Les complications du diabète

Le diabète est une maladie silencieuse : l’hyperglycémie chronique abîme progressivement les vaisseaux et les nerfs de l’organisme, souvent sans douleur ni symptôme pendant des années. Connaître ces complications — aiguës et chroniques — est la première étape pour mieux les prévenir et agir à temps.
Plus de 4,3 millions de personnes vivent avec un diabète en France (dont 90 % de type 2). Parmi les diabétiques de type 2 : 80 % sont en surpoids ou obèses, 3/4 sont hypertendus, 13 % sont fumeurs et seulement 64 % reçoivent une statine malgré un risque cardiovasculaire élevé (données Entred3).
1. Les complications chroniques
Un taux élevé de sucre dans le sang pendant plusieurs années entraîne une atteinte progressive des vaisseaux et des nerfs de l’organisme. On distingue classiquement les atteintes des petits vaisseaux (microangiopathie) de celles des gros vaisseaux (macroangiopathie).
a. Microangiopathie
L’hyperglycémie chronique altère la paroi des petits vaisseaux (capillaires, artérioles). Cette microangiopathie est à l’origine de la rétinopathie, de la néphropathie et d’une partie de la neuropathie diabétique. Son intensité est directement corrélée au niveau et à la durée du déséquilibre glycémique.
b. Complications cardiovasculaires (macroangiopathie)
La maladie cardiovasculaire est la première cause de mortalité chez le diabétique de type 2. L’atteinte coronaire est plus étendue, plus sévère et plus diffuse que dans la population générale :
- 6 à 35 % des patients présentent une ischémie myocardique silencieuse (sans douleur thoracique)
- 50 % des infarctus du myocarde sont silencieux chez le diabétique
- Le risque d’insuffisance cardiaque est multiplié par 2 à 4
- Les femmes diabétiques de type 2 sont particulièrement exposées au risque d’AVC
Classification du risque cardiovasculaire chez le patient diabétique (ESC/SFD)
| Niveau de risque | Critères |
|---|---|
| 🔴 Très haut risque | Maladie cardiovasculaire avérée ou lésion d’un organe cible* ou ≥ 3 facteurs de risque majeurs** ou DT1 précoce de durée > 20 ans |
| 🟠 Haut risque | Diabète depuis ≥ 10 ans sans lésion d’organe cible, avec au moins 1 facteur de risque majeur** |
| 🟡 Risque modéré | Jeunes patients (DT1 < 35 ans ; DT2 < 50 ans), durée du diabète < 10 ans, sans autre facteur de risque |
* Protéinurie, insuffisance rénale (eGFR ≥ 30 mL/min/1,73 m²), hypertrophie ventriculaire gauche, rétinopathie. ** Âge, HTA, dyslipidémie, tabagisme, obésité.
| Risque CV | Cible LDL-c | Réduction minimale |
|---|---|---|
| Modéré | < 2,6 mmol/L (100 mg/dL) | — |
| Élevé | < 1,8 mmol/L (70 mg/dL) | ≥ 50 % |
| Très élevé | < 1,4 mmol/L (55 mg/dL) | ≥ 50 % |
c. Rétinopathie diabétique
L’atteinte des petits vaisseaux de la rétine est la complication microvasculaire la plus fréquente du diabète. Elle évolue silencieusement des stades non proliférants jusqu’à la rétinopathie proliférante, avec risque de cécité. Le diabète reste la première cause de cécité chez l’adulte en âge de travailler en France.
Fond d’œil à la découverte du diabète, puis tous les ans (tous les 2 ans si diabète bien équilibré et fond d’œil normal). La télémédecine de dépistage de la rétinopathie se développe depuis 2022 pour améliorer l’accès.
d. Néphropathie diabétique
Le rein est atteint à la fois par la microangiopathie et par les effets néfastes de l’hypertension artérielle souvent associée. L’évolution se fait par stades :
- Microalbuminurie (stade précoce, réversible sous traitement) : albuminurie 30–300 mg/24h
- Protéinurie franche puis baisse progressive du DFG
- Insuffisance rénale chronique terminale : le diabète est la 1ère cause d’entrée en dialyse en France
Rapport albuminurie/créatininurie sur échantillon urinaire + créatininémie avec calcul du DFG (formule CKD-EPI). Les iSGLT2 (dapagliflozine, empagliflozine) ont démontré un bénéfice néphroprotecteur indépendant du contrôle glycémique (recommandations HAS 2024 et KDIGO 2022).
e. Neuropathie diabétique
La neuropathie touche plus de 30 % des diabétiques après 10 ans d’évolution. Elle peut être :
- Fourmillements, picotements des extrémités
- Diminution de la sensibilité (tactile, thermique, douloureuse)
- Douleurs neuropathiques nocturnes
- Perte du réflexe achilléen
- Hypotension orthostatique
- Dysfonction érectile (50 % des hommes DT2)
- Gastroparésie (nausées, lenteur digestive)
- Troubles urinaires (atonie vésicale)
- Troubles du rythme cardiaque
f. Pied diabétique et mal perforant plantaire
L’association neuropathie + artériopathie des membres inférieurs (AOMI) expose au risque de plaies chroniques et d’infections graves. Le mal perforant plantaire est une ulcération indolore siégeant aux points d’appui, due à la perte de sensibilité. Sans prise en charge adaptée, il peut conduire à l’amputation.
La HAS et l’Assurance Maladie ont actualisé en avril 2024 les recommandations sur la prise en charge podologique. Le suivi pluriprofessionnel (médecin, infirmier, podologue) est désormais codifié selon 3 grades de risque (Grade 0 à 3) permettant de personnaliser la fréquence des soins préventifs et l’orientation vers des structures spécialisées.
g. Atteinte hépatique (MASLD / MASH) — nouvelle complication reconnue
Depuis 2023, la stéatopathie hépatique liée aux dysfonctions métaboliques s’appelle désormais MASLD (Metabolic dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease), remplaçant l’ancienne appellation NAFLD/NASH. Elle est directement liée à l’insulinorésistance.
La MASLD touche 60 à 75 % des diabétiques de type 2. Elle peut évoluer vers la MASH (forme inflammatoire), la fibrose hépatique et la cirrhose. Des études récentes montrent que les iSGLT2 et les aGLP-1 réduisent significativement le risque de progression vers la MASLD sévère, en plus de leur action glycémique.
h. Infections
L’hyperglycémie altère les défenses immunitaires et favorise le développement bactérien et fongique. Les sites préférentiels sont :
- Cutané : furoncles, dermohypodermites, mycoses
- Dentaire : parodontites — relation bidirectionnelle avec le déséquilibre glycémique
- Urinaire : cystites, pyélonéphrites (surtout chez la femme)
- Respiratoire : pneumopathies plus sévères (COVID-19, grippe, pneumocoque)
i. Syndrome d’apnée-hypopnée du sommeil (SAHOS)
Le SAHOS est retrouvé chez 60 à 80 % des diabétiques de type 2 obèses. La relation est bidirectionnelle : le SAHOS aggrave l’insulinorésistance et le déséquilibre glycémique, et plus la glycémie est élevée, plus le SAHOS est sévère. Il est systématiquement recherché en cas de résistance au traitement.
2. Les complications aiguës
| Complication | Type de diabète | Signes biologiques clés | Urgence |
|---|---|---|---|
| Acidocétose | DT1 (85 %), DT2 rare | Glycémie > 3 g/L, cétonémie +, pH < 7,35 | Hospitalisation |
| Hypoglycémie sévère | DT1 et DT2 (insuline, sulfamides) | Glycémie < 0,54 g/L, troubles conscience | Urgence vitale |
| Coma hyperosmolaire | DT2 (sujet âgé ++) | Glycémie > 6 g/L, osmolarité > 320, pas de cétonémie | Réanimation |
| Acidose lactique | DT2 (metformine, IR) | Lactates > 5 mmol/L, pH < 7,35 | Réanimation (50 % mortel) |
Acidocétose diabétique
Conséquence d’une carence absolue en insuline, elle survient principalement dans le DT1. En l’absence d’insuline, l’organisme utilise les graisses de réserve et produit des corps cétoniques (acétone). L’accumulation de déchets acides provoque : fatigue intense, polypnée (respiration de Kussmaül), nausées, vomissements, douleurs abdominales, puis troubles de la conscience. Le coma acidocétosique peut survenir en quelques heures.
Les inhibiteurs du SGLT2 (empagliflozine, dapagliflozine…) augmentent le risque d’acidocétose, même avec une glycémie peu élevée (acidocétose « euglycémique »). Ils doivent être suspendus en cas de chirurgie, jeûne prolongé, maladie intercurrente grave ou activité physique intense (recommandation HAS 2024).
Hypoglycémie sévère
Les hypoglycémies sévères (nécessitant l’aide d’un tiers) surviennent principalement avec l’insuline et les sulfamides hypoglycémiants. Leurs causes : erreur diététique, alcool, exercice physique imprévu, surdosage médicamenteux. L’objectif actuel est le zéro hypoglycémie sévère, en particulier chez le sujet âgé. Les capteurs de glucose en continu améliorent nettement leur prévention.
Coma hyperosmolaire
Il survient préférentiellement chez le sujet âgé porteur d’un DT2 méconnu ou négligé. Il associe une hyperglycémie majeure (> 6 g/L), une déshydratation sévère, une hyperosmolarité sans cétonémie significative. La déshydratation est souvent favorisée par la prise de diurétiques ou une canicule.
Acidose lactique
Rare mais grave (mortalité de 50 %). Elle peut être liée à la metformine en cas d’insuffisance rénale ou hépatique sévère — d’où l’importance de la surveillance régulière du DFG et de l’adaptation des doses. Cliniquement : douleurs diffuses, crampes, asthénie intense, polypnée, troubles de la conscience.
3. Prévention et suivi — recommandations 2024-2025
Les recommandations HAS de mai 2024 marquent une évolution majeure : les modifications thérapeutiques du mode de vie (nutrition, activité physique) sont désormais positionnées en première intention, avant tout traitement médicamenteux, dès le diagnostic de DT2. Une prise en charge globale, individualisée et pluriprofessionnelle est la règle.
Bilan de surveillance annuel recommandé
| Examen | Fréquence | Complication dépistée |
|---|---|---|
| HbA1c | Tous les 3 à 6 mois | Équilibre glycémique global |
| Fond d’œil | Annuel (biennal si stable) | Rétinopathie |
| Albuminurie/créatininurie + DFG | Annuel | Néphropathie |
| Examen des pieds (sensibilité, pouls) | Annuel | Neuropathie, AOMI, pied diabétique |
| Bilan lipidique + glycémie à jeun | Annuel | Risque cardiovasculaire |
| Pression artérielle | À chaque consultation | HTA, risque CV et rénal |
| ECG de repos | Annuel | Ischémie silencieuse |
| Score FIB-4 (ASAT/ALAT/plaquettes) | En cas de suspicion MASLD | Fibrose hépatique (MASLD) |
Place des nouveaux antidiabétiques dans la prévention des complications
empagliflozine, dapagliflozine, canagliflozine
- Néphroprotection (réduction albuminurie)
- Réduction hospitalisations pour insuffisance cardiaque
- Bénéfice CV en prévention secondaire
- Action sur MASLD/MASH
- 1ère intention si MRC ou insuffisance cardiaque (HAS 2024)
sémaglutide, dulaglutide, liraglutide
- Réduction des événements cardiovasculaires majeurs (MACE)
- Réduction du risque d’AVC (préféré aux iSGLT2 en cas d’AVC)
- Bénéfice sur la perte de poids et la stéatose hépatique
- 1ère intention si obésité ou surpoids (HAS 2024)
La prévention des complications du diabète repose sur trois piliers indissociables : le contrôle glycémique (cible HbA1c individualisée, généralement < 7 %), la prise en charge globale des facteurs de risque cardiovasculaire (tension, cholestérol, tabac, poids) et le suivi régulier de toutes les complications potentielles. Des études montrent que ce contrôle multifactoriel peut réduire la survenue d’événements cardiovasculaires de 75 % (ESC 2019).
Conclusion
Le diabète reste une maladie exigeante, mais ses complications ne sont pas une fatalité. Les progrès de la pharmacologie — capteurs de glucose en continu, iSGLT2, analogues du GLP-1 — offrent des outils de prévention de plus en plus efficaces. La clé reste la régularité du suivi, l’adhésion aux mesures hygiéno-diététiques et une relation de confiance avec l’équipe soignante. N’attendez pas les symptômes : prévenir vaut toujours mieux que guérir.



