Dermatite atopique : causes, traitements et conseils 2025

Comprendre et traiter la dermatite atopique : émollients, biothérapies, anti-JAK. Guide fondé sur les recommandations SFD 2025.

La dermatite atopique (DA) — communément appelée eczéma atopique — est la dermatose inflammatoire chronique la plus fréquente dans les pays industrialisés : elle touche 10 à 20 % des enfants et 4 à 5 % des adultes en France (Sigg N et al., Ann Dermatol Venereol FMC, 2025). Depuis 2017, la révolution thérapeutique initiée par les biothérapies a profondément reconfiguré sa prise en charge : en 2024–2025, ce sont six nouvelles molécules systémiques — trois anticorps monoclonaux et trois inhibiteurs de JAK — qui viennent compléter l’arsenal classique des émollients et dermocorticoïdes. Cet article fait le point complet, de la physiopathologie aux dernières recommandations françaises de la Société Française de Dermatologie (SFD, décembre 2024).

1. Dermatite atopique : physiopathologie — le cercle vicieux de la barrière brisée

Pendant des décennies, la dermatite atopique a été perçue comme une maladie essentiellement immunologique. La découverte des mutations du gène de la filaggrine — protéine structurante de la couche cornée, sorte de « ciment moléculaire » de l’épiderme — a opéré une véritable révolution copernicienne (Académie nationale de médecine, 2012) : c’est d’abord la peau elle-même qui défaille, avant que le système immunitaire ne s’emballe.

Le modèle physiopathologique actuel, consolidé par les travaux publiés dans Frontiers in Immunology (2022) et J Eur Acad Dermatol Venereol (2023), articule trois dysfonctions interdépendantes :

Cercle vicieux de la dermatite atopique Barrière cutanée déficiente ↓ Filaggrine (mut. FLG) ↓ Céramides, ↑ perte d’eau Pénétration allergènes Activation Th2 ↑ IL-4, IL-13 → bloquent filaggrine ↑ IL-31 → prurit intense ↑ IgE, éosinophilie Dysbiose cutanée ↑ S. aureus (80–100 % poussées) ↓ S. epidermidis Entretient l’inflammation Cibles thérapeutiques actuelles Anti-IL-4Rα (dupilumab) | Anti-IL-13 (tralokinumab, lébrikizumab) Anti-IL-31RA (némolizumab) | Inhibiteurs JAK (abrocitinib, baricitinib, upadacitinib) Voie de signalisation JAK-STAT IL-4, IL-13, IL-31 → récepteurs membranaires → activation JAK1/JAK2 → phosphorylation STAT → transcription gènes pro-inflammatoires ← bloquée par les inhibiteurs de JAK (anti-JAK) Rôle du microbiote cutané S. aureus : toxines → activation Th2 + ↓ filaggrine S. aureus favorisé par ↑ pH cutané (IL-13) Émollients : restaurent pH acide protecteur ← cible : antimicrobiens topiques (Cu-Zn)

Physiopathologie de la dermatite atopique : cercle vicieux entre déficit de barrière (filaggrine), inflammation Th2 (IL-4, IL-13, IL-31) et dysbiose cutanée (S. aureus). Sources : Sigg et al., Ann Dermatol Venereol FMC 2025 ; Fronczyk et al., Front Immunol 2023.

1. Le défaut de barrière cutanée : dans 30 % des cas, des mutations du gène FLG codant la filaggrine réduisent la synthèse de cette protéine structurante. Résultat : des espaces intercornéocytaires élargis, une perte en eau transépidermique accrue, un pH cutané moins acide — autant de portes ouvertes aux allergènes environnementaux.

2. L’emballement immunitaire de type Th2 : les cellules dendritiques plasmacytoïdes, alertées par ces intrusions, orientent la réponse vers les lymphocytes Th2. Ces derniers sécrètent massivement l’IL-4 et l’IL-13 — cytokines (messagers chimiques de l’inflammation) qui, en retour, suppriment encore davantage la production de filaggrine, amplifiant ainsi le défaut de barrière. C’est le cercle vicieux. L’IL-31, également produite par les Th2 et induite par IL-4, se lie à son récepteur (IL-31RA) exprimé sur les neurones sensoriels des ganglions rachidiens : elle est la principale cytokine du prurit, ce démangeaison chronique si invalidant (Silverberg JI et al., Lancet, 2024).

3. La dysbiose cutanée : l’environnement cutané altéré favorise la colonisation par Staphylococcus aureus, présent sur la peau de 80 à 100 % des patients en poussée contre 20 % en peau saine. Ses toxines (entérotoxines A et B) agissent comme superantigènes, amplifiant encore l’activation Th2 et diminuant l’expression de la filaggrine — une troisième boucle aggravante.

ℹ️ La « marche atopique » — une progression à surveiller

La dermatite atopique est souvent le premier acte d’une succession d’affections allergiques : chez 30 à 40 % des enfants atteints, un asthme se développe dans les années suivantes, puis une rhinite allergique. Ce phénomène, dit « marche atopique », reflète la sensibilisation progressive de l’organisme par le biais d’une barrière cutanée défaillante qui laisse passer les allergènes alimentaires et aériens dès la petite enfance.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Comprendre ce cercle vicieux change tout dans l’observance : les émollients ne servent pas seulement à « hydrater » — ils restaurent le pH acide protecteur, renforcent le ciment lipidique intercornéocytaire et réduisent mécaniquement la colonisation par S. aureus. Appliquer 1 kg d’émollient par mois pour un adulte (recommandation SFD 2025), ce n’est pas du confort, c’est du traitement de fond.

2. Signes cliniques et évolution de la dermatite atopique selon l’âge

La dermatite atopique est une dermatose érythémato-vésiculeuse — c’est-à-dire formant des plaques rouges parsemées de vésicules (petites cloques) — chronique, prurigineuse, évoluant par poussées entrecoupées de rémissions. La xérose (sécheresse cutanée) est quasi constante, même entre les poussées, signe du défaut de barrière permanent.

On distingue quatre phases d’évolution d’une plaque : une phase érythémateuse prurigineuse, l’apparition de vésicules, le suintement par rupture de ces vésicules, puis la formation de croûtes dont la chute laisse une peau rouge ou hypopigmentée.

Localisation selon l’âge

Tranche d’âge Zones préférentiellement atteintes Particularités cliniques
Nourrisson (< 2 ans) Joues, cuir chevelu, épaules, thorax Plaques exsudatives, troubles du sommeil fréquents
Enfant (2–12 ans) Plis des coudes, poignets, genoux, chevilles Lichenification (épaississement cutané) par grattage chronique
Adolescent Visage, cou (head and neck dermatitis), plis de flexion, plante des pieds Impact important sur la qualité de vie et l’image corporelle
Adulte Visage, cou, chevilles, mains Formes professionnelles (mains) ; comorbidités psychologiques (anxiété, dépression)

Évolution naturelle et complications

La maladie évolue favorablement chez l’enfant : dans 80 % des cas, les lésions disparaissent à la puberté. Elle ne persiste à l’âge adulte que dans 10 à 15 % des cas. Les principales complications à surveiller sont les surinfections bactériennes à Staphylococcus aureus et le risque d’infection herpétique disséminée (syndrome de Kaposi-Juliusberg) — urgence dermatologique — en cas de contact avec un porteur d’herpès labial.

⚠️ Quand consulter en urgence ?

Une consultation médicale s’impose en cas de : poussée aiguë avec lésions suintantes étendues, contact récent avec un porteur d’herpès labial (risque de Kaposi-Juliusberg), inefficacité du traitement en cours, troubles du sommeil sévères liés aux démangeaisons, ou signes d’allergie respiratoire associée.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

La dermatite atopique n’est pas contagieuse — rappellez-le systématiquement aux parents d’enfants scolarisés et aux adultes en milieu professionnel. Par ailleurs, l’activité sportive n’est pas contre-indiquée : une douche rapide après l’effort avec un syndet (pain surgras sans savon) et une application d’émollient suffisent à compenser la transpiration irritante.

3. Diagnostic et facteurs déclenchants de la dermatite atopique

Le diagnostic est clinique, fondé sur l’examen des lésions et l’interrogatoire. Le critère principal est le prurit (démangeaison). Les recommandations SFD 2025 insistent sur un point contre-intuitif : il n’est pas recommandé de réaliser systématiquement un bilan allergologique ni un régime alimentaire d’éviction. Un avis allergologique sera demandé uniquement en cas de réaction immédiate de type IgE (moins de deux heures après ingestion) associée à une DA modérée à sévère résistante au traitement bien conduit.

Principaux facteurs aggravants et déclenchants

Catégorie Facteurs Action recommandée
Allergènes inhalés Acariens, pollens, poils d’animaux, moisissures Housses anti-acariens, aération quotidienne, éviter le linge séché à l’extérieur en saison pollinique
Irritants cutanés Détergents, parfums, laine, vêtements synthétiques, eau calcaire Lessives sans phosphate ni parfum, vêtements et draps en coton, brumisateur eau thermale si eau très calcaire
Facteurs climatiques Temps froid et sec, temps chaud et humide, chauffage excessif Température intérieure ≈ 19 °C, humidificateur d’air en hiver, doubler l’émollient par temps froid et sec (SFD 2025)
Stress psychologique Stress aigu, surmenage Techniques de gestion du stress, ateliers d’éducation thérapeutique (ETP)
Tabac Tabagisme actif et passif, tabagisme maternel pendant la grossesse Éviction totale dans l’entourage de l’enfant atopique

ℹ️ Allergie alimentaire et DA : une relation plus rare qu’on ne le croit

Dans moins de 10 % des cas de dermatite atopique, une allergie alimentaire est réellement impliquée. Les recommandations SFD 2025 déconseillent fermement les régimes d’éviction systématiques non documentés : ils exposent à des carences nutritionnelles sans bénéfice prouvé, et parfois à un retard de croissance chez l’enfant. Un bilan allergologique ciblé est indiqué uniquement si les lésions s’aggravent notablement dans les 6 à 48 heures suivant la prise d’un aliment particulier.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Face aux parents qui éliminent d’eux-mêmes le lait, les œufs ou le gluten en espérant guérir l’eczéma de leur enfant, la réponse pharmacienne est claire : ce réflexe est rarement efficace et potentiellement délétère. La priorité, c’est l’émollient quotidien et la gestion des poussées — si l’eczéma reste très sévère malgré un traitement bien conduit, c’est le médecin qui orientera vers l’allergologue.

4. Émollients et soins de base : la clé de voûte du traitement de la dermatite atopique

Quelle que soit la sévérité de la dermatite atopique, quelle que soit la période (poussée ou rémission), les émollients constituent le traitement de fond incontournable. Leur action est mécanique : en restaurant le film hydrolipidique défaillant, en apportant des céramides et des acides gras que la peau atopique ne fabrique pas suffisamment, ils reconstruisent la barrière et brisent en partie le cercle vicieux décrit plus haut.

Les recommandations SFD 2025 précisent le niveau de prescription attendu : application 1 à 2 fois par jour, en couche épaisse, de préférence après le bain sur peau légèrement humide, avec une quantité cible de 1 kg par mois pour un adulte (30 minutes d’application). Par temps froid et sec, la dose doit être doublée.

Règles du bain et de l’hygiène corporelle

  • Douches ou bains courts (5 à 10 minutes max), eau tiède (≤ 35 °C)
  • Syndet (pain ou gel surgras sans savon) : Lipikar Syndet (La Roche-Posay), Atoderm gel moussant (Bioderma), Xémose syndet nettoyant (Uriage), Stelatopia crème lavante (Mustela)…
  • Tamponner la peau sans frotter pour conserver un film d’humidité
  • Appliquer l’émollient immédiatement après séchage
  • Eau très calcaire : pulvériser de l’eau thermale (Avène, Uriage, Jonzac) ou utiliser un syndet avec agents piégeurs de calcaire

Principaux émollients disponibles en pharmacie

Le seul émollient remboursé en France est la préparation Glycérol/Vaseline/Paraffine 15 %/8 %/2 % crème. Les émollients de marque (Atoderm crème, Lipikar baume AP+, Exomega crème, Xémose crème, Cetaphil Restoraderm, Topialyse SVR, Physiogel AI…) offrent des textures et des formules plus évoluées, à choisir selon les préférences du patient et la tolérance cutanée. Pour les tout-petits, les gammes pédiatriques (Mustela Stelatopia, Bioderma ABCDerm, Bébébiafine, Excipial Kids) sont formulées sans paraben, sans phtalate, sans sodium laureth sulfate.

🔑 À retenir sur l’application chez le nourrisson

Pour un nourrisson, 150 à 200 g d’émollient par semaine sont souvent nécessaires. Allonger l’enfant et masser en effleurant avec de larges mouvements (jamais de friction) : membres inférieurs → cuisses → aisselles → tronc → nuque → visage. Les émollients à base de vaseline sont inflammables : ne pas fumer à leur contact.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Si un émollient provoque des rougeurs ou une sensation de brûlure, c’est souvent signe d’intolérance à un excipient (lanoline, conservateur, parfum) — et non un effet de la maladie. Proposer systématiquement un autre produit de la même gamme ou une alternative sans ces composants. Et rappeler que l’amélioration n’est visible qu’après plusieurs semaines d’applications régulières : la constance prime sur le produit choisi.

5. Traitements locaux des poussées : dermocorticoïdes et immunosuppresseurs topiques

Lors des poussées inflammatoires, l’émollient seul ne suffit pas. Deux classes de traitements topiques (appliqués sur la peau) permettent de contrôler rapidement l’inflammation.

Dermocorticoïdes — efficacité prouvée, utilisation codifiée

Les dermocorticoïdes (DCI : hydrocortisone, désonide, bétaméthasone…) restent le traitement de référence des poussées. La règle d’or des recommandations SFD 2025 : une seule application par jour (de préférence le soir), en couche mince, jusqu’à disparition de l’inflammation — puis arrêt brutal, sans dégression. Quelques points pratiques essentiels :

  • Choix de la galénique : crèmes pour lésions suintantes, pommades pour lésions sèches ou lichénifiées, lotions/gels pour le cuir chevelu
  • Choix de la classe : classe II (activité modérée — désonide) pour le visage, les plis et zones génitales ; classe III ou IV pour le corps de l’adulte
  • Quantité : une quantité équivalent à la dernière phalange de l’index couvre une surface de deux paumes de main
  • Paupières : risque de glaucome et de cataracte en cas d’applications répétées à proximité de l’œil ; préférer des soins spécifiques (SVR Topialyse Palpébral)
  • En cas d’inefficacité : ne pas augmenter la posologie mais consulter le médecin

⚠️ Corticostérophobie : un écueil fréquent au comptoir

La peur des effets secondaires des dermocorticoïdes entraîne souvent une sous-utilisation qui aggrave la maladie. Dans l’usage codifié (application en couche mince, durée limitée à la poussée), les effets systémiques sont exceptionnels. Le retard de croissance parfois observé chez les enfants atopiques est davantage lié aux carences alimentaires de régimes injustifiés ou au manque de sommeil qu’aux dermocorticoïdes bien utilisés.

Tacrolimus (Protopic®) — immunosuppresseur topique inhibiteur de calcineurine

Le tacrolimus (Protopic®, pommade à 0,03 % et 0,1 %) est un inhibiteur de la calcineurine — enzyme clé de l’activation des lymphocytes T — qui bloque ainsi la production des cytokines pro-inflammatoires sans les effets atrophiants des corticoïdes. Il est indiqué en deuxième intention dans les formes modérées à sévères, chez l’enfant à partir de 2 ans (0,03 %) et l’adulte (0,1 %).

Points d’attention pharmaciens : les brûlures initiales (un patient sur deux en début de traitement) s’estompent spontanément en une semaine. Une photoprotection rigoureuse est nécessaire pendant le traitement (risque carcinogène théorique). Respecter un intervalle de 2 heures entre Protopic® et l’application d’un écran solaire. Éviter la consommation d’alcool (réactions d’érythème facial possibles).

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Le Protopic® est particulièrement précieux pour le visage et le cou — zones où les dermocorticoïdes prolongés sont déconseillés. Chez l’adulte souffrant de la forme typique « head and neck dermatitis », expliquer qu’une tolérance initiale médiocre (brûlures, érythème) ne doit pas conduire à l’arrêt prématuré : après 5 à 7 jours d’utilisation régulière, l’inconfort disparaît dans la très grande majorité des cas.

6. Dermatite atopique sévère : biothérapies et inhibiteurs de JAK (2024–2025)

Depuis 2017 et l’arrivée du dupilumab, la prise en charge des formes sévères a été profondément transformée. Les recommandations SFD 2025 (Sigg N et al., JEADV 2025 ; Ann Dermatol Venereol FMC 2025), élaborées selon la méthode ADAPTE/HAS, intègrent désormais six molécules systémiques en plus de la ciclosporine.

Un traitement systémique est indiqué dans trois situations : DA mal contrôlée malgré un traitement local adapté et bien conduit ; impossibilité pour le patient de réaliser un traitement local ; quantité de dermocorticoïdes forts nécessaire au contrôle dépassant 4 tubes de 30 g par mois chez l’adulte (critère nouveau des recommandations 2025).

Traitements systémiques de la dermatite atopique sévère (SFD 2025) 1re ligne systémique (après échec traitement local bien conduit) Ciclosporine (orale) Immunosuppresseur classique Durée limitée à qq mois Surveillance rénale / TA ✔ Recommandée HAS + SFD OU Biothérapies anti-IL Dupilumab | Tralokinumab Lébrikizumab | Némolizumab Injection SC — stylo auto-inj. HAS : après échec ciclosporine* OU Inhibiteurs de JAK Abrocitinib | Baricitinib Upadacitinib Comprimé oral quotidien HAS : après échec ciclosporine* * La SFD 2025 plaide pour un accès remboursé en 1re ligne — position non encore retenue par la HAS au moment de la rédaction Molécule Cible Voie / Fréquence Âge min remboursé (FR) Surveillance Dupilumab (Dupixent) Anti-IL-4Rα SC / toutes 2 sem. 6 mois Conjonctivite Tralokinumab (Adtralza) Anti-IL-13 SC / toutes 2 sem. 12 ans Conjonctivite Lébrikizumab (Ebglyss) Anti-IL-13 SC / toutes 2 sem. Adulte (remb. janv. 2025) Conjonctivite Némolizumab (Nemluvio) Anti-IL-31RA SC / toutes 4 sem. 12 ans (AMM EMA fév. 2025) NFS, bilan rénal/hépatique Abrocitinib/Baricitinib/Upadac. Anti-JAK1/JAK1-2 Oral / quotidien 18 ans (abro./baric. remb.) NFS, bilan lipidique, TA SC = sous-cutané | NFS = numération formule sanguine

Positionnement des traitements systémiques dans la dermatite atopique sévère selon les recommandations françaises SFD 2025 (Sigg N et al., Ann Dermatol Venereol FMC 2025 ; JEADV 2025).

Les biothérapies anti-interleukines : cibler le cœur de l’inflammation

Le dupilumab (Dupixent®, Sanofi) reste la molécule de référence. En bloquant simultanément les récepteurs de l’IL-4 et de l’IL-13, il neutralise les deux cytokines centrales du cercle vicieux atopique. Il est remboursé depuis l’âge de 6 mois pour la DA modérée à sévère. Son principal effet indésirable, la conjonctivite, touche environ 10 % des patients — à signaler systématiquement et à gérer par collyres.

Le tralokinumab (Adtralza®, Leo Pharma) et le lébrikizumab (Ebglyss®, Almirall) ciblent spécifiquement l’IL-13, dont les taux corrèlent avec la sévérité de la DA. Le lébrikizumab est remboursé en France depuis le 1er janvier 2025 chez l’adulte.

Le némolizumab (Nemluvio®, Galderma) représente une innovation majeure : il est le premier anticorps monoclonal ciblant spécifiquement le récepteur alpha de l’IL-31 (IL-31RA), la cytokine neuro-immune responsable du prurit. Son AMM européenne a été délivrée par la Commission européenne en février 2025, à partir de 12 ans. Les essais de phase III ARCADIA 1 & 2 (Silverberg JI et al., Lancet, 2024), portant sur 1 728 patients, ont montré une réduction du score de prurit deux fois supérieure au placebo à 16 semaines.

Les inhibiteurs de JAK (Janus Kinase) : bloquer la voie de signalisation en aval

Trois inhibiteurs de JAK (petites molécules orales) sont disponibles : abrocitinib (Cibinqo®, Pfizer), baricitinib (Olumiant®, Lilly) et upadacitinib (Rinvoq®, AbbVie). Ces molécules bloquent les kinases JAK1 et/ou JAK2, enzymes (protéines à activité catalytique) situées en aval des récepteurs à l’IL-4, l’IL-13 et l’IL-31 — interrompant ainsi la cascade de signalisation qui active les gènes pro-inflammatoires.

Leur avantage par rapport aux biothérapies : administration orale quotidienne, réponse rapide (parfois dès J7–J14). Leur contrainte : un bilan pré-thérapeutique obligatoire (NFS, fonction rénale, bilan hépatique, bilan lipidique) et une surveillance biologique régulière, absents avec les biothérapies.

⚠️ Risques spécifiques des inhibiteurs de JAK — vigilance pharmacien

Les anti-JAK font l’objet d’un plan de gestion des risques européen (EMA 2023) en raison d’un signal de risque cardiovasculaire, thromboembolique et de cancers dans des populations à risque (essentiellement polyarthrite rhumatoïde, population âgée). Dans la DA, la population est plus jeune et les doses utilisées sont différentes, mais la prescription est réservée aux dermatologues et nécessite une évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque. Le pharmacien doit vérifier l’absence de contre-indications majeures (insuffisance rénale, immunodépression, antécédents thrombo-emboliques) et contrôler l’observance du bilan biologique.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour les patients sous biothérapie par injection (dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab, némolizumab), la pharmacie joue un rôle clé dans l’éducation au stylo auto-injecteur : respect de la chaîne du froid (2–8 °C), sortir le stylo 30 minutes avant injection pour revenir à température ambiante, rotation des sites d’injection. Pour les conjonctivites liées au dupilumab, des collyres lubrifiants et anti-inflammatoires (cyclosporine oculaire topique dans les cas sévères) peuvent être proposés en lien avec l’ophtalmologiste.

7. Conseils pratiques pour vivre avec la dermatite atopique au quotidien

Au-delà des traitements médicamenteux, la gestion quotidienne de la dermatite atopique repose sur une série de mesures comportementales et environnementales dont l’ensemble forme un « écosystème protecteur » pour la peau.

Environnement et vêtements

  • Température intérieure autour de 19 °C ; aérer quotidiennement
  • Vêtements et draps en coton — éviter laine et synthétiques directement au contact de la peau
  • Lessive sans phosphate, sans parfum ; double rinçage ; pas d’assouplissant
  • Housses anti-acariens pour les oreillers et matelas
  • Ne pas sécher le linge à l’extérieur en saison pollinique

Hygiène et cosmétiques

  • Ongles coupés courts pour limiter les lésions de grattage
  • Maquillage testé au pli du coude pendant quelques jours avant usage étendu (gammes Avène, La Roche-Posay, Noreva, Eye Care)
  • Se laver systématiquement après piscine, hammam ou jacuzzi (eau chlorée et traitée)
  • Tatouages : déconseillés en peau atopique — risques de réaction inflammatoire locale

Alimentation et atopie

Chez le nourrisson à risque (au moins un parent atopique), l’allaitement maternel est à privilégier. La diversification alimentaire précoce et diversifiée dès 4–6 mois, y compris pour les aliments allergisants, est désormais soutenue par les études récentes (LEAP, EAT) pour prévenir les allergies — à l’opposé des anciens conseils d’éviction systématique. Les recommandations SFD 2025 déconseillent formellement les régimes d’élimination en l’absence d’allergie documentée.

Éducation thérapeutique et soutien psychologique

Les ateliers d’éducation thérapeutique (ETP) et les « Écoles de l’atopie » (disponibles dans plusieurs CHU : Bordeaux, Nantes, Lille, Paris…) ont démontré leur efficacité sur la qualité de vie et l’observance. Composés de dermatologues, allergologues, infirmières, psychologues et diététiciennes, ils s’adressent aux enfants, adultes et familles. Les cures thermales (La Roche-Posay, Avène, La Bourboule, Uriage, Moltig-les-Bains) constituent un appoint intéressant, pris en charge par l’Assurance Maladie sur prescription.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Les patients atteints de DA sévère ont un taux de dépression et d’anxiété significativement plus élevé que la population générale (Silverberg JI et al., JAMA Dermatol, 2019). Un pharmacien attentif peut repérer ces signaux et orienter vers une prise en charge psychologique ou vers les associations de patients (Association Française de l’Eczéma). Par ailleurs, rappeler que l’activité sportive n’est pas contre-indiquée : une douche post-effort suivie d’une application d’émollient suffit.

8. Tableau récapitulatif des traitements de la dermatite atopique

Traitement Indication Niveau de preuve Prescription Points de vigilance
Émollients Toutes formes, traitement de fond permanent ⭐⭐⭐⭐⭐ Sans ordonnance Tester la tolérance ; éviter lanoline, parfums, urée >10 %
Dermocorticoïdes Poussées inflammatoires ⭐⭐⭐⭐⭐ Certains sans ordonnance (classe I-II) 1 application/j ; risque glaucome péri-oculaire au long cours
Tacrolimus (Protopic®) DA modérée à sévère, visage et plis (2e intention) ⭐⭐⭐⭐ Sur ordonnance Photoprotection obligatoire ; brûlures initiales transitoires
Ciclosporine DA sévère, 1re ligne systémique ⭐⭐⭐⭐ Dermatologue Durée limitée ; surveillance TA et rénale
Dupilumab (Dupixent®) DA modérée à sévère dès 6 mois (après ciclosporine HAS) ⭐⭐⭐⭐⭐ Dermatologue (initiation) Conjonctivite (10 %) ; chaîne du froid
Tralokinumab (Adtralza®) DA modérée à sévère ≥ 12 ans ⭐⭐⭐⭐⭐ Dermatologue Conjonctivite moindre qu’avec dupilumab
Lébrikizumab (Ebglyss®) DA modérée à sévère adulte (remb. janv. 2025) ⭐⭐⭐⭐⭐ Dermatologue Schéma dégressif possible ; conjonctivite
Némolizumab (Nemluvio®) DA modérée à sévère ≥ 12 ans (AMM EMA fév. 2025) ⭐⭐⭐⭐⭐ Dermatologue Efficacité particulière sur le prurit ; toutes 4 semaines
Abrocitinib / Baricitinib / Upadacitinib DA sévère résistante (anti-JAK, oral) ⭐⭐⭐⭐ Dermatologue Bilan pré-thérapeutique obligatoire ; risque cardiovasculaire à surveiller
Cures thermales Appoint, toutes formes ⭐⭐⭐ Sur prescription médicale (remboursé SS) Avène, La Roche-Posay, Uriage, La Bourboule

Niveaux de preuve : ⭐⭐⭐⭐⭐ Élevé | ⭐⭐⭐⭐ Solide | ⭐⭐⭐ Bonne | ⭐⭐ Modérée | ⭐ Controversé

🔑 En résumé — Dermatite atopique 2025

La dermatite atopique est une maladie du cercle vicieux : barrière cutanée défaillante → inflammation Th2 (IL-4, IL-13, IL-31) → dysbiose à S. aureus → aggravation de la barrière. Les émollients (1 kg/mois pour un adulte) et les dermocorticoïdes (1 application/j en poussée) restent les piliers incontournables. Pour les formes sévères résistantes, les six nouvelles molécules systémiques des recommandations SFD 2025 — dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab, némolizumab (AMM EMA février 2025), abrocitinib, baricitinib, upadacitinib — offrent des options ciblées selon le profil du patient. Le pharmacien joue un rôle clé dans l’éducation à ces traitements, la surveillance des effets indésirables, et le maintien de l’observance des soins de base.

Sources principales : Sigg N et al. « Recommandations françaises pour la prise en charge de la dermatite atopique », JEADV 2025 (doi: 10.1111/jdv.20782) et Ann Dermatol Venereol FMC, vol. 5, n°8, 2025, pp. 493–533 (SFD/GREAT/CDP, méthode ADAPTE/HAS) — Silverberg JI et al. « Némolizumab with concomitant topical therapy in adolescents and adults with moderate-to-severe atopic dermatitis (ARCADIA 1 & 2) », Lancet, 2024 — HAS, avis de remboursement dupilumab, abrocitinib, baricitinib (2021–2024) — HAS has-sante.frANSM ansm.sante.fr.

Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique par un pharmacien diplômé d’État. Il ne se substitue pas à un avis médical personnalisé. En cas de symptômes ou de doute sur votre traitement, consultez votre médecin ou votre pharmacien.
Dernière mise à jour : juin 2025.

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