Morpions : symptômes, traitement et conseils au comptoir
Tout savoir sur les morpions (poux du pubis) : symptômes, traitements selon HAS 2024, mesures d'hygiène. Guide pharmacien fondé sur les dernières recommandations.

Les morpions — terme familier désignant Pthirus pubis, le pou du pubis — sont responsables d’une infection sexuellement transmissible (IST) bénigne mais très contagieuse, la pthirose pubienne. Si la plupart des patients la découvrent dans la gêne, elle n’a rien d’exceptionnel : sa prévalence mondiale est estimée entre 1,3 % et 4,6 % de la population. La bonne nouvelle ? Avec le traitement adapté, elle disparaît en quelques jours — à condition de connaître les recommandations actuelles, qui ont été entièrement actualisées par la HAS en novembre 2024.
⚠️ Point important : le Spray-pax®, longtemps prescrit pour cette indication, est retiré du marché depuis 2001. Les traitements de référence ont changé. Cet article fait le point sur les options actuellement disponibles en France.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Morpions : qui est vraiment Pthirus pubis ?
- 2. Morpions : comment se transmet l’infestation ?
- 3. Symptômes et diagnostic de la phtiriase pubienne
- 4. Morpions traitement : recommandations HAS 2024
- 5. Mesures d’hygiène et décontamination du linge
- 6. Cas particuliers : cils, grossesse, enfant
- 7. Morpions : quand consulter un médecin ?
1. Morpions : qui est vraiment Pthirus pubis ?
Pthirus pubis — l’orthographe avec « h » après le « t » est la seule forme correcte, fixée par la description de Linnaeus en 1758 et intangible selon les règles de nomenclature zoologique — appartient à l’ordre des Psocodea. C’est l’un des trois poux humains, avec Pediculus humanus capitis (pou de tête) et Pediculus humanus corporis (pou de corps), mais il s’en distingue morphologiquement de façon radicale.
Là où le pou de tête est allongé et rapide, Pthirus pubis est trapu, presque aussi large que long, avec de grosses pinces (griffes) adaptées à s’agripper aux poils de grand diamètre — ceux du pubis, de la région péri-anale, des aisselles, du thorax, de la barbe, des sourcils et des cils. Ce sont précisément ces poils épais, absents du cuir chevelu, qui constituent son habitat de prédilection. Sa mobilité est très réduite : il se déplace lentement et reste ancré au follicule pilaire la majeure partie du temps, se nourrissant de sang plusieurs fois par jour (hématophagie obligatoire).
Comparaison morphologique entre le pou de tête et le morpion (Pthirus pubis) — la forme trapue et les grosses griffes du morpion expliquent sa localisation préférentielle sur les poils pubiens.
ℹ️ L’épilation, un facteur de protection émergent ?
La HAS (novembre 2024) note que l’engouement croissant pour l’épilation pubienne, y compris chez les hommes, pourrait contribuer à la diminution de la diffusion de Pthirus pubis — en supprimant les supports sur lesquels il s’accroche. La prévalence semble effectivement en légère baisse dans certains pays où l’épilation intégrale est très répandue, bien que les données épidémiologiques restent incomplètes.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Un patient qui se présente pour des « démangeaisons au niveau du pubis » ne pense pas forcément à des poux — et le mot « morpion » peut lui sembler stigmatisant. Adoptez un ton neutre et factuel : « Il peut s’agir d’un parasite qui se traite très efficacement en quelques jours ». La banalisation sans minimisation facilite l’adhésion au traitement.
2. Morpions : comment se transmet l’infestation ?
La transmission de la phtiriase pubienne est avant tout sexuelle : le contact direct peau contre peau lors d’un rapport suffit à transférer les poux ou leurs œufs (lentes). C’est pourquoi la HAS classe la pthirose comme une IST mineure — bénigne en elle-même, mais marqueur d’une exposition sexuelle à risque qu’il faut prendre au sérieux.
La transmission indirecte (linge, literie, vêtements) est biologiquement possible mais peu probable : le pou adulte ne survit que 24 heures hors contact avec l’homme, et les lentes (œufs) au maximum 8 jours. La piscine, le sauna ou l’essayage de vêtements constituent des vecteurs théoriques mais anecdotiques dans la réalité clinique — contrairement au discours populaire qui les surévalue.
⚠️ Co-IST : ne pas passer à côté
La HAS (2024) recommande systématiquement de rechercher d’autres IST chez tout patient atteint de pthirose, car elles sont fréquemment associées — jusqu’à 30 % des cas. La présence de morpions doit donc déclencher au minimum une orientation vers un bilan IST complet (chlamydia, gonorrhée, syphilis, VIH, hépatite B). Ne traitez pas les morpions de façon isolée sans aborder ce point avec le patient.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Lors de la délivrance du traitement, systématisez la question : « Avez-vous informé votre partenaire ? Avez-vous passé un bilan IST récemment ? ». Ce n’est pas intrusif — c’est exactement ce qu’un pharmacien doit demander, au même titre qu’une question sur les allergies. La pthirose est un signal d’alerte que d’autres IST pourraient co-exister.
3. Symptômes et diagnostic de la phtiriase pubienne
Le tableau clinique de la phtiriase pubienne est dominé par un prurit intense dans la région pubienne, aggravé la nuit lorsque le parasite est plus actif. Ce prurit est la conséquence directe des piqûres répétées, qui libèrent une salive anticoagulante déclenchant une réaction inflammatoire locale.
À l’examen attentif (parfois à la loupe ou, mieux, au dermoscope, qui est recommandé par la HAS dans les formes peu symptomatiques), on retrouve :
| Signe clinique | Description | Signification |
|---|---|---|
| Prurit pubien | Démangeaisons intenses, souvent nocturnes | Réaction à la salive anticoagulante du pou |
| Taches bleuâtres (maculae caeruleae) | Petites macules ardoisées, diamètre 1–3 cm | Transformation de l’hémoglobine par la salive du pou |
| Poux visibles | Petite tache grise près de l’ostium folliculaire (orifice du poil) | Diagnostic de certitude |
| Lentes | Petite masse arrondie, à peine visible, collée aux poils | Diagnostic de certitude |
| « Signe du slip » | Poussière brune dans le fond du sous-vêtement | Déjections des morpions |
| Lésions de grattage | Excoriations, pouvant s’impétiginiser | Risque de surinfection bactérienne |
| Adénopathies inguinales | Ganglions de l’aine gonflés et sensibles | Réaction inflammatoire ; surinfection possible |
🔑 À retenir : le dermoscope, un outil clé
La HAS recommande l’examen dermoscopique dans les formes peu symptomatiques ou à faible charge parasitaire (pauci-symptomatiques). Quelques poux seulement peuvent provoquer un prurit intense — et à l’œil nu, ils sont difficiles à distinguer des croûtes ou des débris. Un pharmacien équipé d’un dermoscope peut confirmer un diagnostic douteux et éviter une consultation médicale inutile.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Le diagnostic est clinique — mais il n’est pas toujours évident. Si un patient décrit un prurit pubien isolé sans autre cause évidente, proposez-lui d’inspecter la zone avec lui (en privé, dans une salle de conseil) à la loupe. Voir le parasite ensemble dédramatise souvent la situation et renforce l’adhésion au traitement.
4. Morpions traitement : recommandations HAS novembre 2024
🚫 Spray-pax® : retiré du marché depuis 2001
Le Spray-pax® (pyréthrines naturelles + butoxyde de pipéronyle), longtemps traitement de référence, a été retiré du marché français en 2001. Il ne doit plus être conseillé ni prescrit. Des préparations magistrales à base des mêmes actifs existent dans certaines officines, mais elles ne sont pas standardisées. Les recommandations HAS 2024 s’appuient sur d’autres molécules.
La recommandation HAS de novembre 2024 (validée par le Collège le 14 novembre 2024, à la demande du Conseil National du Sida et de l’ANRS) est la première actualisation française depuis les recommandations de la Société Française de Dermatologie de 2016. Elle distingue les formes localisées des formes étendues, et positionne l’ivermectine orale en alternative crédible.
Formes localisées — 1ère ligne (Accord d’experts, HAS 2024)
| Traitement | Modalités d’application | Statut AMM | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|
| Perméthrine crème 5 % | Appliquer sur les zones atteintes, rincer après 10 min. Répéter à J7–J10. | ⚠️ Hors AMM pour cette indication | AE |
| Diméticone lotion | 1 application sur les zones atteintes, 10–15 min (selon la notice du produit). Répéter à J7–J10. | ✅ Dans AMM (poux en général) | AE |
Formes étendues ou échec de la 1ère ligne — 2e ligne
| Traitement | Posologie | Remarques | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|
| Ivermectine orale | 200 µg/kg en une prise, à répéter à J7–J10 | Hors AMM. Après le repas. À éviter chez la femme enceinte (voir § cas particuliers). | AE |
| Changement de classe thérapeutique topique | Si perméthrine en 1ère ligne → passer à diméticone, et vice versa | En cas d’échec ou résistance suspectée | AE |
🔑 Mécanisme d’action des deux traitements topiques
Perméthrine 5 % (pyréthrinoïde de synthèse) : agit sur les canaux sodiques voltage-dépendants du système nerveux du parasite. Elle bloque leur fermeture, provoquant une dépolarisation membranaire prolongée, une hyperstimulation neurologique et la paralysie puis la mort du pou.
Diméticone (huile de silicone) : mécanisme purement physique — aucun risque de résistance. La diméticone pénètre dans les voies respiratoires (spiracles) du pou et perturbe sa capacité à gérer l’eau interne, entraînant une déshydratation létale. C’est un avantage important dans un contexte où des résistances aux pyréthrinoïdes ont été décrites chez Pediculus capitis.
👨⚕️ Conseil au comptoir — traitement morpions
Insistez sur trois points essentiels : (1) traiter le partenaire simultanément — sans cela, la ré-infestation est inévitable ; (2) respecter le renouvellement à J7–J10, car les lentes ne sont pas toujours tuées à la première application ; (3) ne pas rincer prématurément — les 10 à 15 minutes de contact sont indispensables à l’efficacité. La majeure partie des « échecs » de traitement est liée à une mauvaise observance, pas à une résistance.
5. Mesures d’hygiène et décontamination du linge
Le traitement médicamenteux seul est insuffisant si les mesures d’hygiène ne l’accompagnent pas. La HAS les considère comme systématiquement associées à tout traitement pharmacologique. Elles reposent sur la biologie du parasite : le pou adulte meurt en 24 heures hors contact avec l’hôte, et les lentes en 8 jours maximum.
| Mesure | Modalité | Justification biologique |
|---|---|---|
| Lavage du linge en contact avec la zone infestée | 60 °C minimum (sous-vêtements, draps, serviettes) | Température létale pour les poux et les lentes |
| Linge ne pouvant pas être lavé à 60 °C | Spray textile antiparasitaire ou mise en sac hermétique pendant 72 h | Privation d’hôte — mort en 24 à 48 h (poux adulte) |
| Ne pas partager le linge | Draps, sous-vêtements, linge de toilette | Éviter la transmission indirecte entre cohabitants |
| Ne pas se gratter | Couper les ongles courts si nécessaire | Risque d’impétigo (surinfection) et d’introduction d’excréments dans les plaies |
| Informer et traiter le(s) partenaire(s) | Simultanément, même en absence de symptômes | Prévenir la ré-infestation (IST par définition) |
👨⚕️ Conseil au comptoir
Proposez systématiquement le spray textile antiparasitaire pour les vêtements qui ne supportent pas les 60 °C : manteaux, coussins de canapé, siège de voiture si la zone infestée était en contact. Ce point est souvent oublié, alors qu’il peut expliquer des « rechutes » qui sont en réalité des ré-infestations à partir de textiles non traités.
6. Cas particuliers de morpions : cils, grossesse, enfant
Localisation ciliaire (phthiriasis palpebrarum)
La présence de poux sur les cils (phthiriasis palpebrarum) mérite une mention particulière. Elle se manifeste par une blépharite (inflammation des paupières) et parfois une conjonctivite. Chez l’adulte, elle est toujours à considérer comme une IST. Chez l’enfant, sa découverte impose un signalement de maltraitance sexuelle potentielle — ce point est explicitement rappelé dans les recommandations 2024.
⚠️ Traitement des cils : ne pas utiliser les produits topiques standards
Les topiques antiparasitaires habituels (perméthrine, diméticone) sont contre-indiqués au niveau oculaire. Le traitement recommandé est l’ivermectine orale (200 µg/kg en deux prises à J1 et J7–J10), prescrite par un médecin. Une consultation ophtalmologique est indispensable. Certains protocoles hospitaliers incluent également une application très prudente de vaseline ophtalmique sur les cils (pour asphyxier mécaniquement les poux) — mais ce geste est réservé au spécialiste.
Grossesse et allaitement
Chez la femme enceinte, la diméticone (mécanisme purement physique, non systémique) est la première option à privilégier. La perméthrine crème 5 % peut être utilisée avec précaution (données animales rassurantes, exposition systémique très faible). L’ivermectine orale est à éviter pendant la grossesse faute de données suffisantes de sécurité chez la femme enceinte — une consultation médicale est recommandée pour décider de la meilleure option.
Pendant l’allaitement, l’ivermectine orale est également déconseillée (passage dans le lait maternel documenté). La diméticone et la perméthrine topique restent les options préférentielles, avec l’avis du médecin.
👨⚕️ Conseil au comptoir — grossesse
Face à une femme enceinte présentant des morpions, votre réflexe de comptoir : diméticone en 1ère intention, sans ordonnance, avec renouvellement à J7–J10. Si elle consulte un médecin, celui-ci pourra évaluer la perméthrine crème selon le terme. L’ivermectine orale, elle, attend l’après-grossesse — sauf urgence médicalement justifiée.
7. Morpions : quand orienter vers un médecin ?
La pthirose est une affection bénigne dont le traitement de 1ère ligne est accessible sans ordonnance à l’officine. Cependant, certaines situations nécessitent un avis médical :
| Situation | Raison |
|---|---|
| Tout cas de pthirose confirmé | Recommander un bilan IST complet (co-IST dans jusqu’à 30 % des cas) |
| Lésions cutanées surinfectées (impétigo, adénopathies importantes) | Nécessite un traitement antibiotique adapté |
| Localisation ciliaire | Ivermectine orale + consultation ophtalmologique |
| Grossesse ou allaitement | Adapter le traitement ; éviter l’ivermectine orale |
| Échec après deux traitements bien conduits | Changer de classe (perméthrine ↔ diméticone) ou recours à l’ivermectine orale (prescription) |
| Infestation ciliaire chez un enfant | Signalement de maltraitance sexuelle à évaluer (obligation légale) |
🗂️ Tableau récapitulatif — Phtiriase pubienne (morpions)
| Aspect | Points clés |
|---|---|
| Agent | Pthirus pubis (forme trapue, grosses pinces, poils à grand diamètre) |
| Transmission | Contact sexuel (surtout) ; indirecte possible mais rare (pou adulte : survie 24 h hors hôte) |
| Prévalence | 1,3 – 4,6 % mondiale (HAS 2024) |
| Symptômes clés | Prurit intense, taches bleuâtres, lentes visibles, « signe du slip » |
| Traitement 1ère ligne | Perméthrine crème 5 % ou diméticone lotion — à répéter à J7–J10 |
| Traitement 2e ligne | Ivermectine orale 200 µg/kg, 2 prises à J1 et J7–J10 (sur ordonnance, hors AMM) |
| Spray-pax® | Retiré du marché depuis 2001 — à ne plus conseiller |
| Co-IST | Jusqu’à 30 % — bilan IST systématique recommandé |
| Linge | Lavage à 60 °C ou spray textile antiparasitaire |
| Consultation médicale | Cils, grossesse, surinfection, échec de traitement, bilan IST |
🔑 En résumé — morpions traitement et conseils
Les morpions (Pthirus pubis) sont une IST bénigne mais contagieuse, traitée efficacement à l’officine. Depuis les recommandations HAS de novembre 2024, le traitement de 1ère ligne repose sur la perméthrine crème 5 % ou la diméticone lotion, à renouveler systématiquement à J7–J10. L’ivermectine orale est réservée aux formes étendues ou aux localisations ciliaires. Le Spray-pax® est retiré du marché depuis 2001 et ne doit plus être conseillé. Le traitement du partenaire est obligatoire ; un bilan IST est recommandé dans tous les cas, compte tenu de la fréquence des co-infections (jusqu’à 30 %).
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Sources : HAS. Prise en charge du patient atteint de pthirose. Recommandations de bonne pratique, validées le 14 novembre 2024. Demandeur : Conseil National du Sida et des hépatites virales (CNS) et ANRS | Maladies infectieuses émergentes. — Salavastru CM et al. European guideline for the management of pediculosis pubis. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2017;31:1425-28. — Workowski KA et al. STI Treatment Guidelines Update. CDC, 2021. — Ameli.fr. Poux : comment s’en débarrasser ? [consulté juin 2025].
Avertissement : Cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de doute diagnostique, de surinfection, de grossesse, ou de localisation ciliaire, une consultation médicale est indispensable. La pthirose est une IST : un bilan d’autres infections sexuellement transmissibles est recommandé dans tous les cas.



