Huile essentielle de citronnelle : anti-moustique fiable ?

Citronnelle Java ou Ceylan, moustiques, bougies, allergies : ce que montre la recherche et comment l'utiliser sans risque.

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Huile essentielle de citronnelle : moustiques, bougies — efficace ?

📅 Publié le 30 septembre 2026 🔄 Dernière révision 30 septembre 2026 ⏱️ 20 min de lecture

L’huile essentielle de citronnelle repousse bien les moustiques, mais pendant très peu de temps : de quelques minutes à deux heures selon la formulation, contre plusieurs heures pour un répulsif de référence. Dans l’essai comparatif de Fradin et Day (N Engl J Med, 2002), aucun produit à la citronnelle n’a protégé plus de 20 minutes.

Elle n’est donc pas un répulsif cutané recommandé : les recommandations sanitaires aux voyageurs 2026 du HCSP ne retiennent plus que les répulsifs disposant d’une autorisation de mise sur le marché (DEET, IR3535, icaridine). Elle garde en revanche une place d’appoint, pour le confort d’une soirée en métropole, à condition de choisir le bon type (Java plutôt que Ceylan) et de respecter ses précautions d’emploi, car c’est aussi une huile allergisante.

Cette fiche détaille ce que contient réellement le flacon, pourquoi son effet s’évapore si vite, ce que valent bougies et « plantes anti-moustiques », et comment la conseiller sans risque. Pour les règles générales d’usage des huiles essentielles, voir le guide complet de l’aromathérapie.

⚡ L’essentiel en un coup d’œil

🎯 À quoi ça sert, vraiment ?

  • Répulsif d’appoint contre les moustiques — efficace mais bref, inférieur au DEET (⭐⭐⭐)
  • Parfum d’ambiance « anti-insectes » en diffusion continue — effet partiel en intérieur, faible en extérieur (⭐⭐)
  • ❌ Pas une protection en zone de paludisme, dengue ou chikungunya
  • ❌ Pas d’effet démontré de la plante « citrosa » en pot, ni des bracelets imprégnés

💊 Comment la conseiller ?

  • HE de citronnelle de Java (Cymbopogon winterianus), riche en citronellal
  • Sur la peau : diluée à 5 % dans une huile végétale, à renouveler toutes les 30 à 60 minutes
  • En diffusion : séquences de 15 à 20 minutes, pièce aérée, sans personne fragile
  • Délai d’effet : immédiat… et durée d’effet courte

🚫 5 questions à poser avant de conseiller

  • Partez-vous dans une zone où circulent paludisme, dengue ou chikungunya ?
  • Pour qui : un enfant de moins de 6 ans ?
  • La patiente est-elle enceinte ou allaitante ?
  • Avez-vous déjà réagi à un parfum, un cosmétique ou une huile essentielle ?
  • Y a-t-il une personne asthmatique dans la pièce où vous diffuserez ?

Le détail de chaque point — mécanismes, preuves, sources — est développé section par section ci-dessous.

1. Java, Ceylan, lemongrass : de quelle citronnelle parle-t-on ?

En bref : « citronnelle » désigne au moins trois huiles différentes. Pour un usage anti-moustique, c’est la citronnelle de Java qu’il faut demander, en vérifiant le nom latin sur le flacon.

Le mot « citronnelle » recouvre plusieurs graminées tropicales du genre Cymbopogon, toutes à odeur citronnée mais de chimie très différente. C’est la première source d’erreur au comptoir : le patient demande « de la citronnelle » et repart avec la mauvaise huile.

  • Citronnelle de Java (Cymbopogon winterianus) : la plus riche en citronellal, la molécule la mieux corrélée à l’effet répulsif. C’est la référence en pharmacie.
  • Citronnelle de Ceylan (Cymbopogon nardus) : plus pauvre en citronellal, et contenant du méthyleugénol, une molécule sous surveillance (voir section 2).
  • Lemongrass ou verveine des Indes (Cymbopogon citratus, C. flexuosus) : la « citronnelle » de la cuisine asiatique, dominée par le citral. Autre huile, autre profil de tolérance.

Une quatrième confusion est fréquente : l’eucalyptus citronné (Corymbia citriodora). Son huile contient aussi beaucoup de citronellal, et c’est d’elle que dérive le PMD (para-menthane-3,8-diol), un actif répulsif transformé. À lire : la fiche consacrée à l’huile essentielle d’eucalyptus citronné.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Faites lire le nom latin avant tout conseil. « Cymbopogon winterianus » sur l’étiquette, c’est la bonne huile pour un usage anti-moustique. Si le flacon indique seulement « citronnelle » sans nom botanique ni chémotype, orientez vers un produit mieux documenté.

2. Composition : citronellal, géraniol et une molécule à surveiller

En bref : la citronnelle de Java contient environ dix fois plus de citronellal que celle de Ceylan. Celle de Ceylan apporte en plus du méthyleugénol, classé cancérogène probable : raison de plus pour préférer Java.

Les deux huiles sont définies par des normes internationales, qui fixent des fourchettes pour leurs constituants majeurs. La norme ISO 3848 (2016) exige pour le type Java 31 à 40 % de citronellal et 20 à 25 % de géraniol. La norme ISO 3849 (2003) n’autorise pour le type Sri Lanka que 3 à 6 % de citronellal, mais 15 à 23 % de géraniol et 7 à 11 % de méthylisoeugénol.

Les trois molécules clés

  • Citronellal (un aldéhyde monoterpénique, c’est-à-dire une petite molécule odorante très volatile) : principal support de l’effet répulsif.
  • Géraniol (un alcool monoterpénique, aussi présent dans le géranium bourbon) : répulsif lui aussi, un peu moins volatil, mais allergisant.
  • Citronellol : alcool proche, contribue à l’odeur et à l’effet, également allergène déclaré en cosmétique.

Le méthyleugénol, l’invité indésirable

Le méthyleugénol est génotoxique (capable d’endommager l’ADN) et cancérogène chez le rongeur. Le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé cancérogène probable pour l’homme (groupe 2A) (IARC Monographs vol. 134, 2023). L’EFSA a retrouvé de 0,41 à 1 % de méthyleugénol dans tous les lots d’huile de C. nardus qu’elle a évalués (EFSA FEEDAP Panel, EFSA Journal, 2024).

C’est précisément ce contaminant qui avait conduit Santé Canada à proposer, dès 2004, le retrait progressif des répulsifs cutanés à la citronnelle (Health Canada, PMRA, 2004). L’agence a ensuite fixé un plafond de méthyleugénol de 2 ppm (0,0002 %) dans le produit fini.

🔑 À retenir

Pour un usage répété sur la peau, la citronnelle de Java est doublement préférable : plus de citronellal (l’actif utile), et moins d’exposition au méthyleugénol que le type Ceylan. En diffusion ponctuelle, l’exposition reste faible quel que soit le type.

A. Deux huiles, deux profils (normes ISO) B. Durée de protection mesurée Fradin & Day, N Engl J Med 2002 — bras en cage, Aedes Java (C. winterianus) Ceylan (C. nardus) Citronellal 31–40 % 3–6 % Géraniol 20–25 % 15–23 % Méthyl- isoeugénol non spécifié par l’ISO 7–11 % ⚠ Ceylan : méthyleugénol 0,4–1 % (EFSA 2024), cancérogène probable (CIRC 2A) Répulsifs à la citronnelle (0,05–12 %) ≤ 20 min Bracelet imprégné (25 % citronnelle) ≈ 15 secondes DEET 23,8 % (référence) ≈ 5 heures Échelle : 1 px ≈ 1 minute de protection complète Pourquoi si bref ? Citronellal très volatil (s’évapore de la peau) → Concentration sous le seuil des récepteurs (olfactifs, TRPA1) → Le moustique pique à nouveau (fixateur type vanilline : ↑ durée)

Composition des huiles de citronnelle de Java et de Ceylan selon les normes ISO 3848 et 3849, et durées de protection mesurées dans l’essai comparatif de Fradin et Day (N Engl J Med, 2002).

3. Huile essentielle de citronnelle et moustiques : ce que montrent vraiment les études

En bref : la citronnelle repousse réellement les moustiques, mais sa protection sur la peau se compte en minutes, pas en heures. Elle suffit pour le confort d’une soirée en métropole, jamais pour se protéger d’une maladie transmise par un moustique.

Sur la peau : un effet réel mais bref

L’essai de référence reste celui de Fradin et Day (N Engl J Med, 2002). Seize produits ont été testés sur des volontaires exposés à des moustiques Aedes en cage. Tous les répulsifs à la citronnelle, dosés de 0,05 à 12 %, ont protégé 20 minutes ou moins. Le DEET à 23,8 % a tenu en moyenne environ cinq heures dans les mêmes conditions.

La méta-analyse de Kongkaew et al. (Trop Med Int Health, 2011) nuance ce tableau sans le renverser. Sur 11 études contrôlées en laboratoire, la citronnelle réduit bien les piqûres par rapport à l’absence de produit. Mais elle reste moins durable que le DEET, et l’ajout de vanilline (un fixateur qui ralentit l’évaporation) prolonge nettement la protection.

Les écarts entre études s’expliquent surtout par la formulation, la concentration et l’espèce de moustique testée. Dans la méta-analyse de Kongkaew, l’association citronnelle-vanilline approchait le DEET contre Anopheles et Culex (sur un petit nombre d’études), mais pas contre Aedes, le genre du moustique tigre, qui semble le moins sensible à la citronnelle.

Bracelets, bougies et diffuseurs : très inégaux

  • Bracelets imprégnés : dans l’essai de Fradin et Day, un bracelet à 25 % de citronnelle a protégé en moyenne une quinzaine de secondes. Protection nulle en pratique.
  • Bougies : en intérieur, des bougies à 5 % de citronnelle n’ont réduit les piqûres que de 14 % (Müller et al., J Vector Ecol, 2009).
  • Diffuseurs continus : 68 % de répulsion en intérieur dans la même étude, mais seulement 22 % en extérieur à 6 mètres. Le géraniol pur faisait nettement mieux (97 % en intérieur).

La position officielle en France

Dans ses recommandations sanitaires aux voyageurs 2026, publiées en juillet, le HCSP ne recommande plus que les répulsifs cutanés disposant d’une autorisation de mise sur le marché : DEET, IR3535 et icaridine (Cespharm, Ordre des pharmaciens, 2026). Aucune huile essentielle de citronnelle n’en fait partie.

⚠️ Zones à risque : jamais la citronnelle seule

En zone de paludisme, de dengue, de chikungunya ou de Zika, en outre-mer comme à l’étranger, la citronnelle ne doit jamais être le répulsif principal. Orientez vers un répulsif autorisé adapté à l’âge, associé aux vêtements couvrants et à la moustiquaire. Voir la prévention du paludisme chez le voyageur et le guide santé voyage.

🆚 Mythe ou réalité ?

❌ Ce qu’on entend souvent

« J’ai mis un géranium citronnelle sur mon balcon, les moustiques ne viennent plus. »

✅ Ce que montre la recherche

La « plante anti-moustique » vendue en jardinerie (Pelargonium citrosum) n’est pas une citronnelle : c’est un géranium odorant, sans trace de l’huile de Cymbopogon. En essai de terrain, les volontaires placés à côté étaient autant piqués que les autres (Matsuda et al., J Am Mosq Control Assoc, 1996) — ⭐⭐⭐.

🆚 Mythe ou réalité ?

❌ Ce qu’on entend souvent

« Une bougie à la citronnelle sur la table, et la terrasse est protégée. »

✅ Ce que montre la recherche

Partiellement vrai, et tout dépend de la bougie. Une étude de 2026 sur sept bougies du commerce n’en a trouvé que trois plus efficaces qu’une simple bougie sans parfum : des mélanges riches en huiles essentielles, pas la bougie à 3 % de citronnelle seule (Lopez et al., Front Insect Sci, 2026) — ⭐⭐.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour un apéritif en terrasse en métropole, la citronnelle est un choix de confort acceptable, à condition de prévenir : « elle vous protège une demi-heure, pas la soirée ». Dès qu’il y a un enjeu de santé (voyage, grossesse en zone d’épidémie, allergie aux piqûres), c’est un répulsif autorisé qu’il faut conseiller.

4. Mécanisme : pourquoi l’effet s’évapore si vite

En bref : le citronellal agit comme un signal d’alarme olfactif pour le moustique, mais il s’évapore trop vite pour rester au-dessus du seuil de détection. Réappliquer souvent n’est pas un défaut d’usage, c’est la pharmacologie de la molécule.

Un répulsif agit de deux façons : il masque les odeurs humaines qui attirent le moustique, ou il active chez lui des récepteurs d’évitement (Meier et al., Trends Parasitol, 2025). Le citronellal fait surtout la seconde chose.

Chez l’insecte, il est détecté par deux voies. D’une part les récepteurs olfactifs des antennes, qui dépendent d’un co-récepteur commun appelé Orco. D’autre part le canal TRPA1 (un « capteur d’irritants », cousin de celui qui nous fait larmoyer face à la moutarde ou au wasabi). Kwon et al. (Curr Biol, 2010) ont montré que les mouches privées de TRPA1 ne fuient plus le citronellal, et que le TRPA1 du moustique Anopheles est directement activé par cette molécule.

Le problème est physique : le citronellal est une petite molécule très volatile. Sur la peau chaude, il s’évapore en quelques dizaines de minutes et sa concentration passe sous le seuil de détection. Maia et Moore (Malar J, 2011) soulignent que c’est la principale limite des répulsifs végétaux. D’où l’intérêt des fixateurs comme la vanilline, ou des formes encapsulées qui libèrent l’huile plus lentement.

ℹ️ Pourquoi le DEET tient plus longtemps

Le DEET, l’IR3535 et l’icaridine sont des molécules beaucoup moins volatiles : elles restent plus longtemps sur la peau à une concentration suffisante. C’est ce paramètre physico-chimique, bien plus que « l’origine chimique ou naturelle », qui explique l’écart de durée.

🔭 Perspective de recherche : et si le problème venait aussi de votre peau ?

Tout le monde n’attire pas les moustiques de la même façon. En suivant des volontaires pendant plusieurs années, De Obaldia et al. (Cell, 2022) ont montré que les personnes les plus piquées, les « aimants à moustiques », produisent davantage d’acides carboxyliques sur la peau. Ces acides proviennent du sébum, transformé par les bactéries du microbiote cutané, et le phénomène restait stable dans le temps.

Cette piste relie deux mondes rarement rapprochés : la dermatologie du microbiote cutané et la prévention antivectorielle. À terme, elle pourrait conduire à des stratégies qui réduisent l’attractivité de la peau plutôt que de seulement masquer l’odeur. Côté répulsifs, le canal TRPA1 du moustique est aussi étudié comme cible pour concevoir des molécules plus durables que le citronellal.

Nature des données : étude observationnelle humaine avec tests de comportement de moustiques en laboratoire (De Obaldia, 2022) ; modèles d’insectes et canaux exprimés en cellule (Kwon, 2010). Niveau de preuve : ⭐⭐

Au comptoir : aucune recommandation pratique ne découle encore de ces travaux. Ils aident simplement à répondre au patient qui se demande « pourquoi moi ? » : ce n’est ni son sang ni son alimentation, mais surtout la chimie de sa peau.

5. Autres usages : diffusion, textiles, activité antifongique

En bref : en dehors de l’effet répulsif, la citronnelle est surtout un parfum d’ambiance. Son activité antifongique n’est démontrée qu’en laboratoire et ne justifie aucun usage sur une mycose.

Parfum d’ambiance et textiles

La citronnelle est très utilisée en diffusion pour son odeur fraîche et pour éloigner les insectes d’une pièce. Le seul essai comparatif disponible montre une répulsion de 68 % en intérieur avec un diffuseur continu, bien moins en extérieur (Müller et al., J Vector Ecol, 2009). Quelques gouttes sur un tissu d’armoire ou un sachet de lavandin sont aussi un usage traditionnel contre les mites des vêtements, sans étude clinique à l’appui.

Une activité antifongique… en boîte de Pétri

Nakahara et al. (JARQ, 2003) ont montré que les vapeurs d’huile de C. nardus inhibent la croissance de moisissures alimentaires (Aspergillus, Penicillium), le citronellal et le linalol étant les composés les plus actifs. Ce sont des données in vitro uniquement, sur des champignons qui ne sont pas ceux des mycoses humaines.

🔑 À retenir

Ne conseillez pas la citronnelle pour une mycose de la peau ou des ongles : les antifongiques validés et, en aromathérapie, des huiles mieux documentées sont préférables. À lire : traitements de la mycose des pieds.

6. Précautions : allergie, enfants, grossesse

En bref : la citronnelle fait partie des huiles essentielles les plus souvent en cause dans les allergies de contact. Jamais pure sur la peau, jamais par voie orale, et pas chez l’enfant de moins de 6 ans ni pendant la grossesse.

Une huile allergisante

Dans la revue de de Groot et Schmidt (Dermatitis, 2016), la citronnelle figure parmi les neuf huiles essentielles donnant plus de 2 % de tests épicutanés positifs chez des patients consultant pour un eczéma de contact. Ses allergènes connus sont le géraniol, le citronellol, le limonène et le citral, qui doivent d’ailleurs être signalés sur l’étiquette des cosmétiques.

Le risque est concret en France : un travail du groupe de dermato-allergologie de la Société française de dermatologie a décrit 42 patients allergiques à leurs propres huiles essentielles, dont 8 ont dû être hospitalisés (Contact Dermatitis, 2023). Le risque augmente avec les applications répétées, typiques d’un usage « anti-moustique » tout l’été.

Populations à protéger

  • Enfants de moins de 6 ans : pas d’application cutanée ni de diffusion en leur présence (limite retenue sur ce site pour l’ensemble des huiles essentielles).
  • Grossesse et allaitement : à éviter par précaution, faute de données, a fortiori pour le type Ceylan qui contient du méthyleugénol. À lire : cosmétiques et grossesse.
  • Asthme et allergies respiratoires : pas de diffusion dans la pièce, les composés volatils pouvant déclencher une gêne respiratoire.
  • Peau lésée, eczéma, antécédent d’allergie aux parfums : pas d’application.

⚠️ Interactions et associations

Aucune interaction médicamenteuse cliniquement documentée n’est connue pour la citronnelle utilisée en diffusion ou diluée sur la peau. La vigilance porte sur les associations :

  • Crème solaire : l’appliquer au moins 30 minutes avant tout produit répulsif, qui tend à en réduire l’efficacité (ARS PACA, guide des répulsifs cutanés).
  • Autres produits parfumés (déodorant, parfum, autres huiles) : ils cumulent les mêmes allergènes et augmentent le risque de sensibilisation.
  • Traitements dermatologiques locaux (rétinoïdes, peelings) : peau fragilisée, application déconseillée sur les zones traitées.

🚫 Stop : trois erreurs à ne jamais commettre

  • Jamais par voie orale, même « une goutte sur un sucre ».
  • Jamais pure sur la peau, même en petite surface.
  • Jamais dans les yeux ni sur les muqueuses : rincer abondamment à l’huile végétale puis à l’eau en cas de contact, et appeler un centre antipoison si l’huile a été avalée.

🆚 Mythe ou réalité ?

❌ Ce qu’on entend souvent

« C’est naturel, donc c’est plus doux pour la peau qu’un répulsif chimique. »

✅ Ce que montre la recherche

Faux. La citronnelle est l’une des huiles essentielles les plus souvent en cause dans l’eczéma de contact (de Groot et Schmidt, Dermatitis, 2016), et il faut la réappliquer souvent, ce qui multiplie l’exposition. Les répulsifs autorisés ont, eux, fait l’objet d’une évaluation de toxicité réglementaire — ⭐⭐⭐.

7. Comment utiliser l’huile essentielle de citronnelle au quotidien

En bref : diluée à 5 % sur la peau ou diffusée par courtes séquences, la citronnelle de Java est un outil de confort pour une soirée en métropole. Tout usage « santé » passe par un répulsif autorisé.

Sur la peau, chez l’adulte

  • Dilution : 5 % environ, soit à peu près 30 gouttes pour 20 mL d’huile végétale (jojoba, amande douce).
  • Test préalable : une goutte du mélange au pli du coude, puis attendre 48 heures sans réaction avant d’en appliquer davantage.
  • Zones : chevilles, poignets, nuque. Jamais sur le visage.
  • Fréquence : renouveler toutes les 30 à 60 minutes si besoin, sans dépasser quelques applications par jour ni plusieurs semaines d’usage continu.

En diffusion

  • Diffuseur à nébulisation ou à ultrasons, 15 à 20 minutes avant de passer à table ou avant le coucher, fenêtre entrouverte ensuite.
  • Hors de la présence d’enfants de moins de 6 ans, de femmes enceintes et de personnes asthmatiques.
  • Pas de diffusion en continu toute la nuit dans une chambre.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pensez global plutôt que « produit miracle » : vider les soucoupes et récipients d’eau stagnante autour de la maison, porter des vêtements longs et clairs le soir, utiliser une moustiquaire ou un ventilateur la nuit. La citronnelle ne vient qu’en complément. En cas de piqûres déjà présentes, voir que faire face aux piqûres d’insectes.

8. Tableau récapitulatif

En bref : un usage de confort bien documenté mais limité, et beaucoup de promesses commerciales non vérifiées. Survolez les étoiles pour connaître la nature des données.

Usage Ce que dit la recherche Niveau de preuve Verdict comptoir
Répulsif cutané, confort en métropole Effet réel, ≤ 20 min à quelques heures selon formulation, inférieur au DEET ⭐⭐⭐ Appoint, diluée, réappliquée
Répulsif en zone de paludisme, dengue, chikungunya Non recommandée : seuls DEET, IR3535, icaridine ⭐⭐⭐⭐⭐ Non
Diffuseur continu en intérieur 68 % de répulsion en intérieur, 22 % en extérieur ⭐⭐ Possible, par séquences
Bougie à la citronnelle 14 % en intérieur ; efficacité dépendante du mélange ⭐⭐ Effet d’ambiance surtout
Plante « citrosa » en pot, bracelet imprégné Aucune protection mesurable ⭐⭐⭐ Inutile
Activité antifongique Inhibition de moisissures en laboratoire ⭐ Pas d’usage clinique

Légende : ⭐⭐⭐⭐⭐ Élevé · ⭐⭐⭐⭐ Solide · ⭐⭐⭐ Bonne · ⭐⭐ Modérée · ⭐ Controversé ou préliminaire. Survolez chaque note pour la nature des données.

✅ À favoriser
Citronnelle de Java (C. winterianus)Plus de citronellal, moins de méthyleugénol
Dilution à 5 % dans une huile végétaleLimite l’irritation et la sensibilisation
Test au pli du coude 48 h avantRepère une réaction avant une application étendue
Répulsif autorisé dès qu’il y a un enjeu de santéDEET, IR3535 ou icaridine selon l’âge et la situation
🚫 À limiter ou éviter
Huile pure sur la peauIrritation, allergie de contact
Usage quotidien tout l’étéExpositions répétées = risque de sensibilisation
Citronnelle seule en voyage tropicalProtection insuffisante contre les maladies vectorielles
Enfant de moins de 6 ans, grossesse, asthmePopulations à orienter vers d’autres solutions

🔑 En résumé

L’huile essentielle de citronnelle repousse bien les moustiques, mais pour une durée courte, car son principal actif, le citronellal, s’évapore vite. Elle convient à un usage de confort ponctuel en métropole, diluée et réappliquée, jamais à la prévention des maladies transmises par les moustiques, pour laquelle le HCSP ne retient que le DEET, l’IR3535 et l’icaridine.

Préférez le type Java, oubliez les bracelets et la plante citrosa, et gardez en tête que c’est une huile allergisante : jamais pure, jamais par voie orale, pas avant 6 ans ni pendant la grossesse.

📚 Sources de cet article

Niveau de preuve global : ⭐⭐⭐ Bonne pour l’effet anti-moustique, ⭐ pour les autres usages.

  1. Fradin MS, Day JF, N Engl J Med, 2002 — Comparative efficacy of insect repellents against mosquito bites
  2. Cespharm, Ordre national des pharmaciens, 2026 — Voyage et santé : recommandations HCSP 2026
  3. HCSP, Ministère de la Santé, 2026 — Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026
  4. ISO 3848:2016 — Huile essentielle de citronnelle, type Java
  5. ISO 3849:2003 — Huile essentielle de citronnelle, type Sri Lanka
  6. IARC Monographs vol. 134, 2023 — Methyleugenol (classement et expositions, dont répulsifs à la citronnelle)
  7. EFSA FEEDAP Panel, EFSA Journal, 2024 — Safety of citronella oil (Cymbopogon nardus)
  8. Health Canada, PMRA, 2004 — Proposed phase-out of citronella-based personal insect repellents
  9. Kongkaew C et al., Trop Med Int Health, 2011 — Effectiveness of citronella preparations in preventing mosquito bites
  10. Müller GC et al., J Vector Ecol, 2009 — Efficacy of the botanical repellents geraniol, linalool, and citronella
  11. Matsuda BM et al., J Am Mosq Control Assoc, 1996 — Field evaluation of the citrosa plant
  12. Lopez AD et al., Front Insect Sci, 2026 — Essential oil-based candles as spatial repellents
  13. Meier CJ et al., Trends Parasitol, 2025 — Making scents of mosquito repellents
  14. Kwon Y et al., Curr Biol, 2010 — Drosophila TRPA1 channel is required to avoid citronellal
  15. Maia MF, Moore SJ, Malar J, 2011 — Plant-based insect repellents: a review
  16. De Obaldia ME et al., Cell, 2022 — Differential mosquito attraction to humans and skin carboxylic acids
  17. Nakahara K et al., JARQ, 2003 — Chemical composition and antifungal activity of Cymbopogon nardus oil
  18. de Groot AC, Schmidt E, Dermatitis, 2016 — Essential oils, part IV: contact allergy
  19. Groupe de dermato-allergologie de la SFD, Contact Dermatitis, 2023 — Allergic contact dermatitis from essential oils in consumer products
  20. ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur — Les répulsifs cutanés (fiche d’information)

Cet article est rédigé à des fins d’information par un docteur en pharmacie et ne remplace pas l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Les huiles essentielles sont des substances actives : en cas de grossesse, d’allaitement, chez l’enfant, en cas d’allergie, d’asthme ou de traitement en cours, demandez conseil avant toute utilisation. Avant un voyage en zone tropicale, consultez un professionnel de santé pour une protection adaptée contre les maladies transmises par les moustiques.

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