Cystite : traitement antibiotique et rôle du pharmacien 2025

Fosfomycine, pivmécillinam, délivrance sans ordonnance : guide pratique fondé sur les recommandations HAS/SPILF mai 2025.

La cystite est l’une des infections bactériennes les plus fréquentes chez la femme : près de 3 millions d’épisodes sont recensés chaque année en France, et une femme sur deux en souffrira au moins une fois au cours de sa vie. Pourtant, la prise en charge a profondément évolué ces deux dernières années : fluoroquinolones abandonnées, schémas raccourcis, et depuis juin 2024, les pharmaciens peuvent délivrer l’antibiotique sans ordonnance après bandelette urinaire positive — modalités encore précisées par un arrêté de décembre 2024.

Voici un point complet sur les recommandations HAS/SPILF (fiche mémo mise à jour mai 2025) et l’Info-antibio N°107 de la SPILF (décembre 2025) : antibiotiques recommandés selon les situations cliniques, nouveautés de la délivrance officinale, prévention des récidives et gestion des cas particuliers.

1. Cystite traitement antibiotique : les trois formes à distinguer

Avant de parler de traitement, encore faut-il savoir quelle cystite on a devant soi. Les recommandations HAS/SPILF (fiche mémo mai 2025) distinguent trois catégories qui déterminent directement la stratégie thérapeutique — un classement en apparence simple, mais dont chaque détail a des conséquences pratiques directes au comptoir.

Forme Critères ECBU ? Stratégie thérapeutique
Cystite simple Aucun facteur de risque Non (BU suffit) Antibiotique probabiliste — traitement court
Cystite à risque de complication Au moins 1 facteur de risque Oui — systématique, quel que soit le résultat de la BU ⚠️ nouveauté 2025 Différer et adapter à l’antibiogramme autant que possible
Cystite récidivante ≥ 4 épisodes sur 12 mois Au premier épisode récidivant Curatif (comme cystite simple) + prévention des récidives

ℹ️ Nouveauté HAS mai 2025 : ECBU systématique dans la cystite à risque de complication

La mise à jour de mai 2025 corrige explicitement la fiche précédente : dans la cystite à risque de complication, l’ECBU doit être réalisé systématiquement, quel que soit le résultat de la bandelette urinaire — y compris si la BU est négative. Ce n’est plus la BU qui décide de la nécessité d’un ECBU dans cette situation : c’est la présence d’un facteur de risque.

Les facteurs de risque de complication (HAS mai 2025)

Les facteurs de risque retenus sont : grossesse, anomalie organique ou fonctionnelle de l’arbre urinaire, insuffisance rénale sévère (DFG < 30 ml/min), immunodépression grave, âge supérieur à 75 ans, ou supérieur à 65 ans avec au moins 3 critères de fragilité de Fried (perte de poids involontaire, lenteur à la marche, faible endurance, faiblesse musculaire, activité physique réduite).

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Le diabète de type 1 ou 2 n’est plus un facteur de risque de complication depuis la mise à jour juillet 2024 (confirmée en 2025). Une femme diabétique sans autre facteur de risque est prise en charge exactement comme une cystite simple : fosfomycine dose unique, sans ECBU préalable, délivrance possible par le pharmacien sur BU positive.

Cystite : arbre décisionnel — HAS/SPILF mai 2025 Femme avec signes urinaires (brûlures, pollakiurie, sans fièvre) Bandelette urinaire (BU) Leucocyturie et/ou nitrites BU négative Diagnostic incertain → Orientation médicale (ECBU si doute) BU+ Facteur de risque ? >75 ans, grossesse, IRC, immunodépression… Non Cystite simple 1re : Fosfomycine 3 g dose unique 2e : Pivmécillinam 400 mg × 2/j — 3 j Pharmacien autorisé 16–65 ans Oui Cystite à risque de complication ECBU systématique (même BU–) Traitement différé → antibiogramme ou probabiliste si urgent → Orientation médicale obligatoire ⚠️ Fièvre ou douleurs lombaires → Suspicion pyélonéphrite — Urgences

Arbre décisionnel — cystite traitement antibiotique selon HAS/SPILF (fiche mémo mai 2025). L’ECBU est désormais systématique dans la cystite à risque de complication, quelle que soit la BU.

2. Cystite traitement antibiotique sans ordonnance : le rôle du pharmacien depuis 2024

C’est l’une des évolutions les plus concrètes de ces dernières années pour les officinaux. Depuis le 19 juin 2024 (décret n° 2024-550), les pharmaciens d’officine ayant suivi la formation spécifique obligatoire sont autorisés à délivrer un antibiotique pour cystite sans ordonnance médicale préalable, sous conditions strictes.

Conditions de la délivrance directe

La délivrance est réservée à une femme âgée de 16 à 65 ans, se présentant spontanément avec des brûlures mictionnelles et/ou une pollakiurie (besoin d’uriner fréquemment), sans fièvre, sans facteur de risque de complication identifié. Le pharmacien réalise une bandelette urinaire : si le résultat est positif (leucocyturie, nitrites, ou les deux), il peut délivrer fosfomycine-trométamol 3 g en dose unique, ou pivmécillinam 400 mg en cas d’allergie à la fosfomycine.

ℹ️ Arrêté du 11 décembre 2024 : précisions sur les modalités

Un arrêté modificatif du 11 décembre 2024 est venu préciser les conditions de l’arrêté initial de juin 2024. Il encadre notamment les modalités de traçabilité, la rédaction de l’attestation de délivrance remise à la patiente, et les conditions de recours à l’ordonnance conditionnelle. La consultation via une téléconsultation médicale préalable reste une alternative valable et répertoriée dans ce cadre réglementaire.

En dehors de la tranche d’âge autorisée ou en présence d’un facteur de risque, le pharmacien oriente vers le médecin ou la sage-femme. Une attestation de délivrance est remise à la patiente et les informations sont inscrites dans son Dossier Médical Partagé (DMP). Pour retrouver les textes officiels, consultez le site de l’ANSM.

👨‍⚕️ L’ordonnance conditionnelle : un outil pratique

Un médecin peut rédiger une ordonnance conditionnelle mentionnant « si BU positive ». La patiente se rend à la pharmacie avec cette ordonnance : si la bandelette est positive, le pharmacien délivre l’antibiotique prescrit ; si elle est négative, la délivrance n’a pas lieu. Ce dispositif évite les consultations inutiles tout en maintenant la décision médicale, et responsabilise l’ensemble du parcours de soins. C’est une option particulièrement utile pour les femmes avec cystites récidivantes ou à antécédent récent documenté.

3. Cystite aiguë simple : deux antibiotiques, deux options

En l’absence de tout facteur de risque, le traitement est probabiliste (sans ECBU préalable) et repose exclusivement sur deux molécules. Les autres antibiotiques — fluoroquinolones, bêta-lactamines, cotrimoxazole — ne sont plus recommandés dans cette indication.

Ligne Molécule Posologie Modalités pratiques Niveau de preuve
1re intention Fosfomycine-trométamol
Monuril®, Uridoz®
3 g en dose unique À prendre à jeun (2–3 h avant un repas), après avoir vidé la vessie. Attention : les symptômes peuvent persister 2 à 3 jours après la prise — c’est normal. ⭐⭐⭐⭐⭐
2e intention Pivmécillinam
Selexid® 400 mg
400 mg × 2/j — 3 jours À prendre pendant le repas. Ne pas s’allonger dans les 30 min suivant la prise (risque d’ulcération œsophagienne). Contre-indiqué si allergie aux bêta-lactamines. ⭐⭐⭐⭐⭐

⚠️ Fluoroquinolones : bannies de la cystite simple depuis 2024

Les fluoroquinolones (ciprofloxacine, ofloxacine, norfloxacine…) ne doivent plus jamais être prescrites dans la cystite aiguë simple. La commission de transparence de la HAS (avis confirmé en 2024-2025) a conclu à un SMR insuffisant pour ces molécules dans cette indication, compte tenu du rapport bénéfice-risque défavorable. Leurs effets indésirables graves (tendinopathies, atteintes articulaires, effets neuropsychiatriques) et le risque élevé de sélection de résistances bactériennes justifient cette exclusion de la cystite simple, de la cystite récidivante, et de l’antibioprophylaxie.

En cas d’échec ou de récidive précoce

Un ECBU n’est réalisé que si les signes cliniques persistent ou s’aggravent après 72 heures de traitement antibiotique bien conduit, ou en cas de récidive dans les 2 semaines suivant la fin du traitement. Il n’y a pas d’ECBU de contrôle systématique après guérison clinique dans la cystite simple.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

La patiente qui revient 2 jours après une fosfomycine en disant « ça ne va pas mieux » est souvent dans les délais normaux d’action. Le message à délivrer systématiquement : les brûlures peuvent persister 48 à 72 heures après la dose unique, le temps que l’antibiothérapie agisse sur la muqueuse vésicale. Si les symptômes s’aggravent ou si de la fièvre apparaît, c’est différent — la consultation médicale s’impose alors.

4. Cystite à risque de complication : ECBU systématique et traitement adapté

Dès qu’un facteur de risque est présent, la logique thérapeutique change radicalement. Le principe directeur est de différer le traitement autant que possible, en attendant les résultats de l’antibiogramme (disponibles sous 48 heures environ), pour prescrire l’antibiotique le plus étroit possible. Et depuis mai 2025, l’ECBU est réalisé systématiquement, qu’il soit positif ou non à la BU.

Traitement différé — adapté à l’antibiogramme (stratégie à privilégier)

Ordre de préférence Molécule Posologie Durée Niveau de preuve
1re intention Amoxicilline 1 g × 3/j 7 jours ⭐⭐⭐⭐
2e intention Pivmécillinam (Selexid®) 400 mg × 2/j 7 jours ⭐⭐⭐⭐
3e intention* Nitrofurantoïne (Furadantine®) 100 mg × 3/j 7 jours ⭐⭐⭐

* Nitrofurantoïne contre-indiquée si DFG < 45 ml/min ou en cas de traitements itératifs fréquents.

Traitement probabiliste si non différable

Lorsque les symptômes sont trop invalidants pour attendre 48 heures, un traitement probabiliste peut être débuté immédiatement — tout en réalisant l’ECBU en parallèle — avec adaptation dès réception des résultats :

Ligne Molécule Posologie Durée Niveau de preuve
1re intention* Nitrofurantoïne (Furadantine®) 100 mg × 3/j 7 jours ⭐⭐⭐⭐
2e intention Fosfomycine-trométamol (Monuril®) 3 g à J1, J3 et J5 3 prises espacées ⭐⭐⭐

* Nitrofurantoïne contre-indiquée si DFG < 45 ml/min ou en cas de traitements itératifs fréquents.

🔑 Le schéma tri-dose de la fosfomycine : ne pas confondre avec la cystite simple

Dans la cystite à risque de complication, la fosfomycine n’est pas utilisée en dose unique mais selon un schéma en 3 prises espacées à J1, J3 et J5. Ce protocole assure une concentration urinaire prolongée tout en limitant la pression de sélection bactérienne. Les sachets sont identiques au Monuril® classique — c’est le rythme de prise qui change. Un conseil clair à délivrer sur l’ordonnance ou l’attestation de délivrance.

5. Cystite récidivante : prévention et antibioprophylaxie

On parle de cystite récidivante à partir de 4 épisodes en 12 mois. C’est une situation fréquente — environ 25 % des femmes ayant eu une cystite récidiveront — et frustrante, qui demande une approche différente : le traitement curatif de chaque épisode reste identique à celui d’une cystite simple, mais l’enjeu principal est la prévention des récidives.

Mesures non médicamenteuses en première ligne

Avant toute antibioprophylaxie, les mesures hygiéno-diététiques s’imposent et suffisent parfois à espacer significativement les épisodes : apports hydriques suffisants (≥ 1,5 L/j), mictions non retenues, régularisation du transit intestinal, arrêt des spermicides si utilisés, miction dans l’heure suivant les rapports sexuels. Pour les femmes ménopausées, une œstrogénothérapie locale (crème ou ovule vaginal à base d’œstriol) peut être proposée après avis gynécologique pour restaurer la trophicité de la muqueuse vaginale et urétrale.

Antibioprophylaxie — quand et avec quoi ?

L’antibioprophylaxie au long cours ne se discute qu’à partir d’au moins 1 épisode par mois, après réalisation d’un ECBU de référence. C’est une décision médicale, non officinale.

Ligne Molécule Prophylaxie continue Prophylaxie postcoïtale Niveau de preuve
1re intention Fosfomycine-trométamol 3 g, 1 fois/semaine au maximum 1 sachet dans les 2 h avant ou après le rapport ⭐⭐⭐⭐
1re intention (alt.) Triméthoprime 150 mg/j au coucher Dose unique dans les 2 h avant ou après le rapport ⭐⭐⭐⭐
2e intention Cotrimoxazole (Bactrim®) 400/80 mg/j au coucher Dose unique dans les 2 h avant ou après le rapport ⭐⭐⭐

🚫 Antibiotiques formellement contre-indiqués en prophylaxie

Fluoroquinolones : formellement contre-indiquées en prévention des cystites récidivantes (risque de résistance bactérienne sévère, effets indésirables graves). Nitrofurantoïne : contre-indiquée au long cours (risque de fibrose pulmonaire et d’hépatotoxicité sévère chez les utilisatrices prolongées). Bêta-lactamines : à éviter en prophylaxie. Ces antibiotiques doivent être préservés pour les infections sévères qui les justifient vraiment.

Pour les mesures complémentaires non antibiotiques (canneberge, D-mannose, phytothérapie), retrouvez notre article dédié : Prévenir et traiter la cystite naturellement.

6. Traitements d’accompagnement

L’antibiothérapie est le seul traitement curatif, mais plusieurs options permettent de soulager les symptômes en parallèle — et d’éviter certaines erreurs fréquentes.

Antalgiques et antispasmodiques

Le paracétamol (Doliprane®, Efferalgan®) est le seul antalgique recommandé pour les douleurs mictionnelles. En cas de spasmes vésicaux intenses (urgenturies douloureuses), le médecin peut associer un antispasmodique comme le phloroglucinol (Spasfon®) ou la flavoxate (Urispas®), sans bénéfice démontré sur la durée de l’infection elle-même. L’hyperhydratation (au moins 2 L/j) favorise l’élimination urinaire des germes.

🚫 AINS et corticoïdes : formellement contre-indiqués dans la cystite

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, diclofénac…) et les corticoïdes sont inutiles et potentiellement dangereux dans la cystite bactérienne : ils masquent les signes d’extension de l’infection vers une pyélonéphrite, et présentent une toxicité rénale directe. Ne jamais les proposer en substitution du paracétamol sur cette indication, même sur demande expresse de la patiente.

Transit intestinal et microbiote

La constipation constitue un facteur favorisant des cystites récidivantes : la stagnation des matières fécales dans le rectum entretient un réservoir bactérien à proximité du méat urétral. Un laxatif osmotique doux (macrogol, lactulose) peut être utile chez les patientes constipées, en complément des mesures diététiques (hydratation, fibres).

7. Cas particuliers : femme enceinte et enfant

Femme enceinte

Toute cystite chez la femme enceinte est par définition une cystite à risque de complication : le risque d’ascension vers une pyélonéphrite gravidique — avec ses conséquences obstétricales (prématurité, complications maternelles) — est nettement plus élevé qu’en dehors de la grossesse. Par ailleurs, la colonisation urinaire asymptomatique (bactériurie sans signes fonctionnels) doit être dépistée et traitée chez la femme enceinte — ce qui n’est pas le cas chez la femme non enceinte.

Ligne Molécule Durée Précisions / contre-indications
1re intention Fosfomycine-trométamol Dose unique Schéma monodose maintenu en 1re intention pendant la grossesse
2e intention Pivmécillinam 7 jours
3e intention Nitrofurantoïne 7 jours Éviter au terme (risque d’hémolyse néonatale par déficit en G6PD)
4e intention Triméthoprime ou cotrimoxazole 7 jours Éviter avant 10 SA (risque de malformations par antagonisme folique)
5e intention Céfixime ou amoxicilline-clavulanique 7 jours Après documentation microbiologique — spectre plus large, à réserver

Un ECBU mensuel de surveillance est réalisé jusqu’à l’accouchement après tout épisode de cystite ou de colonisation urinaire chez la femme enceinte.

⚠️ Fluoroquinolones et grossesse : double contre-indication

Les fluoroquinolones sont formellement contre-indiquées pendant la grossesse (risque d’arthropathie fœtale, effets sur le cartilage) et contre-indiquées dans la cystite quelle que soit la situation clinique. Ne jamais les proposer sur ces deux tableaux.

Enfant et adolescente

Le traitement antibiotique de la cystite chez l’enfant relève du médecin. Le traitement probabiliste repose généralement sur le cotrimoxazole (Bactrim®) ou le céfixime pendant 3 à 5 jours selon les recommandations pédiatriques (GPIP). Le traitement monodose (fosfomycine) est possible dès l’âge de 12 ans révolus. Chez l’adolescente pubère de moins de 16 ans, la délivrance officinale sans ordonnance ne s’applique pas — orientation médicale obligatoire.

8. Pyélonéphrite aiguë : quand la cystite monte aux reins

La pyélonéphrite aiguë (PNA) est une infection bactérienne du parenchyme rénal, secondaire le plus souvent à l’ascension d’une cystite non ou insuffisamment traitée. Elle représente une complication sérieuse, dont l’évolution sans traitement adapté peut conduire à une bactériémie (présence de bactéries dans le sang) ou à un sepsis.

🚫 Signes d’alerte : consulter en urgence

La pyélonéphrite ne se traite pas à la pharmacie. Devant l’un des signes suivants, la patiente doit consulter en urgence (médecin ou urgences) :

  • Fièvre ≥ 38,5 °C ou frissons — même associés à des signes urinaires banaux
  • Douleurs lombaires (fosse lombaire, flanc), uni- ou bilatérales
  • Nausées, vomissements associés aux signes urinaires
  • Altération de l’état général
  • Absence d’amélioration 72 heures après antibiothérapie bien conduite

Prise en charge médicale de la PNA

La PNA impose un bilan biologique (NFS, CRP, créatinine, hémocultures si signes de gravité), un ECBU systématique et le plus souvent un uroscanner en urgence. L’antibiothérapie de première intention repose sur les céphalosporines de 3e génération (C3G) — notamment la ceftriaxone par voie IV ou IM — ou sur les fluoroquinolones par voie orale (ciprofloxacine, lévofloxacine) : c’est l’une des rares indications résiduelles des fluoroquinolones en infectiologie de ville. La durée totale de traitement est de 7 à 14 jours selon la forme clinique et la molécule utilisée. Une hospitalisation peut être nécessaire pour les formes sévères ou en cas de vomissements empêchant la voie orale.

👨‍⚕️ Message clé au comptoir

Si une patiente vous décrit de la fièvre associée à des brûlures mictionnelles, n’essayez pas de la traiter avec un antibiotique de cystite au comptoir. Ce n’est plus une cystite simple : c’est une pyélonéphrite jusqu’à preuve du contraire, et elle a besoin d’un bilan médical urgent. Cette règle s’applique même si la patiente bénéficie habituellement de la délivrance sans ordonnance — la fièvre est une contre-indication absolue à la délivrance officinale autonome.

9. Approches complémentaires : phytothérapie et probiotiques

L’antibiothérapie reste le seul traitement curatif de la cystite bactérienne — les approches complémentaires n’ont aucune place dans le traitement curatif. En revanche, elles ont un rôle reconnu, à niveau de preuve variable, dans la prévention des récidives et le soutien du microbiote urinaire et vaginal.

ℹ️ Phytothérapie, canneberge et D-mannose

Pour tout ce qui concerne les plantes, huiles essentielles, canneberge et D-mannose dans la prévention et le soulagement des cystites, consultez notre article complet : Prévenir, soulager et traiter la cystite grâce à la phytothérapie.

Probiotiques : restaurer la barrière vaginale

Les infections urinaires récidivantes sont fréquemment associées à un déséquilibre du microbiote vaginal (dysbiose). Un microbiote vaginal riche en lactobacilles constitue une barrière naturelle contre la colonisation ascendante par Escherichia coli — agent en cause dans environ 80 % des cystites communautaires. Restaurer cette barrière par des probiotiques oraux représente donc une stratégie de prévention complémentaire cohérente d’un point de vue mécanistique.

Souche Intérêt principal Niveau de preuve
Lactobacillus crispatus Souche dominante du microbiote vaginal sain ; restauration du pH acide protecteur ; réduction de la colonisation par les entérobactéries ⭐⭐⭐
Lactobacillus rhamnosus GR-1 Souche la plus étudiée en prévention des IU récidivantes ; colonise efficacement le vagin par voie orale ⭐⭐⭐
Lactobacillus reuteri RC-14 Associé au L. rhamnosus GR-1 dans la plupart des études ; diminution des récidives démontrée sur 6 à 12 mois ⭐⭐⭐
L. plantarum et L. paracasei Données émergentes ; réduction de la colonisation à E. coli ; soutien de l’immunité locale ⭐⭐

Ces souches se prennent par voie orale (gélules gastro-résistantes), en cures de 1 à 3 mois après une antibiothérapie ou en prévention continue chez les femmes à cystites répétées. Retrouvez les détails sur le choix des probiotiques dans notre article : Probiotiques, prébiotiques et symbiotiques : tout comprendre pour bien choisir.

10. Cystite traitement antibiotique : quand consulter un médecin ?

Situations nécessitant une consultation médicale d’emblée (sans passer par la pharmacie en 1re intention)

Un avis médical est indispensable dans les situations suivantes : femme de moins de 16 ans ou de plus de 65 ans, grossesse connue ou suspectée, fièvre ≥ 38 °C ou frissons, douleurs lombaires, facteur de risque de complication identifié (malformation urinaire, insuffisance rénale, immunodépression), symptômes évoluant depuis plus de 7 jours sans traitement, ou si une bandelette a déjà été réalisée récemment sans amélioration malgré un traitement antibiotique.

Situations nécessitant une consultation rapide en cours de traitement

⚠️ Consulter sans tarder si

  • Les signes persistent ou s’aggravent après 72 heures de traitement antibiotique bien conduit
  • Apparition d’une fièvre, de frissons ou de douleurs lombaires en cours de traitement
  • Récidive dans les 2 semaines suivant la fin du traitement
  • Présence de sang dans les urines (hématurie macroscopique) non expliquée
  • Contexte de grossesse, à tout stade

Qui fait quoi ? Les acteurs de la prise en charge

Professionnel Rôle dans la prise en charge
Pharmacien (formé) Réalisation BU, délivrance antibiotique (16–65 ans, cystite simple, BU+, sans fièvre ni FdR), conseil prévention, orientation vers médecin si nécessaire
Médecin généraliste / Sage-femme Cystites à risque de complication, récidivantes, femme enceinte, ordonnance conditionnelle, suivi ECBU
Urologue / Gynécologue Bilan étiologique des cystites récidivantes réfractaires, exploration d’une uropathie, prise en charge de la femme ménopausée
Urgences Pyélonéphrite aiguë, suspicion d’infection urinaire compliquée fébrile, femme enceinte avec fièvre

🔑 En résumé — cystite traitement antibiotique 2025

La prise en charge de la cystite traitement antibiotique repose sur les recommandations HAS/SPILF (fiche mémo mai 2025), avec deux évolutions clés par rapport à la version précédente :

  • Dans la cystite simple : seules la fosfomycine-trométamol en dose unique (1re intention) et le pivmécillinam 3 jours (2e intention) sont recommandées. Les fluoroquinolones et les bêta-lactamines n’ont plus aucune place ici.
  • Dans la cystite à risque de complication : l’ECBU est désormais systématique quel que soit le résultat de la BU (nouveauté mai 2025). Le traitement différé adapté à l’antibiogramme reste la stratégie à privilégier.
  • Depuis le décret du 19 juin 2024, modifié par arrêté du 11 décembre 2024, les pharmaciens formés peuvent délivrer l’antibiotique sans ordonnance chez la femme de 16 à 65 ans avec BU positive, sans fièvre, sans facteur de risque.
  • En prévention des récidives : fosfomycine hebdomadaire ou triméthoprime en 1re ligne. Fluoroquinolones et nitrofurantoïne formellement contre-indiquées en prophylaxie.
  • Fièvre + signes urinaires = suspicion de pyélonéphrite : orientation médicale urgente, sans délivrance au comptoir.

🔗 Articles connexes sur Astuces Pharma

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale ou pharmaceutique. En cas de doute, consultez votre médecin ou votre pharmacien.

Sources : HAS/SPILF — Fiche mémo « Cystite aiguë simple, à risque de complication ou récidivante, de la femme », mise à jour mai 2025 (has-sante.fr) · SPILF — Info-antibio N°107, décembre 2025 (infectiologie.com) · Décret n° 2024-550 du 17 juin 2024 et arrêté modificatif du 11 décembre 2024 relatifs à la délivrance sans ordonnance de médicaments antibiotiques après TROD par les pharmaciens d’officine · ANSM — Recommandations fluoroquinolones 2024 (ansm.sante.fr) · ameli.fr — Cystite, mise à jour mai 2025.

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