les traitements de fond ; données émergentes signalées comme telles sur le lien EBV-SEP et le paradoxe de l’exercice intense dans la SLA).

  1. Inserm — Dossier Sclérose latérale amyotrophique (SLA) / maladie de Charcot, 2024
  2. Miller TM et al., New England Journal of Medicine, 2022 — Trial of Antisense Oligonucleotide Tofersen for SOD1 ALS
  3. ARSLA — Qalsody (tofersen) et SLA-SOD1 : ce que change le traitement dans la vie réelle, 2025
  4. Julian TH et al., EBioMedicine, 2021 — Physical exercise is a risk factor for amyotrophic lateral sclerosis
  5. Bjornevik K et al., Science, 2022 — Longitudinal analysis reveals high prevalence of Epstein-Barr virus associated with multiple sclerosis
  6. Inserm — Dossier Sclérose en plaques (SEP), 2024
  7. Ameli.fr — Traitement de la sclérose en plaques, 2025
  8. Fondation ARSEP / France Sclérose en plaques — Plus de 110 000 malades de SEP en France (données CPAM 2018)
  9. McKeith IG et al., Neurology, 2017 — Diagnosis and management of dementia with Lewy bodies: Fourth consensus report of the DLB Consortium
  10. France Alzheimer — La maladie à corps de Lewy, 2025
  11. Académie nationale de médecine — Une démence fréquente : la démence à corps de Lewy, 2023
  12. Santé Mentale — Vigilance : maladie à corps de Lewy et neuroleptiques, 2017
  13. AstucesPharma — Cannabis médical : THC, CBD, Sativex, Epidyolex, 2026 (Sativex et spasticité douloureuse de la SEP)

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace en aucun cas une consultation médicale, un diagnostic ou un traitement prescrit par un professionnel de santé. En cas de symptômes évocateurs d’une des maladies décrites ici, consultez votre médecin traitant sans attendre. Les données de niveau de preuve ⭐ ou ⭐⭐ correspondent à des pistes de recherche préliminaires qui ne justifient pas, à elles seules, une recommandation thérapeutique ferme.

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