Mélisse officinale : anxiété, sommeil, herpès – guide pharmacien

Mécanismes GABA, acide rosmarinique, herpès labial : tout ce que la science dit sur la mélisse. Guide fondé sur les données 2024.

La mélisse officinale (Melissa officinalis L.) est l’une des plantes médicinales les plus étudiées d’Europe : plus de 200 essais cliniques et études pharmacologiques lui sont consacrés à ce jour. Connue depuis l’Antiquité grecque pour « rendre le cœur joyeux » selon Avicenne, elle bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance officielle de l’Agence européenne du médicament (EMA) pour son usage traditionnel dans les troubles nerveux légers, les troubles du sommeil et les spasmes digestifs. Derrière cette réputation plurimillénaire se cache une biochimie précise : son principal composé actif, l’acide rosmarinique, agit sur le système GABAergique du cerveau — le même système que les benzodiazépines, mais avec une douceur et un profil de tolérance sans commune mesure.

Ce guide fait le point sur les mécanismes moléculaires, les données cliniques les plus récentes (dont une étude randomisée en double aveugle publiée dans Nutrients en décembre 2024) et les conseils pratiques pour un usage raisonné au quotidien.

1. Mélisse officinale : portrait botanique et histoire

La mélisse officinale (Melissa officinalis L.) appartient à la famille des Lamiacées (anciennement labiées), aux côtés de la menthe, du romarin et de la sauge. Originaire du bassin méditerranéen oriental, elle est aujourd’hui naturalisée dans toute l’Europe tempérée et cultivée sur tous les continents.

C’est une plante vivace de 30 à 80 cm, à tiges dressées de section carrée — caractéristique des Lamiacées. Ses feuilles ovales gaufrées, légèrement dentelées, dégagent à la froissure un parfum doux et citronné immédiatement reconnaissable, dû à la présence de poils épidermiques sécréteurs. Ses petites fleurs blanches bilabiées s’épanouissent de juin à septembre, disposées en verticilles à l’aisselle des feuilles.

ℹ️ Étymologie : de la plante au miel

Melissa vient du grec melissophullon, littéralement « feuille à abeille », en référence à l’attraction irrésistible que la plante exerce sur les abeilles. Ce lien entre mélisse et miel remonte aux apiculteurs grecs qui frottaient les ruches avec ses feuilles pour y attirer les essaims — d’où le terme « plante mellifère ». À ne pas confondre avec la vraie citronnelle (Cymbopogon citratus), grande graminée tropicale aux feuilles allongées, à laquelle la mélisse est parfois malencontreusement assimilée.

Connue des médecins grecs et arabes depuis plus de deux millénaires, la mélisse est popularisée en Europe par les moines Carmes au XVIIe siècle, qui en fabriquent la célèbre « eau de mélisse des Carmes », alcoolat antispasmodique et sédatif toujours commercialisé. En 1978, des chercheurs allemands identifient ses propriétés antivirales ; les premières études cliniques sur l’herpès labial suivent en 1990 en Allemagne. Depuis 2000, la recherche clinique s’est considérablement accélérée, avec une centaine d’essais contrôlés randomisés portant sur anxiété, sommeil, cognition et maladies métaboliques.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Quand un patient vous demande de la « citronnelle » pour ses troubles du sommeil, vérifiez qu’il parle bien de mélisse (Melissa officinalis) et non de la vraie citronnelle tropicale (Cymbopogon citratus). La confusion est fréquente, les profils d’effets sont très différents, et les huiles essentielles de ces deux plantes ne sont pas interchangeables.

2. Composition chimique de la mélisse officinale et mécanismes d’action

La pharmacologie de la mélisse repose sur deux grandes familles de composés actifs dont les mécanismes moléculaires sont désormais bien caractérisés (Petrisor et al., International Journal of Molecular Sciences, 2022).

Les polyphénols — chefs d’orchestre de l’activité thérapeutique

Le composé-phare est l’acide rosmarinique, un acide phénolique présent à hauteur de 1,5 à 3 % dans les feuilles sèches. Sa notoriété pharmacologique tient à une propriété remarquable : il inhibe la GABA-transaminase (GABA-T) — l’enzyme qui dégrade le GABA (acide gamma-aminobutyrique, principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau) dans les synapses. En bloquant cette enzyme, l’acide rosmarinique élève les concentrations synaptiques de GABA, produisant un effet anxiolytique et sédatif. Les travaux d’Awad et al. (Phytotherapy Research, 2009) ont quantifié cette inhibition à 40 % à 100 µg/mL sur cerveaux de rats, ce qui en fait l’un des inhibiteurs naturels de GABA-T les plus puissants connus.

Deux triterpenoïdes, les acides ursolique et oléanolique, amplifient cet effet par synergie (Awad et al., 2009). Par ailleurs, l’acide rosmarinique a la particularité de franchir la barrière hémato-encéphalique — ce que beaucoup de polyphénols ne peuvent faire — ce qui explique ses effets directs sur le système nerveux central (Falé et al., 2011, cité dans Frontiers in Pharmacology, 2023).

Les autres polyphénols identifiés — acide caféique, acide chlorogénique, quercétine, lutéoline, hespéridine — contribuent aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de la plante.

L’huile essentielle — une chimie aromatique complexe

L’huile essentielle, présente à faible teneur dans la plante sèche (0,1 à 0,2 % seulement — ce qui explique son coût élevé et les fréquentes falsifications), est composée principalement de monoterpènes aldéhydiques : géranial, néral et citronellal (responsables de l’odeur citronnée), ainsi que de géraniol et linalol. Ces composés volatils exercent une activité complémentaire via les récepteurs cholinergiques (muscariniques et nicotiniques) et les récepteurs GABA-A — mécanisme mis en évidence sur des membranes cérébrales humaines par Kennedy et al. (Neuropsychopharmacology, 2002).

Composé Teneur Mécanisme principal Effet Niveau de preuve ℹ️
Acide rosmarinique 1,5–3 % Inhibition GABA-T + modulation GABA-A Anxiolytique, sédatif, antiviral ⭐⭐⭐⭐
Acides ursolique et oléanolique traces–0,5 % Inhibition GABA-T (synergie) Anxiolytique (potentialisation) ⭐⭐⭐
Géranial + néral (citral) HE : 30–40 % Récepteurs cholinergiques, GABA-A Sédatif, antispasmodique ⭐⭐⭐
Quercétine, lutéoline variable Antioxydant, anti-inflammatoire Neuroprotecteur ⭐⭐

Principaux composés actifs de la mélisse officinale et leur mécanisme d’action — Sources : Petrisor et al., IJMS 2022 ; Awad et al., Phytother Res 2009.

Comment la mélisse agit sur votre cerveau Neurone pré-synaptique ↓ libère GABA Fente synaptique GABA ↑ Neurone post-synaptique → effet inhibiteur GABA-T (enzyme de dégradation) Acide rosmarinique de la mélisse 🌿 🚫 bloque Résultat : plus de GABA disponible → effet anxiolytique, sédatif doux Même principe qu’un somnifère, mais via une voie naturelle et sans accoutumance

Mécanisme d’action de la mélisse officinale sur le système GABAergique : l’acide rosmarinique inhibe la GABA-transaminase, protégeant le GABA de sa dégradation synaptique.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour un effet anxiolytique et sédatif optimal, les extraits standardisés titrés en acide rosmarinique (minimum 6-7 %) sont nettement plus fiables que la tisane classique. En infusion, la teneur en acide rosmarinique varie considérablement selon la méthode de préparation et la fraîcheur de la plante — raison pour laquelle l’EMA recommande d’utiliser de préférence la plante fraîche pour les préparations maison.

3. Mélisse officinale, anxiété et sommeil : que dit la recherche ?

La méta-analyse de Ghazizadeh et al. (Phytotherapy Research, 2021) a synthétisé l’ensemble des essais cliniques randomisés publiés jusqu’en octobre 2020 : la mélisse améliore significativement les scores d’anxiété et de dépression comparée au placebo (SMD : -0,98 ; IC95% : -1,63 à -0,33 ; p < 0,01). Traduit pour votre patient : une réduction d’environ une unité d’écart-type des symptômes anxieux — un effet cliniquement pertinent.

Sur le sommeil spécifiquement, une étude randomisée en double aveugle croisé publiée dans Nutrients en décembre 2024 (Di Pierro et al., Université d’Insubria, Varese) a testé un extrait de mélisse formulé en phytosome (technologie améliorant la biodisponibilité de l’acide rosmarinique par liaison phospholipidique). Les résultats montrent une amélioration significative de la qualité du sommeil mesurée par le Pittsburgh Sleep Quality Index — ce qui conforte les données antérieures tout en ouvrant une piste sur l’importance décisive de la formulation galénique.

Par ailleurs, un essai randomisé contrôlé iranien (Safari et al., BMC Complementary Medicine and Therapies, 2023) chez des patients diabétiques de type 2 souffrant de dépression a montré que 12 semaines de supplémentation en extrait de mélisse amélioraient significativement les scores de dépression et d’anxiété mesurés respectivement par le Beck Depression Inventory et le Beck Anxiety Inventory.

🔑 À retenir : mélisse vs benzodiazépines

L’acide rosmarinique de la mélisse et les benzodiazépines (Lexomil®, Xanax®…) partagent une cible commune : le système GABA. Mais là s’arrête la similitude. Les benzodiazépines se fixent directement sur les récepteurs GABA-A et ont une puissance incomparablement plus élevée, avec risque de dépendance et d’accoutumance. La mélisse, en inhibant la GABA-T, préserve le GABA naturellement sans forcer les récepteurs — une action beaucoup plus douce, sans potentiel addictif documenté. Elle peut donc être utile en accompagnement d’un sevrage aux benzodiazépines, à dose progressivement croissante et toujours sous contrôle médical.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour les troubles du sommeil légers, privilégiez les associations mélisse + valériane : les deux plantes ont un mécanisme GABAergique complémentaire (la valériane agit sur la recapture du GABA, la mélisse sur sa dégradation) et plusieurs études démontrent leur synergie. La prise doit être effectuée 30 à 60 minutes avant le coucher. Comptez 2 à 4 semaines de traitement régulier avant de juger de l’efficacité.

4. Action antispasmodique et digestive

L’EMA reconnaît officiellement l’usage traditionnel de la mélisse pour « le traitement symptomatique des douleurs gastro-intestinales liées à des ballonnements et flatulences ». Cette indication repose sur des données ex vivo solides : une étude publiée dans Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine (2019) a démontré que l’extrait hydroéthanolique de Melissa officinalis exerce un effet antispasmodique direct sur différents segments du tractus gastro-intestinal de souris, via un mécanisme calcique.

En pratique clinique, la mélisse est particulièrement indiquée lorsque les troubles digestifs ont une composante neuro-fonctionnelle : colopathie fonctionnelle, dyspepsie du stress, nausées d’anxiété, reflux aggravé par les tensions. Ce profil d’action — agir à la fois sur la composante nerveuse et sur le spasme intestinal — en fait un choix logique pour le patient qui dit : « j’ai l’estomac noué quand je suis stressé ».

Concernant la thyroïde, des études animales montrent que les extraits de mélisse diminuent les taux de TSH circulante et inhibent partiellement la sécrétion thyroïdienne — ce qui suggère une prudence chez les patients traités pour hypothyroïdie ou hyperthyroïdie.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Le patient qui souffre de troubles digestifs fonctionnels et anxieux simultanément est un très bon candidat à la mélisse : une plante, deux cibles. Proposez-lui une infusion de plante fraîche (25 à 50 g/L, infusion couverte 10 minutes) 3 fois par jour, de préférence avec la plante fraîche ou une poudre de qualité titrée — la plante sèche perd significativement son huile essentielle à la dessiccation.

5. Mélisse officinale et herpès labial : une action antivirale documentée

C’est peut-être le domaine où l’evidence base est la plus convaincante en usage externe. In vitro, tous les extraits de mélisse testés confirment une activité antivirale contre l’herpès simplex virus (HSV-1 et HSV-2), y compris les souches résistantes à l’aciclovir — un avantage non négligeable. Le mécanisme, élucidé par l’Institut d’Endobiogénie, implique l’acide rosmarinique et les polyphénols associés : ils inhibent la pénétration du virus dans les cellules hôtes en bloquant la fixation du facteur d’élongation EF-2 sur les ribosomes, empêchant ainsi la réplication protéique virale.

En clinique, deux études portant sur 180 patients au total, citées par Vidal dans sa monographie de la mélisse, ont montré que l’application d’une crème à l’extrait aqueux de mélisse sur les lésions d’herpès labial diminue les symptômes et accélère la cicatrisation, avec une réduction de la rougeur et de la taille des lésions dès le 2e jour de traitement, et une résolution complète en 5 à 10 jours contre 7 à 14 jours habituellement.

ℹ️ Herpès labial vs génital

Les données cliniques probantes concernent exclusivement l’herpès labial. Aucune étude n’a démontré d’efficacité de la mélisse sur les lésions d’herpès génital. De plus, cette indication n’est pas reconnue par l’EMA. Il est important de clarifier ce point au comptoir pour éviter les erreurs d’usage.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour l’herpès labial, la mélisse se présente sous forme de crème (700 mg d’extrait par gramme de pommade) à appliquer 4 fois par jour dès les premiers symptômes (picotements, chaleur). Elle constitue une alternative intéressante à l’aciclovir topique, notamment pour les patients présentant des récidives fréquentes où la résistance virale peut être suspectée. La varicelle et le zona peuvent également bénéficier de ces applications locales, en complément du traitement médical.

6. Mémoire, cognition et maladie d’Alzheimer

La mélisse présente un profil neuroprotecteur multi-cibles qui justifie un intérêt croissant en neuropharmacologie. Des extraits éthanoliques ont démontré des activités neuroprotectrices, antioxydantes et anti-inflammatoires (inhibition de la COX-2) dans plusieurs modèles expérimentaux (Świąder et al., 2019, cités dans la revue de Zam et al., Frontiers in Bioscience-Scholar, 2022).

Sur le plan clinique, Akhondzadeh et al. (Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, 2003) ont conduit un essai clinique randomisé en double aveugle chez des patients atteints de maladie d’Alzheimer légère à modérée : l’extrait de mélisse produisait un résultat significativement meilleur sur la fonction cognitive que le placebo. Une revue systématique de 2024 (Oliveira et al., International Journal of Molecular Sciences, 2025) confirme des effets bénéfiques sur la qualité du sommeil et la cognition, tout en soulignant les limites méthodologiques de la littérature (taille des études, hétérogénéité des formulations).

🔑 À retenir : accompagnement, pas traitement

Ces données cognitives sont prometteuses mais ne justifient pas de présenter la mélisse comme traitement de la maladie d’Alzheimer : les preuves cliniques restent insuffisantes pour une recommandation thérapeutique. En revanche, son action sur l’agitation et les troubles du sommeil associés aux démences — troubles souvent difficiles à gérer pharmacologiquement — représente un apport d’accompagnement pertinent. À cette indication d’accompagnement, ajoutons que l’Université de Mayence (2023) a rapporté une réduction de 33 % de l’agitation chez l’enfant traité par extrait de mélisse, ce qui ouvre des perspectives pédiatriques.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour les aidants de patients atteints de démence, la mélisse peut être proposée comme soutien non pharmacologique aux troubles comportementaux (agitation, insomnie) — en rappelant que cela ne remplace pas l’avis neurologique et le suivi spécialisé. Une information honnête sur le niveau de preuve modeste (accompagnement) mais réel est toujours appréciée par les familles.

7. Huile essentielle de mélisse officinale en aromathérapie

L’huile essentielle de Melissa officinalis est l’une des plus onéreuses du marché (souvent plus de 100 €/5 mL) en raison de son rendement extrêmement faible (0,1 à 0,2 %). Cette rareté en fait malheureusement l’une des plus falsifiées : de nombreux produits commercialisés comme « huile essentielle de mélisse » sont en réalité des mélanges de lemongrass (Cymbopogon citratus) et de citronelle. Vérifiez systématiquement la présence d’un lot certifié avec chromatographie gaz.

Son huile essentielle authentique agit sur le système cholinergique (récepteurs muscariniques M1) et sur les récepteurs GABA-A, conférant une activité sédative, antispasmodique, hypotensive et anti-inflammatoire. Elle est particulièrement indiquée dans les états émotionnels intenses : choc affectif, colère, dépression réactionnelle, palpitations d’origine nerveuse.

Synergies aromatiques recommandées

Les huiles essentielles synergiques les plus documentées sont la lavande officinale (Lavandula angustifolia), le géranium, la marjolaine à coquilles et les agrumes (bergamote, mandarine). Voici deux formules classiques :

🌿 Formule anti-stress / anti-trac

  • HE Lavande officinale (Lavandula angustifolia) : 30 gouttes
  • HE Mélisse officinale (Melissa officinalis) : 30 gouttes
  • HE Marjolaine à coquilles (Origanum majorana) : 30 gouttes
  • HV Millepertuis : 30 mL + HV Amande douce : 30 mL

Application : massage du plexus solaire et des tempes, 1 à 2 fois par jour.

🌙 Formule insomnie

  • HE Valériane officinale (Valeriana officinalis) : 20 gouttes
  • HE Mélisse officinale (Melissa officinalis) : 20 gouttes
  • HE Mandarine (Citrus reticulata) : 20 gouttes
  • HV Millepertuis : 30 mL + HV Amande douce : 30 mL

Application : massage du plexus solaire et des tempes en fin de journée et avant le coucher.

⚠️ Précautions pour l’huile essentielle de mélisse

Ne jamais prendre l’huile essentielle de mélisse par voie orale sans avis d’un professionnel de santé formé en aromathérapie. Toujours diluer dans une huile végétale avant application cutanée (maximum 1-2 %). Éviter l’exposition solaire dans les 3 heures suivant l’application. Tester sur la face interne de l’avant-bras avant tout usage, notamment chez l’enfant. La plupart des huiles essentielles, dont celle de mélisse, sont contre-indiquées chez la femme enceinte et allaitante et chez l’enfant de moins de 3 ans.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Face à un patient qui demande de l’huile essentielle de mélisse, vérifiez systématiquement l’origine du produit : botanique (Melissa officinalis), chémotype, lot avec analyses chromatographiques disponibles. Un flacon de 5 mL à moins de 20 € est presque certainement falsifié. La qualité thérapeutique exige une HE certifiée — et il vaut mieux orienter vers un extrait standardisé pour usage interne si le budget est limité.

8. Formes galéniques, posologies et conseils pratiques

La mélisse est utilisée sous plusieurs formes dont le choix conditionne l’efficacité. La teneur en acide rosmarinique, principal marqueur d’activité, varie considérablement selon la préparation.

Forme galénique Posologie usuelle Indications privilégiées Remarques
Infusion 1,5–4,5 g dans 150 mL, 3×/j Spasmes digestifs, anxiété légère Plante fraîche préférable ; couvrir pendant l’infusion pour conserver l’HE
Extrait sec standardisé (gélules) 300–600 mg/j (≥ 6–7 % AR) Anxiété, sommeil, études cliniques Forme de référence des essais cliniques ; meilleure reproductibilité
Teinture-mère / alcoolat 6–12 mL/j Anxiété, palpitations nerveuses Eau de mélisse des Carmes : usage traditionnel bien documenté
Phytosome (extrait phospholipidique) Selon produit Sommeil, biodisponibilité améliorée Étude Di Pierro et al., Nutrients 2024 — forme prometteuse
Crème / pommade (usage externe) 700 mg/g, 4×/j Herpès labial, varicelle Dès les premiers symptômes pour une efficacité maximale

Formes galéniques de la mélisse officinale et posologies de référence — Sources : EMA Community Herbal Monograph ; Di Pierro et al., Nutrients 2024.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

L’EMA recommande de réserver l’usage de la mélisse aux patients de plus de 12 ans. Pour les enfants de moins de 12 ans, les données cliniques sont insuffisantes — on les orientera vers des formes adaptées sous contrôle pédiatrique. La durée d’utilisation recommandée par l’EMA est de 4 semaines maximum en automédication ; au-delà, un avis médical est souhaitable.

9. Précautions, interactions et contre-indications de la mélisse officinale

Le profil de tolérance de la mélisse officinale est globalement excellent : aucun effet indésirable grave n’est documenté aux doses thérapeutiques recommandées. Toutefois, plusieurs interactions et populations à risque méritent une attention particulière au comptoir.

⚠️ Interactions médicamenteuses à surveiller

  • Médicaments sédatifs et hypnotiques (benzodiazépines, zolpidem, antihistaminiques sédatifs) : risque de potentialisation de l’effet sédatif. Association déconseillée sauf avis médical.
  • Traitements thyroïdiens (lévothyroxine, anti-thyroïdiens de synthèse) : interaction documentée chez l’animal sur la TSH et la sécrétion thyroïdienne. Prudence ; informer l’endocrinologue.
  • Autres plantes sédatives (valériane à forte dose, passiflore, houblon) : synergie additive à surveiller — utile à petite dose, potentiellement excessive à forte dose.

⚠️ Populations à risque

  • Femme enceinte et allaitante : l’innocuité de la mélisse n’est pas suffisamment documentée. Par principe de précaution, usage déconseillé — cela inclut les infusions quotidiennes, bien que traditionnellement utilisées contre les nausées de grossesse.
  • Patients en choc post-traumatique : l’EMA déconseille spécifiquement l’usage de la mélisse dans ce contexte, le mécanisme GABAergique pouvant interférer avec le traitement psychiatrique.
  • Glaucome à angle fermé : prudence théorique en raison de l’activité cholinergique de l’HE.
Tableau récapitulatif — Niveaux de preuve par indication
Indication Niveau de preuve ℹ️ Référence clé Statut EMA
Anxiété légère à modérée ⭐⭐⭐⭐ Ghazizadeh et al., Phytother Res 2021 Usage traditionnel reconnu
Troubles du sommeil légers ⭐⭐⭐⭐ Di Pierro et al., Nutrients 2024 Usage traditionnel reconnu
Spasmes digestifs / ballonnements ⭐⭐⭐ EMA monograph ; études ex vivo 2019 Usage traditionnel reconnu
Herpès labial (usage topique) ⭐⭐⭐⭐ 2 ECR (180 patients) — Vidal monographie Données cliniques suffisantes
Cognition / Alzheimer (accompagnement) ⭐⭐⭐ Akhondzadeh et al., JNNP 2003 ; Oliveira et al. 2025 Accompagnement — non reconnu
Dépression légère ⭐⭐⭐ Safari et al., BMC Compl Med 2023 Accompagnement — non reconnu
Agitation chez l’enfant ⭐⭐ Université Mayence, 2023 Données préliminaires

🔑 En résumé : la mélisse officinale au comptoir

La mélisse officinale est bien plus qu’une simple tisane apaisante. Son principal actif, l’acide rosmarinique, cible précisément la GABA-transaminase — une enzyme clé du système inhibiteur cérébral —, ce qui lui confère un mécanisme sédatif et anxiolytique pharmacologiquement solide, distinct de l’addiction aux benzodiazépines.

La méta-analyse de Ghazizadeh et al. (2021) et l’essai de Di Pierro et al. (2024) confirment son efficacité sur l’anxiété et le sommeil. En usage topique, ses propriétés antivirales contre HSV-1 sont bien documentées pour l’herpès labial. Son profil de tolérance est excellent ; les principales précautions concernent les interactions sédatives et thyroïdiennes, et la contre-indication chez la femme enceinte. Pour un effet optimal, privilégiez les extraits standardisés titrés en acide rosmarinique plutôt que les tisanes de plante sèche.

Avertissement : Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne se substitue pas à un avis médical ou pharmaceutique personnalisé. La mélisse officinale est une plante médicinale dont l’usage doit être adapté à chaque situation clinique individuelle. En cas de pathologie déclarée, de traitement médicamenteux en cours ou de grossesse, consultez votre médecin ou pharmacien avant toute automédication. Les niveaux de preuve indiqués reflètent l’état de la littérature scientifique disponible en juin 2026.

Sources principales : Petrisor G. et al., Int J Mol Sci, 2022 — Ghazizadeh J. et al., Phytother Res, 2021 — Di Pierro F. et al., Nutrients, 2024 — Safari M. et al., BMC Complement Med Ther, 2023 — Awad R. et al., Phytother Res, 2009 — EMA Community Herbal Monograph on Melissa officinalis — Monographie Vidal mélisseHAS – Haute Autorité de Santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Êtes-vous un humain ?Captcha