Cataracte : prévention, causes et traitement chirurgical
Comprendre l'opacification du cristallin, ses causes et comment la prévenir. Guide fondé sur les recommandations HAS et les données PMSI 2024.

La cataracte prévention est un enjeu majeur de santé publique : avec plus d’un million d’interventions chirurgicales réalisées en France en 2024 — premier acte opératoire du pays —, cette opacification progressive du cristallin (la lentille transparente située derrière la pupille) touche 40 % des personnes de 65 à 74 ans et près de 60 à 70 % des plus de 75 ans. Irréversible une fois installée, elle conduit, sans traitement, à une cécité quasi complète.
Si la chirurgie reste le seul traitement curatif, comprendre les mécanismes moléculaires de l’opacification permet d’identifier des leviers préventifs concrets — protection solaire, micronutrition antioxydante, surveillance médicamenteuse — directement applicables au comptoir. Recommandations HAS et données épidémiologiques 2024 à l’appui.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Anatomie de l’œil : le cristallin, une lentille vivante sans vaisseaux
- 2. Mécanismes moléculaires de l’opacification : stress oxydatif, glycation et AGE
- 3. Causes et facteurs de risque de la cataracte
- 4. Médicaments cataractogènes : vigilance au comptoir
- 5. Cataracte prévention : stratégies nutritionnelles et comportementales
- 6. Traitement chirurgical : la phacoémulsification et le suivi post-opératoire
- 7. Quand consulter en urgence ?
1. Anatomie de l’œil : le cristallin, une lentille vivante sans vaisseaux
Pour comprendre pourquoi la cataracte se forme, il faut d’abord saisir une particularité anatomique fondamentale du cristallin : il est totalement avasculaire, c’est-à-dire dépourvu de vaisseaux sanguins. Ses 35 % de protéines — principalement des α-crystallines, β-crystallines et γ-crystallines — et ses cellules fibreuses ne reçoivent nutriments et oxygène que par diffusion depuis l’humeur aqueuse (le liquide transparent qui baigne la chambre antérieure de l’œil). Cette absence de vascularisation explique à la fois la transparence parfaite du cristallin sain… et sa vulnérabilité au stress oxydatif chronique.
Schéma anatomique de l’œil : le cristallin avasculaire est la cible principale de la cataracte. L’opacification (en bleu grisé) bloque la transmission de la lumière vers la rétine.
Le cristallin comporte deux compartiments fonctionnels : le cortex (couche externe, cellules jeunes) et le noyau (centre, cellules très anciennes ne se renouvelant plus). Selon sa localisation, on distingue la cataracte nucléaire (la plus fréquente, liée à l’âge), la cataracte sous-capsulaire postérieure (SCP, souvent d’origine médicamenteuse) et la cataracte corticale.
ℹ️ Symptômes à reconnaître au comptoir
Le patient se plaint de voir « comme à travers un verre dépoli ou une chute d’eau » — d’où l’étymologie grecque katarrhaktês (cascade). Autres signes évocateurs : éblouissement aux phares la nuit, vision double monoculaire, baisse de la perception des contrastes et des couleurs, changement fréquent de la correction optique.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Tout patient de plus de 60 ans qui change de lunettes pour la troisième fois en deux ans mérite une orientation vers l’ophtalmologiste : le changement progressif d’indice de réfraction du cristallin (dit « myopie de l’index ») est souvent le premier signe d’une cataracte nucléaire débutante, avant même la gêne visuelle fonctionnelle.
2. Mécanismes moléculaires de l’opacification : stress oxydatif, glycation et AGE
Comprendre pourquoi le cristallin s’opacifie, c’est comprendre pourquoi il ne peut plus se défendre. Trois mécanismes intriqués sont aujourd’hui bien établis :
2.1 L’épuisement du glutathion réduit (GSH)
Le cristallin sain maintient des concentrations intracellulaires de glutathion réduit (GSH) exceptionnellement élevées — ce tripeptide (glycine-cystéine-glutamate) constitue le premier rempart antioxydant contre les espèces réactives de l’oxygène (ROS). Les groupes sulfhydryle (-SH) des protéines cristalliniennes sont protégés par le GSH contre l’oxydation et la réticulation croisée.
Avec l’âge et sous l’effet des UV, le ratio GSH/GSSG (forme oxydée) s’effondre : les protéines s’oxydent, se réticulen et perdent leur solubilité, formant des agrégats opaques. Comme le résument Truscott et al. (Eye, 2009), c’est la délétion du GSH cristallinien qui constitue l’événement précoce central de la cataracte sénile. La vitamine B2 (riboflavine), cofacteur de la glutathion réductase (l’enzyme qui recycle le GSSG en GSH actif), joue donc un rôle indirect mais essentiel dans ce système de défense.
2.2 Le stress photo-oxydatif induit par les UV
Les rayonnements UVB (280–315 nm) pénètrent jusqu’au cristallin et induisent la formation de radicaux libres par photooxydation. Le cristallin dispose de molécules filtrantes naturelles — 3-hydroxykynurénine et ses glucosides — synthétisées par l’épithélium cristallinien. Mais ce capital se dépense avec les années, sans renouvellement possible dans les cellules fibreuses du noyau. Les systèmes antioxydants enzymatiques endogènes — superoxyde dismutase (SOD), dépendante du zinc, et glutathion peroxydase, dépendante du sélénium — se retrouvent progressivement dépassés.
2.3 La glycation des protéines et les AGE
Chez les patients diabétiques (mais aussi, à moindre degré, dans la cataracte sénile), la fixation non enzymatique de sucres sur les protéines cristalliniennes génère des produits de glycation avancée (AGE — Advanced Glycation End-products). Ces AGE accélèrent la dénaturation des α-crystallines et la formation de pontages protéiques responsables de l’opacification. C’est précisément ce mécanisme qui explique la cataracte précoce et rapidement progressive du diabète mal équilibré.
🔑 À retenir
Trois ennemis du cristallin : les UV (épuisent les antioxydants), le glucose (glycation des protéines cristalliniennes), et le temps (accumulation irréversible des dommages dans un tissu non vascularisé qui ne se régénère pas). Agir tôt sur les deux premiers, c’est retarder le troisième.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Aux patients diabétiques sous metformine : un diabète HbA1c > 8 % multiplie par 2 à 5 le risque de cataracte précoce via la glycation. Chaque point d’HbA1c en moins est un gain pour leurs yeux — argument motivationnel direct à valoriser à l’occasion du renouvellement de leur ordonnance.
3. Causes et facteurs de risque de la cataracte
3.1 Cataractes congénitales
Présentes dès la naissance, elles résultent de causes héréditaires (autosomique dominante dans 30 % des cas), génétiques (trisomie 21, maladie de Wilson, neurofibromatose de type II) ou embryopathiques : toute agression du cristallin en développement — rubéole maternelle pendant le premier trimestre, toxoplasmose, exposition aux radiations ionisantes — peut induire une opacification congénitale. Leur dépistage systématique à la naissance est obligatoire en France.
3.2 Cataractes acquises non séniles
Elles peuvent survenir à tout âge, souvent avec une évolution plus rapide que la forme sénile. Leurs causes : traumatismes oculaires (plaies, contusions, brûlures chimiques), maladies métaboliques (diabète, hypocalcémie prolongée, homocystinurie), pathologies oculaires associées (uvéites chroniques, myopie forte, rétinite pigmentaire).
3.3 Cataracte sénile : épidémiologie 2024
C’est de loin la forme la plus fréquente. Le nombre de chirurgies de cataractes en France en 2024 s’élève à 1 108 448, soit une progression d’environ 3 % par rapport à 2023, avec un âge moyen opératoire de 73,4 ans. La prévalence croît fortement avec l’âge : environ 50 % après 60 ans, et plus de 80 % après 75 ans. Les facteurs de risque environnementaux bien établis incluent l’exposition cumulée aux UV solaires (gradient épidémiologique méditerranéen documenté), le tabagisme (doublement du risque par stress oxydatif systémique), l’obésité et le diabète.
| Facteur de risque | Mécanisme | Amplitude du risque | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|
| Âge (> 65 ans) | Épuisement cumulatif du GSH, accumulation des AGE | Facteur principal | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Exposition UV chronique | Photo-oxydation des crystallines | RR × 2–3 | ⭐⭐⭐⭐ |
| Diabète mal équilibré | Glycation des protéines (AGE) | RR × 2–5 | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Tabagisme | Stress oxydatif systémique, déplétion en GSH | RR × 2 | ⭐⭐⭐⭐ |
| Corticoïdes systémiques au long cours | Cataracte SCP dose-dépendante | Dès 10 mg/j × 12 mois | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Myopie forte (> –6 D) | Modifications structurelles du cristallin | RR × 2–3 | ⭐⭐⭐ |
| Alimentation pauvre en antioxydants | Déficit en lutéine, vitamines C et E | Données épidémiologiques | ⭐⭐⭐ |
Légende niveaux de preuve — ⭐⭐⭐⭐⭐ : méta-analyses et ECR de grande taille ; ⭐⭐⭐⭐ : cohortes concordantes ; ⭐⭐⭐ : études observationnelles robustes.
⚠️ Complications évolutives à ne pas méconnaître
Rares mais graves : un cristallin très tuméfié (cataracte hypermûre) peut bloquer l’angle irido-cornéen et déclencher un glaucome aigu par fermeture de l’angle (douleur oculaire intense, rougeur, mydriase, nausées). C’est une urgence ophtalmologique qui doit être orientée immédiatement vers les urgences. Des débris protéiques libérés lors de la liquéfaction du cristallin peuvent également provoquer une uvéite phacoanaphylactique.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Face à un patient fumeur de 55 ans venu pour un renouvellement : mentionner que le tabagisme double le risque de cataracte précoce — souvent plus percutant que les arguments cardiovasculaires déjà bien connus. La cataracte est une conséquence visible et concrète, qui touche l’autonomie (permis de conduire, lecture).
4. Médicaments cataractogènes : vigilance au comptoir
La cataracte d’origine médicamenteuse est une réalité sous-estimée. Elle est le plus souvent de type sous-capsulaire postérieure (SCP) — localisée à la face postérieure du cristallin — irréversible et indépendante du sevrage. Le pharmacien, point de contact privilégié pour les patients sous traitements chroniques, a un rôle clé d’alerte précoce.
⚠️ Principales molécules cataractogènes — surveillance active
Corticoïdes (toutes voies) : la molécule la plus fréquemment en cause. La formation d’une cataracte SCP est irréversible et dose-dépendante ; le délai habituel d’apparition est de 12 mois avec une dose de 10 mg/jour de prednisolone, mais des cas ont été observés dès 5 mg/jour pendant 2 mois. Toutes les voies sont concernées : orale, intraveineuse, inhalée, nasale, cutanée (crèmes au visage) et intraoculaire.
Allopurinol : la prise prolongée à fortes doses est associée à un risque de cataracte chez des patients relativement jeunes, via une potentialisation du vieillissement cristallinien sous effet UV.
Chlorpromazine (neuroleptique phénothiazinique) : dépôts pigmentaires cristalliniens aux traitements prolongés.
Autres signalements (données limitées) : tamoxifène, certains cytotoxiques (busulfan), inhibiteurs de MEK (thérapies ciblées en oncologie), isotrétinoïne, clomifène, diazépam en prise continue pluriannuelle.
🚫 Alpha-bloquants et chirurgie de la cataracte : SIHP
Les alpha-bloquants utilisés dans l’hypertrophie bénigne de la prostate (tamsulosine, silodosine) peuvent induire un syndrome de l’iris hypotonique peropératoire (SIHP) lors de la chirurgie de la cataracte : l’iris devient flasque et se prolapse, majorant le risque de complications. Il pourrait être bénéfique d’arrêter le traitement par tamsulosine 1 à 2 semaines avant l’opération de la cataracte, bien que des études complémentaires soient nécessaires sur le moment optimal d’arrêt. Informer systématiquement l’ophtalmologiste de tout traitement par alpha-bloquant, même ancien, même arrêté.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Pour tout patient sous corticoïdes au long cours (≥ 5 mg/j de prednisolone équivalent depuis plus de 6 mois, quelle que soit la voie) : systématiser la question « avez-vous fait contrôler vos yeux récemment ? » et recommander un bilan ophtalmologique annuel incluant lampe à fente. Ne jamais suggérer l’arrêt spontané du traitement — la balance bénéfice/risque appartient au médecin — mais tracer l’alerte dans le dossier pharmaceutique.
5. Cataracte prévention : stratégies nutritionnelles et comportementales
Si la cataracte sénile est inéluctable à très long terme, les données épidémiologiques convergent pour identifier des facteurs qui en retardent l’apparition et la progression. La cataracte prévention repose sur deux piliers : la protection contre les UV et l’apport en micronutriments antioxydants ciblés.
5.1 Protection solaire : la prévention la plus directe
Les rayons UVB (200–315 nm) traversent la cornée et atteignent le cristallin. Les lunettes de soleil ne se valent pas toutes : seules les catégories 3 et 4 (marquage CE obligatoire) offrent une protection suffisante. Les verres doivent couvrir un spectre UV jusqu’à 400 nm (label « UV 400 »). L’impact est documenté : le gradient épidémiologique de la chirurgie de cataracte en France — plus élevé dans le Gard, le Var et la Charente-Maritime que dans les départements nordiques — reflète directement l’ensoleillement cumulatif.
ℹ️ Quels verres recommander ?
Pour les patients à risque (profession en extérieur, zones ensoleillées, antécédents familiaux) : verres de catégorie 3 avec protection latérale (montures enveloppantes), et verres ophtalmiques traités UV même pour les lunettes correctrices portées au quotidien. La protection doit être instaurée dès l’enfance — les UV s’accumulent à vie, sans récupération possible par un cristallin non vascularisé.
5.2 Micronutrition antioxydante : les données probantes
Le cristallin est un tissu exceptionnellement riche en antioxydants : vitamine C (concentrations intralenticulaires 30 à 50 fois supérieures au plasma), vitamine E, glutathion, caroténoïdes (lutéine, zéaxanthine). Leur déplétion progressive avec l’âge est un facteur clé de l’opacification. Les données disponibles sont résumées ci-dessous :
| Nutriment | Mécanisme d’action | Données disponibles | Source principale | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|
| Lutéine + Zéaxanthine | Filtrage UV, piégeurs de ROS dans l’épithélium cristallinien | Alimentation riche : ↓ risque cataracte de 19 % (cohorte médecins, 36 000 sujets). Suppléments : effet sur DMLA démontré (AREDS2), mais pas de bénéfice sur cataracte en ECR. | AREDS2, 2013 ; Brown L et al., Ophthalmology, 1999 | ⭐⭐⭐ (alimentaire) / ⭐⭐ (supplément) |
| Vitamine C | Antioxydant aqueux, régénère la vit. E, concentrations élevées dans l’humeur aqueuse | Apport alimentaire élevé associé à ↓ risque ; suppléments : données inconsistantes | Hankinson SE et al., Ophthalmology, 1992 | ⭐⭐⭐ |
| Vitamine E | Antioxydant lipidique, protège les membranes des cellules fibreuses | Données épidémiologiques modérées ; ECR négatifs pour suppléments isolés | AREDS, 2001 | ⭐⭐ |
| Vitamine B2 (riboflavine) | Cofacteur de la glutathion réductase (recyclage GSH actif) | Carence documentée comme facteur de risque ; intérêt de la supplémentation combinée | Leske MC et al., Arch Ophthalmol, 1991 | ⭐⭐⭐ |
| Sélénium | Cofacteur de la glutathion peroxydase (GPx) | Données essentiellement précliniques ; carence associée à une cataracte chez l’animal | Données SFO 2023 | ⭐⭐ |
| Zinc | Cofacteur de la SOD (superoxyde dismutase) | Carence = déficit antioxydant enzymatique ; intérêt en association avec antioxydants | AREDS, 2001 | ⭐⭐⭐ |
Sources alimentaires prioritaires : épinards, chou kale (lutéine/zéaxanthine), agrumes (vitamine C), germe de blé (vitamine E et B2), noix du Brésil (sélénium), huîtres (zinc). Un bouquet d’épinards crus apporte environ 12 mg de lutéine — la dose épidémiologiquement protectrice.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Cataracte prévention
Un patient qui demande « un complément pour les yeux » : orienter d’abord vers l’alimentation (vert foncé quotidien : épinards, brocoli, kale) plutôt que vers la supplémentation systématique — c’est l’approche avec le meilleur niveau de preuve pour la cataracte. Pour les patients qui ne consomment pas régulièrement ces légumes, une formule combinant lutéine (10 mg), zéaxanthine (2 mg), vitamines C et E, zinc et sélénium constitue un compromis raisonnable — en précisant qu’elle agit en prévention, pas en traitement. Intérêt particulier chez les patients diabétiques, sous corticoïdes ou vivant dans des régions très ensoleillées.
6. Traitement chirurgical : la phacoémulsification et le suivi post-opératoire
Il n’existe pas de traitement médical curatif de la cataracte. La seule option thérapeutique efficace reste l’extraction chirurgicale du cristallin opacifié, suivie de la mise en place d’un implant intraoculaire (IOL — Intraocular Lens). En 2023, 94,5 % des actes de chirurgie de la cataracte en France étaient réalisés en ambulatoire, et 75 % en établissement privé.
6.1 La phacoémulsification : technique de référence
La technique standard est la phacoémulsification : sous anesthésie locale (collyre anesthésique ou injection péribulbaire), le chirurgien réalise une micro-incision de 2 à 3 mm, fragmente le cristallin par ultrasons et l’aspire. L’implant intraoculaire est ensuite inséré plié et se déploie dans le sac capsulaire. L’intervention dure 15 à 30 minutes. Les implants modernes peuvent être monofocaux (correction d’une seule distance), bifocaux ou toriques (correction de l’astigmatisme).
6.2 Traitement post-opératoire : le rôle central du pharmacien
Le suivi post-opératoire repose sur 3 à 4 semaines de traitement local, prescrit par l’ophtalmologiste, qui conditionne directement la qualité du résultat chirurgical :
| Type de collyre | Objectif | Durée habituelle | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Antibiotique (fluoroquinolone ou aminoglycoside) | Prévention de l’endophtalmie | 7 à 15 jours | Ne pas interrompre avant la fin, même si l’œil « va bien » |
| Anti-inflammatoire (AINS ou corticoïde) | Contrôle de l’inflammation post-opératoire | 4 semaines (décroissance) | Respecter la décroissance progressive — arrêt brutal = risque d’œdème maculaire |
| Mydriatique (tropicamide ou atropine) | Maintien de la dilatation, confort | Variable (1 à 2 semaines) | Prévenir les troubles visuels transitoires (vision floue) |
ℹ️ Technique de pose des collyres : les rappels essentiels
Se laver les mains avant chaque instillation. Ne pas toucher l’œil avec l’embout du flacon. En cas de plusieurs collyres différents : respecter un intervalle de 5 minutes minimum entre chaque instillation pour éviter l’élimination du premier par larmoiement. Appliquer une légère pression sur le coin interne de l’œil (point lacrymal) pendant 1 minute pour réduire le passage systémique. La coque de protection nocturne doit être portée les 2 premières semaines. Consulter la fiche technique détaillée : Guide collyres et pommades ophtalmiques.
⚠️ Précautions post-opératoires impératives
Ne pas frotter l’œil opéré. Éviter toute projection d’eau, de savon ou de shampoing (douche en inclinant la tête en arrière pendant 2 semaines). Proscrire les efforts physiques intenses et les sports de contact les 4 premières semaines. Éviter les piscines et les bains pendant 1 mois. Ne pas conduire jusqu’à l’accord explicite de l’ophtalmologiste.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Au moment de la délivrance des collyres post-opératoires : préparer avec le patient un planning d’instillation écrit, en tenant compte des horaires de travail et du sommeil. La non-observance des collyres anti-inflammatoires est la première cause d’œdème maculaire cystoïde post-opératoire — une complication qui peut compromettre définitivement le résultat visuel. C’est le conseil qui fait la différence entre une chirurgie réussie et une déception pour le patient.
7. Quand consulter en urgence ?
🚫 Signes d’alerte nécessitant une consultation en urgence
Après chirurgie : rougeur oculaire intense, douleur croissante, baisse brutale de la vision, sécrétions purulentes, photophobie soudaine → suspicion d’endophtalmie (infection intraoculaire grave, incidence < 0,1 % mais urgence absolue dans les 24 h).
Sans chirurgie récente : douleur oculaire intense avec rougeur, vision colorée en « arc-en-ciel » autour des lumières, nausées associées → suspicion de glaucome aigu par fermeture de l’angle sur cataracte hypermûre — urgence ophtalmologique.
En consultation programmée : toute baisse d’acuité visuelle progressive depuis plus de 6 mois chez un patient de plus de 55 ans mérite un bilan ophtalmologique complet incluant examen à la lampe à fente. Site du Syndicat National des Ophtalmologistes (SNOF) pour trouver un ophtalmologiste.
📊 Tableau récapitulatif — Cataracte : du risque à la prise en charge
| Domaine | Éléments clés | Action au comptoir |
|---|---|---|
| Épidémiologie | > 1 million de chirurgies/an en France (2024) ; 1ère cause de cécité réversible dans le monde | Sensibiliser les +60 ans à la consultation ophtalmologique précoce |
| Mécanisme principal | Épuisement du glutathion (GSH), photo-oxydation UV, glycation des crystallines (AGE) | Expliquer le lien diabète-cataracte pour motiver l’équilibre glycémique |
| Prévention UV | Verres CE catégorie 3, label UV400, protection latérale — dès l’enfance | Orienter vers les opticiens partenaires pour le bon équipement |
| Nutrition préventive | Lutéine/zéaxanthine alimentaires (épinards, kale), vit. C, B2, zinc, sélénium | Privilégier l’alimentation ; supplément combiné pour les non-consommateurs de légumes verts |
| Iatrogénie | Corticoïdes (toutes voies), allopurinol, chlorpromazine ; SIHP avec alpha-bloquants | Tracer dans le dossier pharmaceutique ; alerter sur SIHP avant chirurgie |
| Traitement | Phacoémulsification + implant IOL ; ambulatoire 94,5 % des cas | Rassurer : intervention sûre, routine ; préparer le planning d’instillation des collyres |
| Post-opératoire | Antibiotique + anti-inflammatoire + mydriatique × 3–4 semaines | Insister sur l’observance des anti-inflammatoires (risque d’œdème maculaire) |
🔑 En résumé — Cataracte prévention et prise en charge
La cataracte prévention repose sur des gestes concrets : protection UV dès le plus jeune âge (verres CE3/UV400), alimentation antioxydante riche en lutéine, vitamine C et B2, contrôle glycémique strict chez le diabétique, et sevrage tabagique.
La vigilance médicamenteuse est un rôle spécifique du pharmacien : les corticoïdes au long cours par toutes voies sont cataractogènes dès 10 mg/j de prednisolone équivalent — sans qu’il faille pour autant les arrêter sans avis médical. Pour les patients sous alpha-bloquants prostatiques, l’information sur le SIHP peropératoire doit être systématique avant toute chirurgie oculaire.
Quand la cataracte est constituée, la chirurgie par phacoémulsification est une intervention sûre et très efficace — plus d’un million réalisées en France en 2024. Le pharmacien joue un rôle décisif dans le suivi post-opératoire : l’observance des collyres anti-inflammatoires conditionne directement la qualité du résultat visuel.
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Sources principales : Données PMSI 2024 — Réalités Ophtalmologiques, juillet 2025. HAS — Feuille de route chirurgie de la cataracte, 2018. SFO — Rapport annuel, 2023. Truscott RJ, Eye, 2009. AREDS Research Group, Arch Ophthalmol, 2001. AREDS2 Research Group, JAMA Ophthalmol, 2013. CBIP — Folia Pharmacotherapeutica, avril 2022 (alpha-bloquants et SIHP). Brown L et al., Ophthalmology, 1999. Chitchumroonchokchai C et al., J. Nutr., 2004.
Avertissement : Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne remplace pas un examen ophtalmologique ni un avis médical personnalisé. En cas de baisse visuelle ou de symptôme oculaire, consultez un ophtalmologiste.
Rédigé par Dr Anne-Sophie Delepoulle, Pharmacien — Cambrai. Dernière mise à jour : juin 2025.



