Phlébite : symptômes, diagnostic et traitement de la TVP
Reconnaître et traiter une phlébite (TVP) : signes d'alerte, score de Wells, AOD, embolie pulmonaire. Guide fondé sur les données Santé publique France 2025.

La phlébite — ou thrombose veineuse profonde (TVP) — est la formation d’un caillot sanguin (thrombus) dans une veine profonde, le plus souvent dans les membres inférieurs. Loin d’être une pathologie bénigne, elle constitue une urgence médicale potentielle : selon les données de Santé publique France (Gabet et al., Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2025), environ 100 000 cas de maladie thromboembolique veineuse sont recensés chaque année en France, avec une mortalité à un an d’environ 20 %. Sa complication la plus redoutable, l’embolie pulmonaire, tue encore près de 10 000 personnes par an dans notre pays. Savoir reconnaître les signes d’une TVP — et orientier rapidement vers un médecin — est l’un des gestes les plus utiles qu’un pharmacien puisse poser au comptoir.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Phlébite thrombose veineuse : épidémiologie et triade de Virchow
- 2. Facteurs de risque de phlébite thrombose veineuse profonde
- 3. Signes cliniques : reconnaître une TVP au comptoir
- 4. Phlébite thrombose veineuse : score de Wells, D-dimères et écho-Doppler
- 5. Complications : embolie pulmonaire et syndrome post-thrombotique
- 6. Traitement de la phlébite thrombose veineuse : AOD, AVK et compression
- 7. Prévention de la phlébite thrombose veineuse : voyage, chirurgie, grossesse
- 8. Quand consulter en urgence ?
1. Phlébite thrombose veineuse : épidémiologie et triade de Virchow
La phlébite et la thrombose veineuse profonde désignent la même réalité biologique : une occlusion thrombotique d’un axe veineux profond, dans la grande majorité des cas au niveau des membres inférieurs. On distingue les TVP proximales (veines poplitée, fémorale, iliaque ou cave — à risque embolique élevé) des TVP distales (veines tibiales et péronières — risque embolique plus faible mais non nul).
Sur le plan épidémiologique, les chiffres sont éloquents. L’incidence des TVP en France est de 1,2 pour 1 000 habitants par an, avec une forte croissance liée à l’âge : l’incidence annuelle dépasse 1 % après 75 ans, contre 1 pour 10 000 avant 40 ans (données Académie nationale de médecine). Selon les données récentes de Santé publique France (Gabet et al., BEH, 2025), le taux d’hospitalisation pour maladie thrombo-embolique veineuse est en augmentation par rapport à 2010, avec une mortalité à 1 an avoisinant les 20 % — en partie liée à la prévalence élevée de cancers sous-jacents (environ 30 % des cas).
Triade de Virchow : les trois mécanismes combinés déclenchant une phlébite thrombose veineuse profonde — la conjonction de deux ou trois facteurs multiplie exponentiellement le risque.
Les mécanismes de la thrombose veineuse s’expliquent par la triade de Virchow, décrite au XIXe siècle et toujours d’actualité : la stase sanguine (le sang qui « stagne »), l’hypercoagulabilité (le sang qui coagule trop facilement) et la lésion de la paroi vasculaire. Ces trois facteurs se combinent souvent chez le même patient — un opéré du genou alité plusieurs jours sous contraceptif oral représente la conjonction parfaite des trois.
ℹ️ Conseil au comptoir — Question clé à poser
Devant toute jambe douloureuse ou gonflée unilatérale, la première question à poser est : « Avez-vous eu une immobilisation récente, une chirurgie, ou prenez-vous des médicaments qui agissent sur la coagulation ? » — trois contextes qui doivent faire basculer immédiatement vers une orientation médicale.
2. Facteurs de risque de phlébite thrombose veineuse profonde
Les facteurs de risque de phlébite se répartissent en trois grandes catégories : acquis, génétiques (thrombophilies héréditaires) et mixtes. Au comptoir, ce sont surtout les facteurs acquis qui sont identifiables.
| Catégorie | Facteurs de risque | Niveau de risque |
|---|---|---|
| Stase veineuse | Alitement ≥ 3 jours, plâtre ou attelle MI, voyage long-courrier, paralysie | ⚠️ Élevé |
| Chirurgie / trauma | Chirurgie orthopédique (risque TVP sans prophylaxie : 45–60 %), polytraumatisme (~60 % de TVP), chirurgie générale | ⚠️ Très élevé |
| Hypercoagulabilité acquise | Cancer actif ou récent (1ère cause acquise), grossesse et post-partum, contraceptifs oestroprogestatifs, THS, syndrome néphrotique, MICI | ⚠️ Élevé à très élevé |
| Lésion vasculaire | Cathéter veineux central, chimiothérapie IV, piqûres IV répétées, traumatisme veineux | ⚠️ Modéré à élevé |
| Thrombophilies génétiques | Déficit en antithrombine III, protéine C ou S, facteur V Leiden (résistance à la protéine C activée), mutation du gène de la prothrombine | ⚠️ Variable |
| Facteurs aggravants | Insuffisance veineuse chronique, obésité (IMC > 30), âge > 60 ans, antécédent de TVP | ⚠️ Modéré |
⚠️ Signal d’alerte : TVP idiopathique et cancer
Une TVP survenant sans facteur déclenchant évident (dite idiopathique) doit faire rechercher un cancer occulte sous-jacent. La description historique du syndrome de Trousseau (1865) reste d’actualité : chez un patient avec TVP idiopathique, le risque de découvrir un cancer dans les 6 à 12 mois suivants est multiplié par 4 à 5 (Académie nationale de médecine). Chez l’homme de plus de 50 ans, la prostate doit être systématiquement évaluée.
3. Signes cliniques : reconnaître une phlébite au comptoir
La présentation clinique de la thrombose veineuse profonde est trompeuse : les signes sont souvent discrets, peu spécifiques, voire totalement absents dans 50 % des cas. C’est précisément ce qui la rend dangereuse — le caillot peut migrer vers les poumons sans que la jambe ait présenté le moindre symptôme.
Quand ils sont présents, les signes classiques forment une triade caractéristique :
🔑 La triade clinique de la TVP
DOULEUR — spontanée, au mollet, à la plante du pied, au talon ou à la cuisse. Parfois simple sensibilité à la palpation du trajet veineux.
GONFLEMENT (œdème) — unilatéral, prenant le godet. Un mollet gonflé de plus de 3 cm par rapport au côté sain (mesuré 10 cm sous la tubérosité tibiale) est un signal fort.
CHALEUR et ROUGEUR — la peau en regard de la veine thrombosée peut être chaude, tendue, érythémateuse.
Le caractère unilatéral est le signal d’alarme principal. Une jambe qui gonfle des deux côtés évoque davantage une insuffisance cardiaque ou rénale. Une jambe qui gonfle d’un seul côté, sans raison apparente, doit faire suspecter une TVP jusqu’à preuve du contraire.
D’autres présentations peuvent tromper : circulation veineuse collatérale superficielle visible (signe de veines qui « se détournent » de l’obstruction), fièvre inexpliquée chez une personne immobilisée, ou simple lourdeur de jambe persistante. La phlébite bleue (phlegmatia caerulea dolens), forme sévère avec cyanose et risque d’ischémie, est rare mais constitue une urgence chirurgicale.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Au comptoir, si un patient décrit une douleur unilatérale du mollet apparue en quelques heures — surtout après une longue immobilisation, un voyage aérien, ou en post-opératoire — orientez-le immédiatement vers son médecin ou les urgences. Ne proposez aucun traitement symptomatique (AINS, antalgiques) sans que le diagnostic de TVP ait été écarté : un AINS peut masquer les signes inflammatoires et retarder le diagnostic.
4. Phlébite thrombose veineuse : score de Wells, D-dimères et écho-Doppler
Le diagnostic de TVP repose sur une stratégie à trois niveaux, validée par les sociétés savantes : évaluation de la probabilité clinique, dosage des D-dimères et échographie veineuse de compression (EVC). Cette approche séquentielle permet d’éviter à la fois les sous-diagnostics (dangereux) et les explorations systématiques inutiles.
Le score de Wells révisé
Le score de Wells, développé en 1997 (Wells et al., Lancet, 1997) et validé dans de nombreuses populations, est l’outil de référence pour stratifier la probabilité clinique de TVP. Il permet de classer les patients en deux catégories : TVP peu probable (score ≤ 1) et TVP probable (score ≥ 2), avec une prévalence réelle de TVP de 5 %, 17 % et 53 % dans les groupes à faible, moyenne et haute probabilité (Wells et al., JAMA, 2006).
| Critère clinique | Points |
|---|---|
| Cancer actif ou traité dans les 6 derniers mois / palliatif | +1 |
| Paralysie/parésie ou immobilisation récente (plâtre) d’un membre inférieur | +1 |
| Alitement ≥ 3 jours ou chirurgie sous anesthésie générale/régionale dans les 12 semaines | +1 |
| Douleur localisée ou induration le long des veines profondes | +1 |
| Gonflement global de tout le membre inférieur | +1 |
| Augmentation du périmètre du mollet ≥ 3 cm vs côté sain (mesuré 10 cm sous la tubérosité tibiale) | +1 |
| Œdème prenant le godet du côté symptomatique uniquement | +1 |
| Circulation collatérale veineuse superficielle visible (non variqueuse) | +1 |
| Diagnostic alternatif au moins aussi probable que la TVP | -2 |
| Interprétation : ≤ 1 point → TVP peu probable | ≥ 2 points → TVP probable | -2 à +8 |
L’algorithme diagnostique : D-dimères et écho-Doppler
Les D-dimères (fragments de dégradation de la fibrine) ont une excellente valeur prédictive négative : un taux inférieur à 500 µg/L par méthode ELISA permet d’exclure une TVP chez un patient à probabilité faible — sans recourir à l’imagerie. En revanche, ils sont fréquemment élevés de façon non spécifique (grossesse, infection, cancer, chirurgie récente, personnes âgées), ce qui limite leur valeur positive. La règle d’or : un D-dimère négatif chez un patient Wells ≤ 1 exclut la TVP ; un D-dimère positif n’affirme rien — il impose l’écho-Doppler.
L’échographie veineuse de compression (écho-Doppler) est l’examen de référence. Elle doit être réalisée dans les 24 heures suivant la suspicion clinique. Le signe de TVP est l’absence de compressibilité de la veine — normalement, une veine se laisse écraser par la sonde d’échographie ; en présence d’un thrombus, elle ne s’affaisse pas. Un résultat négatif n’exclut pas une embolie pulmonaire si des signes thoraciques sont présents.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Si un patient vous montre un résultat de D-dimères légèrement élevé pris en ville, sans écho-Doppler réalisé dans les 24h, vérifiez qu’une imagerie est bien programmée. Un D-dimère positif sans écho-Doppler de suivi = prise en charge incomplète.
5. Complications : embolie pulmonaire et syndrome post-thrombotique
L’embolie pulmonaire : la complication redoutée
L’embolie pulmonaire (EP) survient lorsqu’un fragment de thrombus — ou le thrombus entier — se détache et migre dans la circulation artérielle pulmonaire, obstruant l’apport sanguin aux poumons. Ce n’est pas une complication rare : environ 50 % des patients ayant une TVP proximale présentent une EP asymptomatique à l’angioscanner (données Société Française de Cardiologie, 2025). Environ 35 000 patients sont hospitalisés chaque année en France pour embolie pulmonaire.
🚨 Signes d’embolie pulmonaire — Urgence absolue
Devant l’association de l’un ou plusieurs de ces signes, appeler immédiatement le 15 (SAMU) :
- Douleur thoracique intense, souvent augmentée à l’inspiration
- Dyspnée (difficultés respiratoires) d’apparition souvent brutale
- Hémoptysie (crachats striés de sang)
- Tachycardie, malaise, syncope
- Toux et fièvre modérée — qui peuvent mimer une pneumonie
Ces signes peuvent être transitoires (au moment de la migration du caillot) et réapparaître quelques heures après — ne jamais les banaliser même s’ils ont disparu.
Le syndrome post-thrombotique : la séquelle méconnue
Le syndrome post-thrombotique (SPT) est la complication tardive de la TVP, survenant des mois ou des années après l’épisode aigu. Il correspond à une destruction progressive des valvules veineuses par le thrombus et l’inflammation, aboutissant à une insuffisance veineuse chronique. Selon les données de l’Académie nationale de médecine, il survient chez environ 25 % des patients à 5 ans et 30 % à 10 ans, avec des séquelles sévères (ulcère veineux, œdème chronique, douleurs invalidantes) dans 5 à 10 % des cas.
Le port rigoureux de la compression élastique dès le diagnostic de TVP est le principal facteur protecteur contre le développement du syndrome post-thrombotique — ce qui explique pourquoi le bas de compression fait partie intégrante du traitement curatif.
6. Traitement de la phlébite thrombose veineuse : AOD, AVK et compression
Le traitement de la TVP repose sur deux piliers indissociables : l’anticoagulation curative et la compression élastique. Les objectifs sont de prévenir l’extension du thrombus, l’embolie pulmonaire, la récidive et le syndrome post-thrombotique.
Les anticoagulants oraux directs (AOD) : le traitement de référence
Depuis leur arrivée sur le marché, les AOD (inhibiteurs du facteur Xa) ont largement supplanté les AVK comme traitement de première intention de la TVP, en raison de leur efficacité comparable et de leur profil de sécurité hémorragique favorable, sans nécessiter de surveillance biologique de routine (INR). En France, deux AOD disposent de l’AMM et du remboursement dans cette indication :
| Molécule (spécialité) | Mécanisme | Posologie TVP | Particularités | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|
| Rivaroxaban (Xarelto®) | Inhibiteur direct du facteur Xa | 15 mg × 2/j pendant 21 jours, puis 20 mg × 1/j | Instauré dès le diagnostic, sans relais héparine. Contact médical recommandé au changement de dose (J21). | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Apixaban (Eliquis®) | Inhibiteur direct du facteur Xa | 10 mg × 2/j pendant 7 jours, puis 5 mg × 2/j | Instauré dès le diagnostic, sans relais héparine. Contact médical recommandé au changement de dose (J7). | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| AVK (warfarine, fluindione, acénocoumarol) | Inhibition synthèse facteurs vitamine K-dépendants (II, VII, IX, X) | Après 5 jours d’HBPM, relais AVK. INR cible : 2–3. Chevauchement héparine minimum 5 jours. | Surveillance INR obligatoire. Nombreuses interactions. Réservé si AOD contre-indiqués (insuffisance rénale sévère, valves mécaniques). | ⭐⭐⭐⭐ |
| HBPM (énoxaparine, tinzaparine…) | Inhibition indirecte du facteur Xa (via antithrombine) | Curatif : 1 mg/kg × 2/j SC (selon molécule). Traitement de première intention chez la femme enceinte et les patients cancéreux. | Voie injectable. Traitement de référence pendant la grossesse. À adapter si clairance Cockroft < 30 mL/min. | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
Durée du traitement anticoagulant
La durée minimale de traitement est de 3 mois, notamment lorsqu’un facteur de risque temporaire (chirurgie, immobilisation) a été identifié et résolu. Au-delà, la durée est réévaluée en fonction du risque de récidive et du risque hémorragique individuel :
- TVP provoquée par un facteur transitoire résolu → 3 mois suffisent en général
- TVP idiopathique ou récidivante → traitement prolongé discuté (6 mois à durée indéfinie)
- TVP associée à un cancer actif → traitement prolongé (HBPM ou AOD) tant que le cancer est actif
- Thrombophilie héréditaire sévère → avis spécialisé, anticoagulation souvent prolongée
⚠️ Interactions médicamenteuses — AOD
Les AOD sont substrats du cytochrome P450 3A4 et/ou de la glycoprotéine-P. Leurs interactions cliniquement significatives incluent :
- Inducteurs enzymatiques (rifampicine, phénytoïne, carbamazépine, millepertuis) → diminution de l’effet anticoagulant → risque de récidive thrombotique
- Inhibiteurs puissants (antifongiques azolés, certains antiviraux) → augmentation des concentrations → risque hémorragique accru
- AINS et aspirine → majoration du risque hémorragique par effet additif
- Insuffisance rénale (Cockroft < 15–30 mL/min selon les molécules) → contre-indication ou adaptation posologique obligatoire
Consulter les fiches mémo HAS sur les AOD pour la liste exhaustive des interactions.
La compression élastique : indispensable et souvent oubliée
Le port d’une compression élastique de classe III française (bas jarret ou bas cuisse) doit être instauré dès que possible après le diagnostic de TVP et poursuivi pendant une durée minimale de 2 ans — ou plus si les symptômes persistent (recommandation Grade A, Vidal/HAS). C’est le principal outil de prévention du syndrome post-thrombotique. L’alitement systématique n’est pas recommandé ; au contraire, une mobilisation précoce est encouragée dès qu’elle est possible.
👨⚕️ Conseil au comptoir — Compression
Rappeler systématiquement au patient sous traitement AOD pour TVP que l’anticoagulant traite le caillot mais pas la veine. Le bas de compression, lui, protège la veine d’une destruction progressive. Un patient qui arrête la compression à 3 mois parce qu' »il n’a plus mal » prend un risque réel de développer un syndrome post-thrombotique dans 2 à 5 ans. Consultez notre article sur la compression veineuse médicale : classes et CEAP.
7. Prévention de la phlébite thrombose veineuse : voyage, chirurgie, grossesse
La prévention primaire de la TVP repose sur l’identification et la réduction des facteurs de risque modifiables. Plusieurs situations méritent une attention particulière au comptoir.
Le « syndrome de la classe économique » — voyages longs-courriers
Un vol ou un trajet de plus de 4 heures représente un facteur de risque de TVP par stase veineuse. Les mesures préventives non médicamenteuses sont efficaces et accessibles : hydratation suffisante (éviter alcool et café), flexions/extensions des chevilles toutes les 30 minutes, déambulation régulière dans l’allée. Le port d’une compression de voyage (classe I ou II) est recommandé pour les voyageurs à risque.
Concernant le traitement médicamenteux préventif : l’aspirine n’est pas recommandée dans cette indication — son efficacité contre la thrombose veineuse n’est que de 30 % environ, contre 90 % pour les héparines (données GIHP, 2024). Une injection d’HBPM avant le départ peut être prescrite par le médecin chez les voyageurs à risque élevé.
Chirurgie et hospitalisation
La chirurgie est le facteur de risque acquis le plus puissant : en l’absence de prophylaxie, la phlébographie systématique révèle des TVP dans 45 à 60 % des cas après chirurgie orthopédique majeure. La thromboprophylaxie médicamenteuse (HBPM ou AOD selon les indications) associée aux moyens mécaniques (bas de contention) est systématique dans ces contextes.
Contraception et grossesse
Les contraceptifs oestroprogestatifs (pilule combinée, patch, anneau vaginal) augmentent le risque de TVP, principalement via une augmentation des facteurs de coagulation et une résistance à la protéine C activée. Ce risque est plus élevé avec les pilules de 3e et 4e génération qu’avec celles de 2e génération. La grossesse et le post-partum représentent également une période à risque élevé — justifiant une surveillance adaptée et, dans certains cas, une thromboprophylaxie.
ℹ️ Bilan de thrombophilie : quand le demander ?
En cas de TVP inexpliquée, de TVP survenant chez un sujet jeune, ou d’antécédents familiaux de MTEV, un bilan de thrombophilie est indiqué : dosage de l’antithrombine III, de la protéine C, de la protéine S, recherche d’une résistance à la protéine C activée (facteur V Leiden), et de la mutation G20210A du gène de la prothrombine. Ce bilan doit être réalisé à distance du traitement anticoagulant et de la phase aiguë.
8. Quand consulter en urgence pour une phlébite ?
Certaines situations imposent une orientation médicale immédiate — sans attendre, sans donner de traitement symptomatique.
🚫 Appeler le 15 (SAMU) immédiatement si :
- Douleur thoracique + difficultés à respirer (suspicion d’embolie pulmonaire)
- Crachats striés de sang (hémoptysie)
- Malaise, syncope, tachycardie
- Jambe bleue, froide, cyanosée (suspicion de phlébite bleue)
🔑 Consulter un médecin en urgence (dans les heures) si :
- Gonflement unilatéral d’un membre inférieur d’apparition récente
- Douleur spontanée du mollet, du talon ou de la cuisse sans traumatisme évident
- Fièvre inexpliquée chez une personne immobilisée ou plâtrée
- Symptômes apparus dans les suites d’une chirurgie, d’un long voyage ou d’un alitement
Tableau récapitulatif — Phlébite thrombose veineuse profonde
| Point clé | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Définition | Caillot dans une veine profonde, le plus souvent MI. TVP proximale (poplitée/fémorale/iliaque) = risque embolique élevé |
| Épidémiologie | ~100 000 cas/an en France. Incidence : 1,2/1 000/an. Mortalité à 1 an ≈ 20 % (Gabet et al., BEH, 2025) |
| Signe d’alerte N°1 | Gonflement unilatéral douloureux d’un MI — asymétrie +3 cm du mollet = critère du score de Wells |
| Diagnostic | Score de Wells → D-dimères si probabilité faible → Écho-Doppler (référence, dans les 24h) |
| Traitement 1re ligne | AOD (rivaroxaban ou apixaban) en France. Durée minimale : 3 mois |
| Compression | Classe III, bas jarret minimum, dès le diagnostic. Durée ≥ 2 ans. Grade A |
| Complication précoce | Embolie pulmonaire → appel 15 si douleur thoracique + dyspnée |
| Complication tardive | Syndrome post-thrombotique : 25–30 % des patients. Prévention = compression ≥ 2 ans |
| Interaction clé | Millepertuis + AOD = perte d’efficacité anticoagulante. AINS = risque hémorragique cumulé |
🔑 En résumé — Phlébite thrombose veineuse profonde
La phlébite thrombose veineuse profonde est une urgence médicale déguisée en jambe douloureuse. Son signe cardinal est le gonflement unilatéral d’un membre inférieur, mais elle peut être totalement silencieuse jusqu’à l’embolie pulmonaire. Au comptoir, tout gonflement unilatéral récent chez un patient à risque (chirurgie, immobilisation, cancer, contraception) impose une orientation médicale dans les heures — sans antalgiques ni AINS avant le diagnostic. Le traitement repose désormais sur les AOD (rivaroxaban ou apixaban) en première intention, associés à une compression classe III pendant au minimum 2 ans. Le millepertuis est formellement contre-indiqué sous AOD. Un contrôle écho-Doppler plusieurs mois après l’épisode aigu est recommandé pour évaluer la recanalisation et adapter la durée du traitement.
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Sources : Gabet A et al., Épidémiologie de la MVTE en France en 2022, Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2025 (Santé publique France) — Académie nationale de médecine, Épidémiologie de la thrombose veineuse — Wells PS et al., Lancet, 1997 ; N Engl J Med, 2003 — Sociétés Françaises de Cardiologie (SFCARDIO, 2025) — Recommandations GIHP Thromboprophylaxie veineuse, 2024 — HAS — ANSM.
Avertissement : Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne se substitue pas à une consultation médicale. En cas de suspicion de phlébite ou d’embolie pulmonaire, consultez immédiatement un médecin ou appelez le 15 (SAMU).



