De nombreuses personnes peuvent souffrir du trouble du rythme cardiaque et l’ignorer. Il est important de se faire dépister car les complications peuvent être redoutables. Focus sur cette maladie et sa prise en charge…
Les troubles du rythme cardiaque ou arythmies sont une famille de maladies cardiaques.
Un rythme sinusal correspond au rythme cardiaque normal, c’est-à-dire piloté par le nœud sinusal avec conservation de la séquence «contraction des oreillettes »-« contraction des ventricules ». Il est composé de 60 à 90 battements au repos. Le rythme est régulé par le système nerveux autonome. Il peut être influencé par certaines hormones (adrénaline,
noradrénaline, hormones thyroïdiennes…), la température, la pression artérielle, le pH et l’équilibre sanguin O2/CO2. Il n’y a pas de norme de la fréquence cardiaque.
Celle-ci varie en permanence suivant l’heure de la journée, l’activité, l’état émotionnel, certains médicaments. La fréquence cardiaque ne devient anormale que lorsqu’elle n’est plus régulière ou est responsable d’une gêne ou de symptômes.
Un trouble du rythme correspond donc à un rythme cardiaque non sinusal. Il est diagnostiqué lors d’un électrocardiogramme.
Les arythmies sont classées en 2 groupes:
Supraventriculaires: Ces arythmies débutent au niveau des oreillettes ou au niveau de la jonction entre les oreillettes et les ventricules: bradycardie sinusale, extrasystole auriculaire, fibrillation auriculaire, tachycardie jonctionnelle. La fibrillation auriculaire est la plus fréquente des arythmies (2 à 5% des sujets de plus de 60 ans).
Ventriculaire: Ces arythmies prennent naissance au niveau des ventricules: tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire et torsade de pointe (accès paroxystique de tachycardies)
Signes cliniques
Les troubles du rythme passent parfois inaperçus. On note parfois, une tachycardie (>100 battements/minute), une bradycardie (<60 battements/minute), un rythme irrégulier.
Il faut évoquer des troubles du rythme devant de la fatigue, des vertiges, des palpitations, un essoufflement, des douleurs dans la poitrine, une perte de conscience, voire une chute sans raison. Devant ces petits signes, il est impératif de consulter.
Facteurs de risque
Les principaux facteurs de risque des troubles du rythme sont:
Caféine, tabagisme (nicotine), alcool, certaines drogues.
Certains médicaments peuvent provoquer un allongement de l’intervalle QT et entrainer ainsi des troubles du rythme: antiarythmiques, macrolides (érythromycine, clarythromycine), certains antifongiques (kétoconazole, itraconazole, fluconazole), certains psychotropes (lithium, halopéridol, phénothiazines, méthadone, antidépresseurs tricycliques), antihistaminiques (astémizole, terfénadine, loratadine, desloratatine), le cisapride…
Complications des troubles du rythme
Les troubles du rythmes peuvent être aigus ou chroniques, symptomatiques ou responsables de symptômes (palpitation, douleurs thoraciques, essoufflements, sueurs, vertiges, malaises, syncope). Les troubles du rythme sont potentiellement graves car ils peuvent être à l’origine d’insuffisancecardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou de mort subite (arythmies ventriculaires).
L’ECG permet de visualiser sur papier les ondes électriques qui parcourent le cœur (oreillettes et ventricules) et de vérifier si l’influx électrique est
synchronisé. Le battement cardiaque ou une contraction cardiaque normale se caractérise par ce tracé:
L’onde P correspond à l’activation des oreillettes,
le complexe QRS à l’activation des ventricules,
l’onde T correspond à la repolarisation (récupération des ventricules).
Un ECG anormal peut révéler une:
Bradycardie :Rythme cardiaque lent inférieur à 60 / minute.
Tachycardie: Rythme cardiaque rapide supérieur à 100 / minute.
Arythmie: Au sens « strict » rythme cardiaque irrégulier ; en pratique, ce terme est largement utilisé comme synonyme de « troubles du rythme ».
Brady arythmie: Rythme cardiaque lent et irrégulier.
Tachyarythmie :Rythme cardiaque rapide et irrégulier.
Fibrillation auriculaire ou ventriculaire: stimulation électrique désynchronisée qui contracte le cœur de façon anarchique.
Extrasystole: Excitation atriale ou ventriculaire prématurée, se traduisant sur l’ECG par une onde P ou un complexe QRS survenant avec un intervalle P – P ou R – R plus court que ceux qui le précèdent et qui le suivent.
Une extrasystole peut être suivie d’un intervalle plus long que l’intervalle de base : le repos compensateur (inconstant).
Flutter auriculaire: trouble du rythme lié à un court circuit dans
l’oreillette droite
Avoir toujours sur soi la carte de porteur d’un pacemaker
Au bout de quelques semaines, il est possible de reprendre une activité sportive (sauf activités à risque: escalade, plongée…).
Dans certains cas, la conduite automobile est déconseillée durant quelques mois. La conduite de poids lourds ou de transports collectifs est contre-indiquée.
Attention aux interférences électromagnétiques!: éviter la proximité des plaques chauffantes à induction, la pratique de la soudure à l’arc; ne pas mettre le téléphone portable dans une poche près du dispositif, éviter d’attendre près des arceaux antivols des magasins (les traverser à un rythme normal). L’utilisation d’un four à micro-ondes en bon état n’est pas
dangereuse. Avertir en cas de passage sous des portiques détecteurs de métaux (aéroports…)
Les appareils d’électrothérapie ou d’électrostimulation sont contre-indiqués. L’IRM est en principe contre-indiqué, même si des examens ont pu être réalisés sans problème majeur. Prévenir du port d’un défibrillateur en cas d’utilisation d’un bistouri électrique ou de radiothérapie.
Éviter d’exposer la zone où se trouve le défibrillateur au soleil à cause du risque de brulures.
Ayez une alimentation saine et équilibrée, pauvre en acides gras saturés et en alcool.
Contrôler votre poids et éviter le tabac.
Éviter le stress, ayez un sommeil réparateur, car la fatigue et
le stress favorisent la survenue des troubles du rythme.
Activité physique. En fonction des recommandations de votre cardiologue, la pratique d’une activité physique régulière (30 à 40 minutes trois fois par semaine) est généralement recommandée
Activité sexuelle. Une activité sexuelle est autorisée sauf en cas d’essoufflement rapide.
Une femme arythmique ayant un désir de grossesse doit planifier cet évènement avec son gynécologue (adaptation du traitement nécessaire ne raison du risque de tératogénèse).
Soleil et canicule
Attention aux fortes chaleurs, susceptibles d’entrainer un état de déshydratation (aggravation des troubles du rythme).
L’arythmie est souvent bénigne et ne nécessite pas de traitement. Un traitement n’est envisagé que si l’arythmie est mal tolérée ou que si elle risque d’entrainer des complications.
Le traitement peut normaliser le rythme, on parle alors de « cardioversion ». Cette cardioversion peut être obtenue soit par des médicaments (les antiarythmiques, soit par stimulation électrique externe ou par ablation des zones anormales fibrillantes (au moyen d’un cathéter introduit par la veine fémorale).
Les anti arythmiques forment une classe hétérogènes de molécules agissant sur le rythme cardiaque. Ils sont prescrits en première intention mais leur efficacité ne dépasse pas 80%
Il en existe 10 sortes différentes selon la classification de Vaughan-Williams qui se base sur l’entrée ou la sortie des ions Na+, Ca+ ou K+ à travers les membranes des cellules. Le choix de la molécule repose sur la nature de l’arythmie, les signes cliniques, la cardiopathie sous jacente et les effets indésirables. Leur association doit être utilisée avec une extrême précaution.
Tous les anti arythmiques sont réservés à l’adulte. Seul les bêtabloquants (Sotalol) peuvent être prescrits chez les enfants.
Classe I: dérivés quinidiques Hydroquinidine (Sérécor®)
Classe II: Disopyramide(Rythmodan®, Isorythm®)
Classe III: Lidocaïne (Xylocard®) injectable en intra veineux ou en perfusion réservé aux hôpitaux. Indiqué en préventif et en curatif des tachycardies ventriculaires notamment dans la phase aigüe de l’infarctus.
Classe IV: Cinenzoline (Cipralan®, Exacor®)
Classe V: Propafénone (Rythmol®)
Classe VI: Flécaïnide (Flécaïne®)
Classe VII: Aprindine (Fiboran®)
Classe VIII: Amiodarone (Cordarone®) La posologie est instaurée de manière dégressive: 5cp à J1, 4 à J2, 3 à J3, 2 à J4 puis 1 ensuite. L’amiodarone, principe actif iodé, est à l’origine d’un certain nombre d’effets indésirables:
Manifestations oculaires: les micro dépôts cornéens ne contre-indiquent pas la poursuite du traitement. Ils sont toujours entièrement réversibles à l’arrêt du traitement
Manifestations cutanées: risque de photosensibilisation
Manifestations thyroïdiennes: troubles thyroïdiens (bilan biologique régulier avec dosage TSH)
Manifestations pulmonaires: des cas de pneumopathies
interstitielles peuvent parfois contraindre le médecin à
suspendre le traitement
Au sujet de la dronédarone = Multaq®
Multaq® (dronédarone) est indiqué chez les adultes cliniquement stables présentant un antécédent de fibrillation auriculaire (FA) ou actuellement en
FA non permanente. Il vise à prévenir les récidives de FA ou à ralentir la fréquence cardiaque. Multaq® est moins efficace que l’amiodarone.
Il est contre-indiqué en cas d’insuffisance cardiaque de classe III instable et de classe IV de la classification NYHA (New York Heart Association). L’existence d’un seul dosage limite l’adaptation posologique. Source: Haute autorité de santé= HAS Classe IX : Ibutilide (Corvert®) injectable réservé aux hôpitaux
Classe X: Adénosine injectable (Krenosin®) injectable réservé aux hôpitaux
Digitaliques: Les digitaliques constituent une classe à part. Ils sont indiqués dans les arythmies supra ventriculaires.
Les anti-thrombotiques
Les anticoagulants sont souvent associés en cas de troubles du rythme pour prévenir le risque thromboembolique dans la fibrillation auriculaire.
Pour en savoir plus, consultez la fiche conseil:
Les spécialités contenant de la pseudoéphédrine (vasoconstricteur indiqué en cas de rhume) sont contre-indiquées en cas de pathologie cardiovasculaire (hypertension, trouble du rythme, angor…).
Attention aux molécules agissant sur la kaliémie (laxatifs, diurétiques). Éviter les compléments alimentaires riches en caféine
(maté, guarana).
Observance
Conserver toujours sur soi votre ordonnance avec son traitement.
Le traitement anti-arythmique ne doit pas être interrompu sans avis
médical.
Réaliser régulièrement vos ECG car tout les anti-arythmiques sont
potentiellement pro arythmiques (peuvent entrainer des troubles du rythme graves)
Faites contrôler régulièrement votre kaliémie (dosage du potassium dans le sang) surtout en cas de vomissements ou de diarrhées, de perte d’appétit, de
fortes chaleurs et de prise de laxatifs ou de diurétiques
Dans ces cas, une consultation médicale s’imposeSurveiller les signes suivants
En cas de malaise, d’essoufflement soudain, tachycardie, grande fatigue,
vertiges: besoin d’adapter votre traitement.
Surveiller l’apparition d’œdèmes périphériques; se peser une fois par semaine. Consulter si la prise de poids dépasse 2 ou 3 kilos
En cas de survenue d’effets indésirables de votre traitement: toux, dyspnée d’effort isolée ou associée à une altération de l’état général (fatigue, amaigrissement, fébricule) sous amiodarone => faire in contrôle radiologique des poumons (pneumopathie induite par l’amiodarone)