Dermatite atopique : homéopathie et soins complémentaires

Souches homéopathiques, gemmothérapie et soins locaux pour accompagner la dermatite atopique. Guide pratique du pharmacien, fondé sur les données actuelles.

La dermatite atopique homéopathie est une association que de nombreux patients — et leurs parents — explorent en complément du suivi dermatologique. La dermatite atopique (ou eczéma atopique) touche 15 à 20 % des enfants et jusqu’à 3 % des adultes en France (HAS, 2018). C’est une maladie inflammatoire chronique de la peau, médiée par un dérèglement immunitaire de type Th2 — une réponse immunitaire biaisée vers l’allergie plutôt que vers la défense antivirale. Son traitement de fond repose sur des bases scientifiques solides : émollients, dermocorticoïdes et, pour les formes sévères, immunomodulateurs comme le dupilumab. L’homéopathie, dont le niveau de preuve dans cette indication reste très limité à ce jour, peut néanmoins s’inscrire comme approche d’accompagnement pour certains patients, à condition de ne jamais se substituer au traitement médical prescrit.

⚠️ Avertissement médical important

L’homéopathie est présentée dans cet article comme une approche d’accompagnement uniquement. Elle ne doit en aucun cas se substituer au traitement prescrit par le dermatologue ou le médecin. En cas de poussée sévère, de surinfection (impetiginisation), ou de résistance au traitement habituel, consultez impérativement un professionnel de santé. L’automédication exclusive dans la dermatite atopique expose à des complications (retard de traitement, aggravation des lésions, surinfection à Staphylococcus aureus).

1. Dermatite atopique : quelle place pour l’homéopathie en 2026 ?

Avant d’aborder les souches, il est indispensable de poser le cadre : la dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique dont les mécanismes physiopathologiques sont aujourd’hui bien documentés. Au cœur du processus : une dysfonction de la barrière cutanée (liée notamment à des mutations du gène codant la filaggrine, une protéine structurelle de l’épiderme) combinée à une hyperactivation lymphocytaire Th2, avec surproduction d’interleukines IL-4, IL-13 et IL-31 — cette dernière étant directement responsable du prurit chronique. C’est précisément sur ces cibles moléculaires qu’agit le dupilumab, anticorps monoclonal approuvé par l’EMA et dont l’efficacité est soutenue par des essais randomisés de haut niveau (⭐⭐⭐⭐⭐).

L’homéopathie, de son côté, ne dispose pas d’essais cliniques contrôlés de qualité suffisante dans la dermatite atopique pour prétendre à un effet spécifique démontré. La revue Cochrane de Mathie et al. (2017) sur les essais homéopathiques en double aveugle conclut à des données insuffisantes et à un risque de biais élevé. La HAS a par ailleurs exclu l’homéopathie du remboursement en 2019, faute de preuve d’efficacité supérieure au placebo.

Pourquoi en parler, alors ? Parce que la réalité du comptoir est plus nuancée. Une partie des patients — notamment les parents d’enfants atopiques — recherche des approches douces, complémentaires, qui s’intègrent dans une prise en charge globale. L’homéopathie peut jouer un rôle dans ce contexte : soutien de l’observance thérapeutique globale, effet placebo (dont l’impact sur le prurit et l’anxiété liée à la maladie chronique n’est pas négligeable), sentiment de participation active au soin. À condition que le pharmacien pose clairement les limites.

ℹ️ Ce que dit la science : niveau de preuve de l’homéopathie dans la dermatite atopique

Aucun essai clinique randomisé de qualité suffisante ne démontre d’efficacité spécifique de l’homéopathie dans la dermatite atopique à ce jour. Les études disponibles souffrent de petits effectifs, d’absence de groupe contrôle solide, et d’un risque de biais élevé (Mathie et al., Systematic Reviews, 2017). L’effet observé en pratique clinique n’est pas nul, mais il est probablement attribuable à l’effet placebo, à l’amélioration de l’observance globale et à la relation thérapeutique. Le pharmacien doit le nommer clairement.

Pyramide thérapeutique — Dermatite atopique Place respective des traitements selon le niveau de preuve ÉMOLLIENTS quotidiens Barrière cutanée · ⭐⭐⭐⭐⭐ · Toutes formes DERMOCORTICOÏDES / Tacrolimus Poussées · ⭐⭐⭐⭐⭐ · Formes légères à modérées BIOTHÉRAPIES (Dupilumab…) ⭐⭐⭐⭐⭐ · Formes sévères HOMÉO / GEMMO ⭐ Accompagnement ⭐⭐⭐⭐⭐ Niveau de preuve élevé ⭐ Accompagnement (preuve insuffisante) © AstucePharma

Pyramide thérapeutique de la dermatite atopique homéopathie : les approches complémentaires s’inscrivent au sommet, en accompagnement, jamais en remplacement des traitements de base validés.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Cadrer la demande dès le départ

Quand un patient vous demande « est-ce que l’homéopathie peut aider pour l’eczéma de mon enfant ? », la réponse honnête est : « Elle peut s’intégrer comme soutien complémentaire, à condition de maintenir les émollients deux fois par jour et de garder les dermocorticoïdes pour les poussées. Ce qu’elle ne fera pas, c’est réparer la barrière cutanée ni bloquer l’inflammation — ça, ce sont vos traitements prescrits. » Cette position rassure et préserve la confiance.

2. Souches homéopathiques selon les symptômes de la dermatite atopique

L’approche homéopathique de la dermatite atopique repose sur la similitude symptomatique : chaque souche est choisie en fonction du tableau clinique précis présenté par le patient. Ce que l’homéopathie appelle « terrain » correspond, dans une lecture pharmacologique, à la variabilité interindividuelle de la réponse inflammatoire et prurigineuse. La dilution habituelle est 9CH à 15CH, à raison de 5 granules 2 à 3 fois par jour, sauf indication contraire.

2.1 Si l’aspect inflammatoire domine (érythème, œdème)

Ces tableaux évoquent une réponse vasculaire cutanée aiguë, avec hyperhémie (afflux sanguin local) et œdème dermique :

  • Apis mellifica 9CH — placards œdémateux, rosés à translucides, avec prurit amélioré par le froid local. Le tableau évoque une réaction urticariforme (comme une piqûre d’abeille — d’où la souche). 5 granules 3/jour.
  • Belladonna 9CH — plaques rouge vif, chaudes, brûlantes, d’installation rapide, particulièrement localisées aux joues. Tableau proche d’une érysipèle débutant, mais sans fièvre.
  • Sulfur 15CH — prurit intense aggravé par la chaleur (lit, eau chaude), rougeurs diffuses, peau sèche et chaude. Souche du « terrain psorique » selon la tradition homéopathique.

2.2 Si présence de vésicules (eczéma vésiculeux)

Les vésicules de la dermatite atopique correspondent à un œdème intercellulaire (spongiose) du derme superficiel — un mécanisme histologique bien identifié :

  • Rhus toxicodendron 9CH — vésicules à contenu séreux transparent, sur fond érythémateux, avec brûlures et prurit intenses améliorés par la chaleur. Aggravation par l’eau froide et au repos.
  • Cantharis 9CH — grosses vésicules à paroi tendue, entourées de peau d’aspect sain, très douloureuses au contact.
  • Croton tiglium 9CH — vésicules à contenu trouble (purulent), sur fond rouge vif. Prurit irrésistible, se terminant par sensation de brûlure après grattage. Localisation élective aux organes génitaux et aux tempes.
  • Anagallis arvensis 9CH — vésicules groupées en grappe (aspect herpétiforme), prurit intense, localisées aux mains (doigts, paume).
  • Dulcamara 9CH — eczéma vésiculeux aggravé par l’humidité et le temps froid et humide, amélioration par la chaleur sèche. À considérer chez le patient dont les poussées surviennent en automne.

2.3 Si eczéma suintant avec croûtes (phase exsudative)

L’eczéma suintant traduit une rupture de la barrière épidermique avec exsudation séreuse ou séropurulente — terrain à risque de surinfection par Staphylococcus aureus (toujours à évaluer cliniquement) :

  • Mezereum 9CH — croûtes blanchâtres épaisses recouvrant un suintement sous-jacent. Prurit violent, aggravé la nuit. Terrain particulier : apparition ou aggravation de l’eczéma dans les suites d’une vaccination.
  • Graphites 15CH — sécrétions épaisses, collantes, de couleur jaune-miel donnant des croûtes jaunâtres. Peau sèche avec fissures. Localisations préférentielles : commissures labiales, plis de flexion, derrière les oreilles. Prurit amélioré par le froid local. 1 à 2 prises par jour.
  • Antimonium crudum 9CH — croûtes jaunâtres épaisses, peau hyperkératosique (épaissie). Lésions fréquentes au cuir chevelu et au visage. Tendance associée aux fissures des lèvres, narines, commissures. Troubles digestifs souvent associés.
  • Calcarea carbonica 15CH — eczéma suintant chez l’enfant potelé, frileux, à transpiration abondante de la tête. Croûtes du cuir chevelu, lésions de la face. Souche de « fond » du nourrisson atopique selon la tradition homéopathique.

🔑 À retenir — Surinfection bactérienne : signal d’alarme absolu

Tout eczéma suintant avec croûtes dorées, croûtes en « couche de miel », odeur caractéristique ou fièvre associée doit faire suspecter une impétiginisation par S. aureus. Dans ce cas, l’antibiothérapie (locale ou générale selon l’extension) est prioritaire et aucune approche complémentaire ne peut s’y substituer. Orientez immédiatement vers le médecin.

2.4 Si eczéma sec avec desquamation

  • Arsenicum album 9CH — squames fines, farineuses, sur fond érythémateux. Prurit brûlant aggravé par le froid et la nuit, amélioré paradoxalement par la chaleur locale. Patient anxieux, agité, perfectionniste.
  • Arsenicum iodatum 9CH — squames larges, plus épaisses, tendance à la lichénification (épaississement cutané par grattage répété). Localisation souvent à la flexure des membres.
  • Natrum sulfuricum 9CH — peau qui se détache en grands lambeaux, laissant des plages rouge vif. Éruptions squameuses sur peau d’aspect humide ou luisante (hyperhidrose associée).
  • Lycopodium clavatum 9CH — desquamation sèche, peau fine, lésions aggravées en fin de journée (16h-20h). Flatulences et ballonnements souvent associés.

2.5 Si eczéma sec avec fissures

  • Nitricum acidum 9CH — fissures douloureuses, à bords nets, saignant légèrement, entourées de peau jaunâtre. Douleur en « écharde » au toucher.
  • Petroleum 9CH — fissures prurigineuses, peau d’aspect grisâtre ou « sale ». Localisations préférentielles : doigts, commissures, région anale. Aggravation nette en hiver, amélioration en été.
  • Sarsaparilla 9CH — fissures du bout des doigts, peau sèche et crevassée, aggravation par le lavage des mains. À considérer chez les patients exposés à une dermite de contact associée (eau, détergents).

2.6 Si prurit intense avec peu de lésions visibles

  • Staphysagria 9CH — prurit qui se déplace avec le grattage (chaque zone grattée déclenche une nouvelle démangeaison ailleurs). Localisations : nuque, oreilles, paupières. Suintement possible. Déclenchement ou aggravation après une émotion frustrante (vexation, sentiment d’injustice).
  • Manganum aceticum 9CH — lésions sèches, prurit principalement localisé aux plis de flexion (coude, genou).
  • Pix liquida 9CH — tendance aux fissures et crevasses, prurit intense, dos des mains. Aggravation par la chaleur du lit.
  • Dolichos pruriens 9CH — prurit intense sans lésion primaire visible, aggravé la nuit. À proposer en cas de prurit « nu », notamment chez le sujet âgé.
  • Urtica urens 9CH — prurit à type de cuisson ou d’ortie, érythème transitoire. Souche intéressante dans les formes urticariformes associées.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Identifier la souche en trois questions

En pratique, trois questions orientent la souche principale : (1) « Est-ce que la chaleur ou le froid soulage les démangeaisons ? » — froid → Apis, Graphites ; chaleur → Rhus tox, Arsenicum ; (2) « Y a-t-il du suintement ou des croûtes ? » — oui → Graphites, Mezereum, Calcarea carb ; (3) « Les poussées coïncident-elles avec des émotions ou des changements de temps ? » — émotions → Staphysagria ; humidité → Dulcamara.

3. Homéopathie de la dermatite atopique : adapter la souche à la localisation

En homéopathie clinique, la topographie des lésions constitue un critère de prescription à part entière. Ce tableau de correspondance permet une orientation rapide au comptoir, en complément de l’analyse symptomatique :

Localisation Souche(s) à envisager Dilution ⭐ Niveau de preuve
Cuir chevelu Oleander, Calcarea carbonica 9CH ⭐ Expérientiel
Front Natrum muriaticum 9CH ⭐ Expérientiel
Joues (nourrisson) Belladonna, Calcarea carbonica 9–15CH ⭐ Expérientiel
Derrière les oreilles Graphites 9–15CH ⭐ Expérientiel
Pli du coude Berberis vulgaris, Manganum 9CH ⭐ Expérientiel
Poignet Primula obconica 9CH ⭐ Expérientiel
Mains et paumes Anagallis, Sarsaparilla 9CH ⭐ Expérientiel
Doigts Petroleum, Nitricum acidum 9CH ⭐ Expérientiel
Dos des mains Pix liquida 9CH ⭐ Expérientiel
Doigts/coudes + prurit aggravé alcool Selenium 9CH ⭐ Expérientiel
Genou Cereus bonplandii 9CH ⭐ Expérientiel
Pied (eczéma corné) Antimonium crudum 9CH ⭐ Expérientiel
Pied (eczéma fissuré) Lycopodium 9CH ⭐ Expérientiel
Organes génitaux Croton tiglium 9CH ⭐ Expérientiel
Région anale Berberis vulgaris 9CH ⭐ Expérientiel
Dos Pix liquida 9CH ⭐ Expérientiel

Tableau de correspondance souche/localisation — approche expérientielle, niveau de preuve ⭐ (données insuffisantes selon Mathie et al., Systematic Reviews, 2017).

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Localisation ≠ diagnostic

Un eczéma localisé aux mains chez un adulte doit faire éliminer une dermite de contact professionnelle (latex, nickel, ciment, produits ménagers) avant de proposer une souche homéopathique. Un patch-test réalisé par un dermatologue est indispensable si le tableau persiste ou si la notion de contact répété est retrouvée à l’interrogatoire.

4. Soins locaux complémentaires : calendula, pommades homéopathiques

Le traitement local en homéopathie ne remplace pas l’émollient — il peut s’y associer, idéalement en alternance ou à distance. Les préparations officinales à base de plantes présentent ici un intérêt complémentaire mieux documenté que les dilutions homéopathiques proprement dites, notamment pour le calendula dont l’activité anti-inflammatoire est étayée par des données pharmacologiques (inhibition de la cyclooxygénase et de certaines cytokines pro-inflammatoires, Preethi et al., Molecular and Cellular Biochemistry, 2009).

  • Crème ou pommade au calendula (Calendula officinalis TM) — pour l’eczéma sec, les rougeurs et les irritations légères. Les saponosides et les caroténoïdes contribuent à un effet anti-inflammatoire doux ; les mucilages (pectine) apportent une action hydratante et adoucissante. Application 2 à 3 fois/jour. Également disponible en gel (Urticium®). Niveau de preuve en dermatite atopique : ⭐⭐ (données préliminaires, pas d’ECR de qualité).
  • Pommade Graphites 1% — indiquée dans l’eczéma suintant, à appliquer en couche fine sur les zones exsudatives entre les applications d’émollient. 2 à 3 fois/jour.
  • Pommade Mezereum 4% TM — dans les tableaux avec croûtes épaisses et prurit nocturne. À ne pas appliquer sur peau infectée.
  • Crème à base d’avoine colloïdale — non homéopathique mais souvent associée dans ce type de démarche. Réduction de la kératinisation et effet émollient démontré (Reynertson et al., Journal of Drugs in Dermatology, 2015). ⭐⭐⭐

🚫 À ne pas confondre avec l’émollient prescrit

Les pommades homéopathiques locales ne remplacent pas les émollients médicaux (cérat de Galien, cold cream, base émolliente prescrite). Les émollients doivent être appliqués au minimum deux fois par jour, sur l’ensemble du corps, même en dehors des poussées. Les préparations complémentaires s’utilisent ponctuellement, sur les zones lésées uniquement.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Protocole d’application pratique

Proposez une routine claire : (1) bain/douche courte (5 min max), eau tiède, pain surgras sans savon ; (2) séchage par tamponnement doux ; (3) application immédiate de l’émollient (dans les 3 minutes après le bain, « wet wrapping » si prescription) ; (4) les préparations locales complémentaires (calendula, pommade graphites) peuvent être appliquées 30 minutes plus tard sur les zones ciblées. Cette séquence préserve le bénéfice de l’émollient.

5. Gemmothérapie et dermatite atopique : cassis, cèdre et bourgeons associés

La gemmothérapie utilise des macérâts glycérinés de bourgeons et jeunes pousses de plantes — parties embryonnaires riches en facteurs de croissance, phytohormones et polyphénols selon ses tenants. En pratique, ces préparations sont disponibles pures ou diluées au 1/10 (1D). Elles sont utilisables chez l’enfant à partir de 30 mois, ce qui en fait une option fréquemment demandée en pédiatrie atopique. Leur niveau de preuve reste faible (⭐ à ⭐⭐), mais leur profil de sécurité est favorable en l’absence de contre-indication.

Protocole général : cure de 3 semaines, pause d’une semaine, à renouveler sur 3 mois minimum. Les gouttes se prennent au milieu d’un repas, diluées dans un grand verre d’eau.

5.1 Bourgeons de cassis — Ribes nigrum MG 1D

C’est la souche gemmothérapique de référence dans l’atopie. L’extrait de bourgeons de cassis contient des précurseurs des prostaglandines E1 (acide gamma-linolénique), des flavonoïdes et des anthocyanes à activité anti-inflammatoire documentée in vitro. Son mécanisme d’action évoque une stimulation des glandes surrénales (effet « cortisone-like » modéré), d’où la recommandation de le prendre le matin, à jeun ou au petit-déjeuner pour respecter le rythme circadien naturel du cortisol.

  • Adulte : 50 à 100 gouttes/jour (MG 1D) dans un verre d’eau
  • Enfant : 1 goutte/kg/jour (MG 1D), sans dépasser 50 gouttes

5.2 Bourgeons de cèdre du Liban — Cedrus libani MG 1D

Indiqués en priorité dans les eczémas secs, avec peau squameuse et tendance lichénifiée. L’extrait est réputé « kératorégulateur » et « draineur cutané » selon la tradition gemmothérapique. Il s’associe bien au cassis.

Posologie : 100 gouttes matin, midi et soir dans un grand verre d’eau au cours du repas.

5.3 Autres bourgeons utiles en association

  • Rosa canina MG 1D (Églantier) — action antiallergique, associé au cassis dans les formes où une composante allergique (rhinite, conjonctivite) est associée à la dermatite.
  • Betula verrucosa MG 1D (Bouleau verruqueux) — drainage cutané et « dépuratif » selon la tradition. Proposé en cure de fond de 3 semaines.
  • Ficus carica MG 1D (Figuier) — dans les formes où le stress et les émotions semblent précipiter les poussées. Propriétés « adaptogènes » selon la tradition.

ℹ️ Drainage homéopathique de la peau

Le drainage homéopathique vise, selon ses théoriciens, à soutenir les émonctoires cutanés. En pratique, Saponaria composé est fréquemment proposé : 10 gouttes diluées dans un peu d’eau plate, ou 5 granules, 3 fois/jour. Cette préparation peut être associée au protocole gemmothérapique en début de cure.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir — Gemmothérapie chez l’enfant

La gemmothérapie est utilisable dès 30 mois. Pour un enfant de 15 kg, le cassis se dosera à 15 gouttes/jour (1 goutte/kg). Assurez-vous que les préparations choisies ne contiennent pas d’alcool en quantité significative — certains macérâts glycérinés 1D peuvent contenir jusqu’à 25 à 38° d’alcool résiduel. Préférez les formulations certifiées adaptées à l’enfant ou demandez confirmation au fabricant.

6. Tableau récapitulatif — Dermatite atopique homéopathie : souches, indications et preuves

Souche Tableau clinique cible Modalités clés Dilution ⭐ Preuve
Apis mellifica Œdème, urticaire, prurit Amélioré par le froid 9CH
Graphites Suintement miel, croûtes, fissures Plis, oreilles, commissures 15CH
Rhus toxicodendron Vésicules + brûlure Amélioré par chaleur 9CH
Arsenicum album Desquamation fine, prurit nocturne Aggravé froid, anxieux 9CH
Sulfur Prurit +++, aggravé chaleur/lit Peau chaude, rouge 15CH
Mezereum Croûtes blanches, prurit nocturne Post-vaccination 9CH
Calcarea carbonica Nourrisson atopique, joues, cuir chevelu Transpiration tête, frileux 15CH
Petroleum Fissures, aggravation hiver Doigts, anus 9CH
Staphysagria Prurit migrant, émotions déclenchantes Nuque, oreilles, paupières 9CH
Dulcamara Aggravation humidité/automne Vésicules 9CH
Nitricum acidum Fissures nettes, douloureuses Douleur en « écharde » 9CH
Ribes nigrum MG 1D (Cassis) Terrain inflammatoire, accompagnement général Le matin — toute forme MG 1D ⭐⭐
Cedrus libani MG 1D (Cèdre) Eczéma sec, squameux Associer au cassis MG 1D
Calendula TM (local) Rougeurs, irritations, eczéma sec 2-3 applications/jour Crème/gel ⭐⭐

7. Conseil au comptoir : intégrer la dermatite atopique homéopathie dans le suivi

L’enjeu au comptoir n’est pas de valider ou invalider l’homéopathie — c’est de sécuriser le parcours du patient. La dermatite atopique est une maladie chronique qui génère une charge mentale importante pour les familles. La demande d’approches complémentaires reflète souvent un sentiment d’épuisement face aux corticoïdes à répétition ou une quête de sens dans la prise en charge. Ce besoin est légitime et mérite une écoute non-jugeante.

Trois messages clés à transmettre systématiquement :

  1. Les émollients deux fois par jour en dehors des poussées et les dermocorticoïdes pendant les poussées restent les piliers non négociables. Aucune approche complémentaire ne les remplace.
  2. L’homéopathie et la gemmothérapie peuvent accompagner, améliorer le confort, et soutenir l’observance du traitement global. Leur niveau de preuve est faible mais leur profil de sécurité est excellent.
  3. Tout signe de surinfection (croûtes mielleuses, fièvre, extension rapide) nécessite une consultation médicale sans délai — l’approche complémentaire ne peut pas gérer une impétiginisation.

🔑 À retenir — Vers qui orienter ?

Pour une prescription homéopathique personnalisée au « terrain », il est conseillé d’orienter vers un médecin homéopathe formé à cette discipline — l’individualisation de la prescription (souche de fond, diathèse, terrain constitutionnel) dépasse le cadre du comptoir. Pour les formes sévères de dermatite atopique, le bilan allergologique et le suivi dermatologique sont essentiels : le protocole HAS 2018 et les biothérapies approuvées par l’EMA ont transformé le pronostic des formes modérées à sévères.

🔑 En résumé — Dermatite atopique homéopathie

La dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique à médiation immunitaire (Th2), dont le traitement repose sur des bases scientifiques solides : émollients, dermocorticoïdes et, pour les formes sévères, biothérapies. L’homéopathie n’a pas de niveau de preuve démontré dans cette indication, mais peut s’inscrire comme accompagnement complémentaire, sans jamais se substituer au traitement médical. La sélection de la souche repose sur la similitude symptomatique (type de lésion, modalités, localisation). La gemmothérapie au cassis (Ribes nigrum MG 1D) et les soins locaux au calendula présentent un profil bénéfice/risque favorable. Le rôle du pharmacien est d’intégrer ces approches dans un parcours sécurisé, en maintenant le dialogue avec le dermatologue et en orientant vers un médecin homéopathe pour la prescription de fond.

Disclaimer : Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique par un docteur en pharmacie. Il ne constitue pas un avis médical et ne saurait se substituer à une consultation médicale ou pharmaceutique individualisée. L’homéopathie est présentée comme accompagnement complémentaire uniquement ; son efficacité spécifique dans la dermatite atopique n’est pas démontrée à ce jour. En cas de doute, consultez votre médecin ou votre dermatologue.

Sources principales : HAS — Dermatite atopique (2018) · Mathie RT et al., Systematic Reviews, 2017 · Preethi KC et al., Molecular and Cellular Biochemistry, 2009 · Boulet J., Dictionnaire de l’homéopathie, Éd. Privat · Guermonprez M., Homéopathie principes cliniques, Initiales · Tétau M., Les diathèses homéopathiques · EMA — Dupilumab (Dupixent) EPAR.

Anne-Sophie DELEPOULLE (Dr en Pharmacie) — Dernière modification : [last-modified]