Vaccinations voyageurs : quels vaccins avant de partir en 2026 ?
Fièvre jaune, dengue, chikungunya, mpox, rage : le guide des vaccinations voyageurs à jour des recommandations HCSP 2026.

Vaccinations voyageurs 2026 : quels vaccins avant de partir ?
Chaque année, des millions de Français partent à l’étranger — et chaque année, trop d’entre eux reviennent avec une maladie évitable. La clé ? Anticiper ses vaccinations voyageurs au moins 4 à 6 semaines avant le départ, en tenant compte des recommandations 2026 du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Le paysage vaccinal du voyageur a beaucoup évolué ces dernières années : deux vaccins contre le chikungunya sont désormais disponibles, la stratégie vaccinale contre la dengue a été revue en profondeur, le mpox reste surveillé, et le schéma antirabique préexposition s’est simplifié. Ce guide fait le point complet, avec les noms de vaccins, les schémas à jour et les conseils pratiques directement applicables à votre prochain départ. Pour les autres mesures de prévention du voyage — paludisme, turista, trousse de pharmacie — consultez le guide complet Conseils aux voyageurs.
⚡ L’essentiel en un coup d’œil
🎯 À quoi ça sert, vraiment ?
- Fièvre jaune (Stamaril®) — seul vaccin à exigence réglementaire internationale (⭐⭐⭐⭐⭐)
- Chikungunya (Ixchiq®, Vimkunya®) et dengue (Qdenga®) — recommandés selon la zone et la durée de séjour, pas systématiquement (⭐⭐⭐⭐)
- Rage — schéma préexposition simplifié à 2 doses pour les immunocompétents (⭐⭐⭐⭐⭐)
- ❌ Pas de vaccin disponible contre le zika ni contre la maladie de Lyme
💊 Comment le/la conseiller ?
- Ouvrir le carnet de vaccination 4 à 6 semaines avant le départ
- Commencer par la fièvre jaune si la destination l’exige, puis planifier les autres vaccins vivants en respectant un intervalle d’au moins 4 semaines
- De nombreux vaccins voyageurs (hépatite A, typhoïde, méningocoques ACWY, rage, dengue) peuvent être administrés directement en pharmacie d’officine dès 11-12 ans
🚫 4 questions à poser avant de conseiller
- La patiente est-elle enceinte ou allaitante ? (contre-indication aux vaccins vivants : fièvre jaune, Qdenga®, Ixchiq®)
- Existe-t-il une immunodépression ?
- Le voyageur a-t-il plus de 65 ans ? (contre-indication à Ixchiq®)
- Y a-t-il un antécédent documenté de dengue, utile pour la décision vaccinale ?
Le détail de chaque point — mécanismes, schémas, sources — est développé section par section ci-dessous.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Vaccinations voyageurs : les vaccins de base, quelle que soit la destination
- 2. Fièvre jaune : l’obligation absolue avant tout vaccin vivant
- 3. Dengue : Qdenga®, ce qui change en 2026
- 4. Chikungunya : deux vaccins disponibles — avec des précautions importantes
- 5. Mpox (variole du singe) : une vigilance qui reste d’actualité
- 6. Vaccinations voyageurs en zone isolée : rage, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques
- 7. Autres vaccinations voyageurs selon la destination : hépatite A, typhoïde, méningocoques
- 8. Tableau récapitulatif des vaccinations voyageurs 2026
1. Vaccinations voyageurs : les vaccins de base, quelle que soit la destination
En bref : avant même de penser à la destination, remettre à jour le calendrier vaccinal français est le premier réflexe — l’édition 2026 des recommandations HCSP insiste particulièrement sur la rougeole, dont la recrudescence récente fait craindre des flambées épidémiques.
Avant même de penser à la destination, le premier réflexe est d’ouvrir son carnet de vaccination. Les vaccinations voyageurs commencent par les immunisations du calendrier vaccinal français — diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, et rougeole-oreillons-rubéole (ROR) — qui conditionnent l’ensemble de la stratégie préventive. Sans ces bases à jour, on construit une protection sur du sable. Pour le détail du calendrier complet, voir Vaccination : calendrier, douleur, pharmacien.
Les pharmaciens d’officine sont habilités à prescrire et administrer l’ensemble des vaccins du calendrier chez les personnes de 11 ans et plus — à l’exception des vaccins vivants atténués chez les immunodéprimés. Concrètement, votre pharmacien peut gérer directement la mise à jour de vos rappels avant un départ, sans vous renvoyer systématiquement chez votre médecin.
Hépatite B : au-delà du calendrier de routine, cette vaccination est recommandée pour tout séjour fréquent ou prolongé dans un pays à forte ou moyenne prévalence du portage chronique du VHB (virus de l’hépatite B). En cas de départ imminent, un schéma accéléré à 3 doses rapprochées (J0, J7, J21) suivi d’une 4e dose de consolidation un an plus tard peut être proposé.
ℹ️ Le pharmacien vaccine directement en officine
Les pharmaciens d’officine peuvent prescrire et administrer tous les vaccins du calendrier vaccinal chez les personnes de 11 ans et plus. Cela inclut les rappels dTcaPolio, hépatite A et B, méningocoques ACWY et B, et la rage — sans ordonnance préalable. Un gain de temps précieux pour le voyageur en dernière minute.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Apportez votre carnet de santé ou votre carnet de vaccination lors de toute consultation pré-voyage — en pharmacie, en médecine générale ou en centre de vaccinations internationales. Sans ce document, on reconstruit la stratégie à partir de zéro, et on risque de vacciner à nouveau inutilement ou de laisser des lacunes. Le carnet numérique sur l’application Mon espace santé est une excellente alternative.
2. Fièvre jaune : l’obligation absolue qui conditionne les autres vaccinations voyageurs
En bref : réservé aux centres agréés, ce vaccin vivant conditionne le calendrier des autres vaccins vivants — toujours commencer par lui si la destination l’exige.
La fièvre jaune est la seule vaccination dont l’obligation administrative — au sens du Règlement sanitaire international — peut conditionner l’entrée dans certains pays. Mais au-delà de l’aspect réglementaire, c’est une maladie arbovirale (transmise par des arthropodes vecteurs, ici le moustique Aedes aegypti) dont la mortalité des formes sévères dépasse 50 %, sans traitement curatif spécifique disponible.
La vaccination est indispensable pour tout séjour en zone endémique intertropicale d’Afrique ou d’Amérique du Sud, y compris la Guyane française. Le vaccin Stamaril® (vaccin vivant atténué) est réservé aux centres agréés de vaccinations internationales — les pharmacies d’officine ne peuvent pas l’administrer. Il doit être réalisé au moins 10 jours avant le départ pour être valide administrativement, et confère une protection vie entière en une seule dose (le certificat international, le fameux « carnet jaune », est valide à vie depuis 2016).
Pourquoi ce vaccin conditionne les autres : en tant que vaccin vivant atténué, Stamaril® impose des délais d’intervalle avec les autres vaccins vivants. Le HCSP recommande un intervalle d’au moins 4 semaines entre deux vaccins vivants (ROR, varicelle, vaccin oral contre le choléra, et désormais Qdenga® et Ixchiq® — voir sections suivantes). En pratique : commencez toujours par la fièvre jaune, puis planifiez les autres vaccinations en cascade.
⚠️ Contre-indications importantes — Stamaril®
Le vaccin anti-amaril est contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées (VIH avec CD4 bas, greffés, corticothérapie > 2 semaines), chez les nourrissons de moins de 6 mois et est déconseillé pendant la grossesse sauf si le départ est inévitable. Des effets indésirables graves, quoiqu’exceptionnels (< 1 cas pour 500 000 doses), ont été rapportés : maladie neurotrope et maladie viscérotrope associées au vaccin amaril (YEL-AND et YEL-AVD). Cette information figure dans la notice de Stamaril® et doit être communiquée au patient.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Si un patient se présente en pharmacie pour un départ en Afrique tropicale ou en Amazonie sans avoir pensé à la fièvre jaune, orientez-le immédiatement vers le centre de vaccinations internationales le plus proche — la liste est disponible sur le site de l’ANSM. N’administrez pas vous-même ce vaccin : il est strictement réservé aux centres agréés pour des raisons de traçabilité et de pharmacovigilance.
Planification optimale des vaccinations voyageurs incluant la fièvre jaune : respecter les intervalles entre vaccins vivants atténués est impératif pour garantir l’immunogénicité.
3. Dengue : Qdenga®, ce qui change en 2026
En bref : le HCSP simplifie en 2026 sa logique de décision : ce n’est plus la comorbidité qui prime, mais la zone et la durée du séjour.
La dengue est l’arbovirose la plus répandue au monde, touchant entre 100 et 400 millions de personnes par an selon l’OMS. Son vecteur, le moustique Aedes aegypti, sévit dans les zones tropicales et subtropicales — Asie du Sud-Est, Amérique latine, Caraïbes, Afrique subsaharienne, DOM-TOM. Le vaccin Qdenga® (Takeda) est disponible en pharmacie d’officine.
Mécanisme vaccinal : Qdenga® est un vaccin tétravalent vivant atténué chimérique — c’est-à-dire qu’il contient les quatre sérotypes du virus dengue (DENV-1, 2, 3, 4) sous forme atténuée, exprimés dans un châssis viral du sérotype 2 (dengue-2). Cette architecture lui confère une couverture théoriquement totale, mais avec une nuance importante : l’efficacité protectrice contre les sérotypes DENV-3 et DENV-4 est moins robuste chez les personnes n’ayant jamais eu la dengue.
Ce qui change avec l’édition 2026 : les précédentes recommandations reposaient sur un logigramme croisant âge, comorbidités et antécédents de dengue. Le HCSP s’appuie désormais sur des données de pharmacovigilance jugées rassurantes quels que soient le terrain et les antécédents personnels de dengue, et simplifie le critère de décision autour de la zone et de la durée de séjour :
- Séjour dans une zone où la dengue circule activement (épidémie en cours) : vaccination recommandée dès 6 ans, quelle que soit la durée du séjour.
- Séjour de plus d’un mois en zone d’endémie avec circulation active documentée dans les 12 mois précédents : vaccination recommandée.
- Séjour court (moins d’un mois) sans épidémie déclarée : vaccination non recommandée, même en zone de circulation habituelle de la dengue.
Les comorbidités qui exposaient à un surrisque de forme sévère (drépanocytose, hypertension artérielle compliquée, diabète, obésité, insuffisance rénale, affections cardio-pulmonaires chroniques) restent un élément pertinent à discuter avec le patient, mais ne conditionnent plus, à elles seules, l’indication vaccinale dans la version 2026 des recommandations.
🔑 Schéma vaccinal Qdenga® et précautions pratiques
2 doses en sous-cutané, espacées d’au moins 3 mois. En cas de départ imminent en zone épidémique : administrer la 1re dose au moins 2 semaines avant le départ (délai minimum pour obtenir une protection), la 2e dose pouvant être réalisée au retour dans les délais requis. En cas de dengue récente, un délai de 6 mois est recommandé avant de débuter la vaccination.
Surveillance de 15 minutes après chaque injection (comme pour tout vaccin vivant). Contre-indiqué chez les immunodéprimés, la femme enceinte et la femme allaitante. En cas d’administration concomitante avec le vaccin contre la fièvre jaune, un intervalle d’un mois est recommandé pour éviter une interférence immunitaire — sauf en cas de départ imminent.
⚠️ Point de vigilance pour les personnes séronégatives
Les données disponibles ne permettent pas d’exclure un risque de forme sévère chez les personnes n’ayant jamais eu la dengue si elles sont exposées aux sérotypes DENV-3 ou DENV-4 après vaccination. Ce point doit être clairement communiqué au patient avant l’injection : la vaccination ne dispense pas des mesures de protection personnelle antivectorielle (répulsifs, vêtements couvrants, moustiquaires).
👨⚕️ Conseil au comptoir
Qdenga® est disponible en pharmacie d’officine sans ordonnance préalable pour les 11 ans et plus. C’est une vraie nouveauté à valoriser en conseil : un patient partant plus d’un mois en zone d’endémie active, ou pour un séjour court dans une zone en épidémie déclarée, peut être vacciné directement chez vous. Pensez à demander la durée précise du séjour et à vérifier si une épidémie est en cours à destination (bulletins Santé publique France, sites diplomatie.gouv.fr).
4. Chikungunya : deux vaccins disponibles pour les voyageurs — avec des précautions importantes
En bref : le choix entre les deux vaccins disponibles dépend avant tout de l’âge et du statut immunitaire du voyageur — Vimkunya® est l’alternative de choix chez les plus de 65 ans et les personnes immunodéprimées.
Le chikungunya a connu une flambée massive à La Réunion et à Mayotte en 2025, avec plus de 51 000 cas biologiquement confirmés recensés à La Réunion. Le nom « chikungunya » signifie « qui marche courbé » en makondé — une image évocatrice des arthralgies invalidantes, parfois chroniques, qui caractérisent la maladie.
Le HCSP recommande la vaccination contre le chikungunya chez les voyageurs à partir de 12 ans, avec ou sans comorbidités, dans deux situations : un séjour dans une zone en épidémie active, quelle qu’en soit la durée, ou un séjour de plus d’un mois dans une zone d’endémie. Une seule dose suffit, à administrer au moins 14 jours avant le départ. Deux vaccins sont disponibles, avec des profils de sécurité très différents qui imposent une décision individualisée :
Ixchiq® (Valneva) : vaccin vivant atténué, 1 dose en intramusculaire. Il a été utilisé à La Réunion lors de la campagne de vaccination 2025, suspendue trois semaines après son lancement en raison de la survenue de plusieurs effets indésirables graves, dont un décès, chez des personnes de 65 ans ou plus. Résultat : Ixchiq® est contre-indiqué chez les plus de 65 ans ainsi que chez les personnes immunodéprimées, et des cas de méningites aseptiques ont également été rapportés depuis, y compris chez des sujets plus jeunes.
Vimkunya® (Bavarian Nordic) : vaccin non vivant basé sur la technologie VLP (virus-like particles — des pseudo-particules virales sans matériel génétique), 1 dose intramusculaire. Son profil de tolérance est meilleur dans les études cliniques, et c’est le seul des deux utilisable chez la personne immunodéprimée, quel que soit l’âge à partir de 12 ans — il constitue donc l’alternative de choix chez les plus de 65 ans et les patients fragiles.
🚫 Ixchiq® — Contre-indications absolues
Ne pas administrer Ixchiq® aux personnes de plus de 65 ans, aux personnes immunodéprimées, aux femmes enceintes ou allaitantes, ni en cas d’hypersensibilité connue à un composant. En cas de doute sur l’âge ou les comorbidités, orienter vers Vimkunya®.
🆚 Mythe ou réalité ?
❌ Ce qu’on entend souvent
« Le vaccin contre le chikungunya est trop récent, on n’a pas assez de recul — mieux vaut ne pas le faire. »
✅ Ce que montre la recherche
Partiellement vrai, mais pas dans le sens attendu (⭐⭐⭐). Le signal de sécurité observé avec Ixchiq® chez les plus de 65 ans à La Réunion en 2025 est réel et documenté — il a conduit à une contre-indication formelle dans cette tranche d’âge. Mais la réponse n’est pas de renoncer à la vaccination : c’est de choisir le bon vaccin selon le profil. Vimkunya®, non vivant, présente un profil de tolérance plus favorable et reste une option chez les personnes à risque, y compris les plus de 65 ans et les immunodéprimés.
👨⚕️ Conseil au comptoir
La vaccination chikungunya est une question de plus en plus fréquente en officine, notamment pour les patients partant à La Réunion, à Mayotte, en Inde, au Brésil ou en Asie du Sud-Est. Mémorisez la règle des 65 ans pour Ixchiq® : au-dessus, ne pas administrer, orienter vers Vimkunya®. Les deux vaccins s’administrent au moins 14 jours avant le départ pour permettre l’immunisation.
5. Mpox (variole du singe) : une vigilance qui reste d’actualité
En bref : la vaccination cible toujours des profils précis de voyageurs exposés — pas l’ensemble des départs vers l’Afrique centrale et orientale.
Le mpox (anciennement « variole du singe ») a fait irruption dans les recommandations aux voyageurs fin 2024, en raison de l’émergence d’un nouveau clade Ib (sous-type biologique plus transmissible) du virus MPXV en République démocratique du Congo et de sa diffusion aux pays voisins. Ce n’est pas seulement une alerte pour les voyageurs à comportement à risque sexuel : les travailleurs humanitaires, les expatriés et les personnels de santé en zone de circulation active sont également concernés.
Le vaccin : Imvanex® (Bavarian Nordic) — vaccin antivariolique de 3e génération, virus modifié de la vaccine d’Ankara (MVA), non réplicatif. Il est disponible dès l’âge de 12 ans. Schéma : 2 doses en sous-cutané à 28 jours d’intervalle (ou une dose de rappel si vaccination antivariolique antérieure datant de plus de 10 ans).
À qui proposer la vaccination mpox chez les voyageurs ? Le HCSP cible trois populations :
- Les personnes à risque sexuel élevé (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes avec partenaires multiples) se rendant en zone de circulation active des clades Ia et/ou Ib ;
- Les professionnels exposés en zone endémique : expatriés, personnels de santé, travailleurs humanitaires ;
- Les personnes originaires de zones de circulation active rendant visite à leur famille.
🔬 Perspective de recherche — la surveillance génomique du clade Ib
Niveau de preuve : ⭐⭐⭐ (données de surveillance épidémiologique et virologique)
Le clade Ib, identifié en RDC fin 2023, se distingue du clade IIb (responsable de l’épidémie mondiale 2022) par une transmissibilité accrue, y compris par contact non sexuel rapproché — un mode de diffusion qui explique l’élargissement des recommandations vaccinales aux professionnels exposés et non plus seulement aux populations à risque sexuel. Il reste principalement endémique en Afrique centrale et orientale (RDC, Burundi, Rwanda, Ouganda, Kenya). Conseil au comptoir calibré : pour un séjour prolongé dans ces régions, en particulier professionnel ou auprès de populations locales, la vaccination mérite d’être évoquée systématiquement — elle reste, à ce jour, peu spontanément demandée par les voyageurs eux-mêmes.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Le mpox est souvent méconnu des voyageurs, y compris de ceux qui partent en Afrique centrale pour des missions humanitaires. Lors d’un conseil pré-voyage, intégrez systématiquement la question du pays de destination et du type d’activité professionnelle ou bénévole prévu. Un humanitaire partant au Congo ou au Burundi pour plusieurs semaines doit être orienté vers la vaccination Imvanex® — idéalement 4 semaines avant le départ pour compléter les deux doses.
6. Vaccinations voyageurs en zone isolée : rage, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques
En bref : ces trois vaccins ciblent des situations d’exposition prolongée ou isolée — ils ne concernent pas tous les voyageurs, mais changent radicalement la prise en charge en cas d’exposition.
Rage : un schéma préexposition simplifié à 2 doses
La rage reste une cause de mortalité significative dans les pays en développement — selon l’OMS, environ 59 000 décès par an, dont une majorité en Asie du Sud et en Afrique. L’élément à bien comprendre est la logique de la vaccination préexposition : elle ne protège pas à 100 % en cas d’exposition, mais elle simplifie radicalement le traitement postexposition et, surtout, supprime la nécessité d’immunoglobulines antirabiques — souvent indisponibles dans les pays en développement.
Le schéma vaccinal préexposition est désormais de 2 doses à J0 et J7 pour les immunocompétents, avec un rappel à 1 an puis tous les 5 ans. Pour les immunodéprimés, le schéma reste à 3 doses (J0, J7, J21 ou J28), avec contrôle sérologique 2 à 4 semaines après la 1re dose.
🔑 Qui vacciner contre la rage avant un voyage ?
La vaccination antirabique préexposition est indiquée pour tout séjour prolongé ou aventureux, en situation d’isolement, dans un pays à haut risque (Asie, Afrique dont Afrique du Nord, Amérique du Sud, pays en développement — hors quelques îles). Elle est particulièrement recommandée chez les jeunes enfants dès l’âge de la marche : ils ont un risque de morsure ou de contact (léchage sur peau excoriée, griffure) plus élevé et souvent non signalé par eux-mêmes à leurs parents.
Encéphalite japonaise : Ixiaro® — schéma inchangé
L’encéphalite japonaise est une arbovirose à flavivirus (même famille que la fièvre jaune et la dengue) transmise par les moustiques Culex — qui piquent au crépuscule et en soirée, à l’opposé de l’Aedes. Le réservoir est animal : oiseaux sauvages et porcs domestiques. La maladie est endémique dans les zones rurales d’Asie du Sud et de l’Est, avec une transmission maximale pendant la saison des pluies.
Si l’infection est le plus souvent asymptomatique, les formes encéphalitiques (moins de 2 % des infections) sont gravissimes : mortalité de 30 à 50 %, séquelles neurologiques graves chez 30 à 50 % des survivants. Sans traitement curatif.
Vaccin Ixiaro® : 2 injections de 0,5 mL à J0 et J28, rappel à 1 an puis tous les 3 ans. Indiqué chez les adultes de 18 ans et plus, et chez les enfants à partir de 2 mois (forme pédiatrique). Tolérance bonne. Le schéma complet doit être terminé au moins 1 semaine avant le risque d’exposition. La vaccination est indispensable pour tout séjour de plusieurs semaines en zone rurale (camping, randonnée, activité professionnelle extérieure, rizières irriguées) au Pakistan occidental, aux Philippines, dans le nord et le centre de la Chine, et dans le sud de l’Indonésie.
Encéphalite à tiques
La vaccination est recommandée pour les séjours en zone rurale ou forestière d’endémie en Europe centrale, orientale et septentrionale, du printemps à l’automne. Schéma : 3 injections à M0, entre M1 et M3, puis entre M5 et M12. Premier rappel dans les 5 ans (3 ans pour les plus de 60 ans). Présentation pédiatrique disponible dès l’âge de 1 an.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Pour les voyageurs partant faire de la randonnée dans les forêts de Bavière, d’Autriche ou des pays baltes à partir du printemps, la question de l’encéphalite à tiques est souvent oubliée. Pensez à l’évoquer dès qu’un patient mentionne une forêt d’Europe centrale ou orientale. Rappel : la prévention mécanique (répulsifs, vêtements couvrants, inspection corporelle après balade) reste complémentaire à la vaccination, car les tiques peuvent également transmettre la borréliose (maladie de Lyme), contre laquelle il n’existe pas de vaccin disponible en France.
7. Autres vaccinations voyageurs selon la destination : hépatite A, typhoïde, méningocoques, choléra
En bref : hépatite A et typhoïde restent liées à l’hygiène alimentaire du pays visité ; méningocoques ACWY est exigé pour le pèlerinage à La Mecque ; le choléra reste réservé à des profils professionnels très spécifiques.
Hépatite A
La vaccination contre l’hépatite A (Havrix® ou Avaxim®) est recommandée pour tout voyage dans un pays où l’hygiène est précaire — quelles que soient les conditions du séjour. Le virus se transmet par voie fécale-orale (eau et aliments contaminés). L’hépatite A est une maladie aiguë qui guérit spontanément mais peut être sévère, notamment chez les adultes.
Schéma : 1 injection (1 mL pour les 15 ans et plus, 0,5 mL pour les 1-15 ans) suivie d’un rappel entre 6 mois et 1 an (extensible jusqu’à 5 ans après la 1re dose). La durée de protection est de 20 à 25 ans après les 2 doses.
Précaution : un examen sérologique préalable (IgG anti-VHA) est recommandé pour les personnes nées avant 1945, ayant un antécédent d’ictère, ou ayant passé leur enfance dans un pays de forte endémicité — leur immunité naturelle rend la vaccination inutile.
Fièvre typhoïde
La vaccination contre la fièvre typhoïde est recommandée pour les séjours prolongés ou dans de mauvaises conditions dans des pays à hygiène précaire. Un vaccin oral vivant atténué, Vivotif® (3 gélules en jours alternés), est disponible en complément du vaccin injectable polysaccharidique Typhim Vi® (1 injection, 15 jours avant le départ, durée de protection 3 ans).
ℹ️ Efficacité limitée de la vaccination typhoïde
L’efficacité du vaccin typhoïde est de 50 à 80 % — insuffisant pour s’en remettre uniquement à la vaccination. Les recommandations d’hygiène alimentaire (ne boire que de l’eau embouteillée ou traitée, éviter les crudités et les glaces, peler les fruits) restent indispensables et complémentaires, même chez le voyageur vacciné.
Infections invasives à méningocoques
Pour les voyageurs, la vaccination méningococcique tétravalente ACWY (Nimenrix®, Menquadfi® ou Menvéo®) est recommandée pour les personnes se rendant dans la ceinture africaine de la méningite — zone de savane et de Sahel, du Sénégal à l’Éthiopie, pendant la saison sèche (hiver et printemps). Elle est exigée par les autorités saoudiennes pour le pèlerinage de La Mecque et de Médine, valide à partir de J+10 après l’injection.
Des cas d’infections invasives à méningocoques ont été rapportés chez des personnes revenues du pèlerinage Umrah à La Mecque — rappelant que cette exigence vaccinale n’est pas qu’administrative. La durée de validité administrative du certificat est de 5 ans pour les vaccins conjugués (mention « conjugué » obligatoire sur le certificat), 3 ans pour les non conjugués.
Choléra
Les flambées épidémiques de choléra persistent à l’échelle mondiale, mais aucun surrisque spécifique n’a été objectivé pour les voyageurs selon le HCSP. La vaccination anticholérique (Dukoral®, voie orale) reste réservée aux professionnels de santé et humanitaires amenés à intervenir auprès de malades en situation d’épidémie. Pour les autres voyageurs, une prévention efficace repose sur l’hygiène alimentaire stricte.
👨⚕️ Conseil au comptoir — vaccinations voyageurs et centre spécialisé
En dehors des vaccins disponibles directement en officine (hépatite A, typhoïde, méningocoques ACWY, rage, dengue), certaines vaccinations imposent un passage par un centre de vaccinations internationales agréé : fièvre jaune (Stamaril®), mais aussi l’encéphalite japonaise (Ixiaro®) pour les schémas complets. Orientez vers le centre le plus proche — la liste est consultable sur le site de l’ANSM ou via sante.fr. Pour le reste de la préparation du voyage — paludisme, turista, trousse de pharmacie —, voir Paludisme voyageur : chimioprophylaxie et prévention.
8. Tableau récapitulatif des vaccinations voyageurs 2026
| Vaccin | Spécialité | Destination / Indication | Schéma | Officine ? | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|---|---|
| Fièvre jaune | Stamaril® | Afrique intertropicale, Amazonie, Guyane (obligatoire) | 1 dose vie entière — J-10 min avant départ | Non — centre agréé | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Dengue | Qdenga® (Takeda) | Zone épidémique (toute durée) ou zone d’endémie > 1 mois | 2 doses SC à 3 mois d’intervalle — protection dès J14 après dose 1 | Oui (dès 11 ans) | ⭐⭐⭐⭐ |
| Chikungunya | Ixchiq® (vivant) / Vimkunya® (non vivant) | Zone épidémique (toute durée) ou zone d’endémie > 1 mois | 1 dose IM — au moins 14 j avant départ. Ixchiq® CI > 65 ans et immunodépression | Oui (12 ans+) | ⭐⭐⭐⭐ |
| Mpox | Imvanex® (Bavarian Nordic) | Afrique centrale/orientale — voyageurs exposés (risque sexuel, humanitaires, soignants) | 2 doses SC à J0 et J28 (dès 12 ans) | Oui (12 ans+) | ⭐⭐⭐ |
| Rage | Rabipur® / Vaccin rabique Mérieux® | Asie, Afrique, Amér. du Sud — séjour prolongé/isolé, enfants en bas âge | 2 doses J0–J7 (immunocompétents) ou 3 doses (immunodéprimés) | Oui (16 ans+) | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Encéphalite japonaise | Ixiaro® | Asie rurale — Indonésie sud, Philippines, Chine nord, Pakistan ouest (saison des pluies) | 2 doses à J0–J28, rappel 1 an puis /3 ans. Schéma terminé J-7 avant départ | Non — centre agréé | ⭐⭐⭐⭐ |
| Encéphalite à tiques | FSME-Immun® / Encepur® | Forêts Europe centrale/orientale/septentrionale (printemps-automne) | 3 doses à M0, M1-3, M5-12 — rappel à 5 ans (3 ans si >60 ans) | Oui (11 ans+) | ⭐⭐⭐⭐ |
| Hépatite A | Havrix® / Avaxim® | Tous pays à hygiène précaire | 1 dose + rappel 6 mois à 5 ans. Sérologie préalable si né avant 1945 | Oui (11 ans+) | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Typhoïde | Typhim Vi® / Vivotif® (oral) | Séjour prolongé en pays à hygiène précaire | 1 dose injectable J-15 (Typhim Vi®) ou 3 gélules J1/J3/J5 (Vivotif®). Efficacité 50-80 % | Oui (11 ans+) | ⭐⭐⭐ |
| Méningocoques ACWY | Nimenrix® / Menquadfi® / Menvéo® | Ceinture africaine de la méningite, pèlerinage La Mecque (exigé) | 1 dose — valide J+10 à 5 ans (vaccin conjugué). Mention « conjugué » obligatoire sur le certificat | Oui (11 ans+) | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Choléra | Dukoral® (oral) | Uniquement personnels de santé/humanitaires en épidémie active | 2 doses orales à 1-6 semaines d’intervalle | Oui | ⭐⭐⭐ |
Vaccinations voyageurs 2026 : principaux vaccins recommandés par zone géographique. Cette carte ne remplace pas une consultation personnalisée en centre de médecine du voyage.
🔑 En résumé — Vaccinations voyageurs 2026
Les vaccinations voyageurs continuent d’évoluer : la dengue passe en 2026 à une logique de décision par zone et durée de séjour plutôt que par comorbidité, le chikungunya dispose de deux vaccins aux profils très différents (Ixchiq® contre-indiqué après 65 ans, Vimkunya® utilisable chez l’immunodéprimé), le mpox reste surveillé chez les voyageurs exposés, et la rage bénéficie d’un schéma préexposition simplifié à 2 doses. Le point de départ reste inchangé : ouvrir le carnet de vaccination 4 à 6 semaines avant le départ, vérifier les bases (dTcaPolio, ROR), commencer par la fièvre jaune si la destination l’exige, et construire la stratégie vaccinale en cascade. Le pharmacien peut désormais prendre en charge directement la majorité de ces vaccinations pour les patients de 11 ans et plus.
🔗 Articles connexes sur Astuces Pharma
📚 Sources de cet article
- Haut Conseil de la santé publique, Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026, 28 mai 2026
- Haut Conseil de la santé publique, Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2025, 4 juin 2025
- Vaccination Info Service (Santé publique France), Chikungunya
- Ameli — Prévention spécifique : paludisme, fièvre jaune, encéphalite japonaise, dengue et chikungunya
Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne se substitue pas à une consultation médicale personnalisée ni à un avis de centre de médecine du voyage. Les recommandations vaccinales sont susceptibles d’évoluer ; consultez toujours les recommandations HCSP en vigueur avant votre départ, en particulier en cas de grossesse, d’immunodépression ou de traitement chronique.
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