Acide folique et vitamine B12 : quand supplémenter les deux ?
Carence en B9 ou B12 ? Supplémenter l'une sans l'autre peut masquer une anémie pernicieuse. Guide pratique fondé sur la biochimie.

L’acide folique (vitamine B9) et la vitamine B12 partagent une relation biochimique si étroite qu’elles forment en réalité un couple inséparable au cœur du métabolisme cellulaire. Deux vitamines, un même champ d’action, mais un piège redoutable : corriger l’une sans évaluer l’autre peut, dans certaines situations, précipiter des lésions neurologiques irréversibles.
Végétaliens, personnes âgées, patients sous metformine ou sous inhibiteurs de la pompe à protons, femmes enceintes, personnes alcoolodépendantes… Ces profils sont quotidiens au comptoir. Cet article vous donne les clés biochimiques et cliniques pour ne jamais supplémenter l’un sans avoir pensé à l’autre.
📑 Sommaire de l’article
- 1. Acide folique et vitamine B12 : pourquoi forment-ils un couple inséparable ?
- 2. Le piège mortel : supplémenter la B9 sans vérifier la B12
- 3. Alors pourquoi ne pas toujours associer les deux d’emblée ?
- 4. Acide folique et vitamine B12 : qui supplémenter, et quand ?
- 5. Médicaments et acide folique / vitamine B12 : les interactions à connaître
- 6. Quel bilan biologique demander avant de supplémenter ?
- 7. Tableau récapitulatif : situations cliniques et stratégie de supplémentation
1. Acide folique et vitamine B12 : pourquoi forment-ils un couple inséparable ?
Pour comprendre pourquoi ces deux vitamines sont indissociables, il faut descendre au niveau de la cellule — et plus précisément au niveau de la synthèse de l’ADN. Chaque fois qu’une cellule se divise (globules rouges, cellules intestinales, neurones en développement), elle doit dupliquer son ADN. Ce processus nécessite des thymidylates — des briques de base de l’ADN — dont la fabrication dépend directement du folate actif.
Le cycle du folate et le rôle de la B12
Le folate alimentaire (B9) est absorbé dans le jéjunum, puis converti dans le foie en 5-méthyltétrahydrofolate (5-MTHF) — sa forme circulante dans le sang. Pour réintégrer la cellule et reprendre son rôle dans la synthèse de l’ADN, le 5-MTHF doit se « débarrasser » de son groupement méthyle en le transférant à l’homocystéine pour former la méthionine.
Et là intervient la vitamine B12 : c’est elle, sous sa forme active méthylcobalamine, qui sert de passeur lors de cette transaction. Sans B12 fonctionnelle, le 5-MTHF reste bloqué sous sa forme circulante, incapable de redevenir le folate actif dont la cellule a besoin. C’est le « piège à méthylfolate » (methyl-folate trap), décrit par Herbert & Zalusky dès 1962 dans le Journal of Clinical Investigation.
Schéma du cycle folate–B12 : sans vitamine B12 active, le 5-MTHF (acide folique circulant) reste piégé dans le sang et ne peut plus alimenter la synthèse de l’ADN (Herbert & Zalusky, J Clin Invest, 1962)
Conséquences communes d’une carence en B9 ou B12
Quand l’un ou l’autre manque, la synthèse de l’ADN se grippe. Les cellules les plus touchées sont celles qui se divisent le plus vite : les précurseurs des globules rouges dans la moelle osseuse. Au lieu de se diviser normalement, elles grossissent sans parvenir à se scinder — ce sont les mégaloblastes. Il en résulte une anémie macrocytaire (globules rouges trop gros et peu nombreux), identique à l’œil nu qu’elle soit due à un manque de B9 ou de B12. C’est là que réside tout le danger.
🔑 À retenir
Une anémie macrocytaire sur la NFS ne permet pas de distinguer une carence en B9 d’une carence en B12. Seul un dosage spécifique de ces deux vitamines dans le sang permet de trancher.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Quand un patient vous montre une NFS avec des globules rouges « trop gros » (VGM > 100 fL), ne vous contentez pas du résultat : orientez-le vers un dosage sérique de folate et de B12 avant toute supplémentation. L’hématologue ne peut pas non plus distinguer les deux sans ce bilan.
2. Le piège mortel : supplémenter la B9 sans vérifier la B12
Voici le scénario le plus dangereux de la pratique quotidienne au comptoir. Un patient présente une anémie macrocytaire. On dose la B9 : elle est basse. On prescrit de l’acide folique. L’anémie s’améliore. Tout va bien… en apparence.
Pourquoi l’acide folique « masque » la carence en B12
Une carence profonde en B12 entraîne une accumulation de 5-MTHF dans le sang (le piège à méthylfolate décrit plus haut). La concentration sérique de folate peut donc apparaître normale ou même élevée alors que la B12 fait complètement défaut. Donner de la B9 dans ce contexte apporte un afflux de folate supplémentaire qui, tant bien que mal, « contourne » partiellement le blocage et permet à la moelle osseuse de reprendre une production de globules rouges suffisante.
Résultat : l’anémie disparaît (ou s’améliore nettement) sur la NFS, donnant l’impression que le problème est résolu. Mais la cause profonde — la carence en B12 — est toujours là, silencieuse, et continue à exercer ses ravages sur le seul tissu que l’acide folique ne peut pas protéger : le système nerveux.
L’anémie pernicieuse : quand la neurologie prend le dessus
La B12, dans sa forme adénosylcobalamine, est indispensable à la synthèse de la myéline — cette gaine isolante qui enveloppe les axones neuronaux comme le plastique enveloppe un câble électrique. Sans B12, la myéline se dégrade progressivement, entraînant ce qu’on appelle une sclérose combinée subaiguë de la moelle (Healton et al., Medicine, 1991) : fourmillements, troubles de l’équilibre, faiblesse des membres, et in fine démence irréversible si la carence dure plusieurs mois à années.
L’acide folique, lui, n’entre pas dans la synthèse de la myéline. Il peut donc corriger l’anémie sans stopper ni même ralentir la neurodégénérescence en cours. C’est la raison pour laquelle des patients ont pu développer des neuropathies sévères et définitives sous couvert d’une NFS rassurante.
⚠️ Règle absolue — Ne jamais supplémenter B9 seule sans éliminer une carence en B12
Corriger une carence en B9 sans avoir vérifié la B12 peut masquer une anémie pernicieuse et permettre l’évolution silencieuse d’une neuropathie vers des lésions irréversibles. Ce principe est inscrit dans les recommandations de la HAS et dans les guidelines de la British Society of Haematology (Devalia et al., Br J Haematol, 2014).
👨⚕️ Conseil au comptoir
Un patient vous apporte une ordonnance d’acide folique seul pour une anémie macrocytaire ? Avant de la servir, vérifiez oralement qu’un dosage de B12 a bien été réalisé. Si ce n’est pas le cas, suggérez-lui d’appeler son médecin — c’est une question de sécurité, pas de bureaucratie.
3. Alors pourquoi ne pas toujours associer les deux d’emblée ?
C’est la question qui vient naturellement à l’esprit, et elle est parfaitement légitime : si l’un peut masquer l’autre, pourquoi ne pas systématiquement donner B9 et B12 ensemble dès qu’on suspecte une carence ? La réponse est nuancée — et la pratique clinique moderne va justement dans ce sens dans plusieurs situations.
Raisons historiques de la prudence
1. Le diagnostic étiologique d’abord. Savoir pourquoi le patient manque de B12 change radicalement la prise en charge. Une carence par malabsorption (maladie de Biermer — destruction auto-immune des cellules pariétales gastriques qui produisent le facteur intrinsèque nécessaire à l’absorption de la B12) impose une supplémentation à vie, souvent par voie injectable ou à très haute dose orale. Une carence par régime (végétalisme) se corrige facilement par voie orale à dose standard. Associer B9 + B12 sans diagnostic préalable peut conduire à une supplémentation insuffisante ou mal ciblée.
2. Éviter la sur-supplémentation en B9. Des doses élevées et prolongées d’acide folique ne sont pas anodines : elles peuvent masquer une déficience en B12 débutante (cercle vicieux), et des études épidémiologiques récentes suggèrent une association avec la progression de certains cancers colorectaux chez les sujets supplémentés en excès (Fife et al., Gut, 2011 — niveau de preuve modéré). On ne supplémente donc pas en B9 « au cas où » sans indication.
3. La B12 en excès ne pose pas de problème (hydrosoluble). Contrairement à la B9 à haute dose, la B12 n’a pas de toxicité connue même à des doses très supérieures aux besoins physiologiques. C’est une vitamine hydrosoluble éliminée par les reins.
Quand l’association d’emblée est justifiée — et même recommandée
Dans de nombreuses situations de terrain, l’association B9 + B12 d’emblée est non seulement logique mais cliniquement préférable. C’est le cas dès lors que :
- Le profil du patient expose à une double carence probable (végétalisme strict, malnutrition, alcoolisme, chirurgie bariatrique)
- Le bilan est incomplet ou long à obtenir et la clinique impose de ne pas attendre
- On est dans un contexte de grossesse ou péri-conceptionnelle, où le besoin en B9 est urgent mais où la B12 doit impérativement être vérifiée
- Le patient prend un médicament dépléteur des deux (metformine, IPP à long terme)
ℹ️ La règle pratique de sécurité
Si vous devez supplémenter en B9 et que la B12 n’a pas encore été dosée, associez systématiquement la B12. En revanche, si vous supplémentez en B12 seule, vous ne masquez aucune carence en B9 — la B12 ne peut pas « cacher » un manque de folate.
👨⚕️ Conseil au comptoir
La règle d’or en l’absence de bilan : « Si tu prends de la B9, prends aussi de la B12. » L’inverse n’est pas nécessaire. Et dans tous les cas, un bilan biologique dans les semaines suivantes reste indispensable pour adapter les doses et la durée.
4. Acide folique et vitamine B12 : qui supplémenter, et quand ?
Passons en revue les situations que vous rencontrez quotidiennement au comptoir, avec pour chacune le mécanisme en cause, les signes d’alerte et la stratégie de supplémentation adaptée.
🥦 Végétalisme (régime vegan strict)
La B12 est exclusivement d’origine animale (synthétisée par des bactéries et concentrée dans les tissus animaux). Un végétalien strict sans supplémentation développe inévitablement une carence en B12 en quelques années — les réserves hépatiques, importantes (3 à 5 mg, soit 3 à 5 ans d’autonomie), masquent la carence pendant longtemps. La B9, elle, est abondante dans les légumes verts : le risque est moindre mais non nul si le régime est peu varié.
ℹ️ Stratégie végétalisme
Supplémenter B12 systématiquement chez tout végétalien strict, dès l’adoption du régime, sans attendre les signes cliniques. Dose recommandée : 250 µg/jour en sublingual ou 1 000 µg/semaine (Pawlak et al., Eur J Clin Nutr, 2013). Contrôler B12 sérique + holotranscobalamine (marqueur précoce) à 6 mois. La B9 peut être ajoutée si alimentation peu variée en légumes.
🍷 Alcoolisme chronique
L’alcool agit comme un perturbateur vitaminique en série :
- Il inhibe l’absorption intestinale du folate dans le jéjunum (Halsted et al., J Lab Clin Med, 1971)
- Il perturbe le stockage hépatique de la B12 en altérant les cellules hépatiques
- L’alimentation souvent carencée aggrave le déficit en B9
- L’acétaldéhyde (métabolite toxique de l’alcool) bloque directement les enzymes du cycle du folate
La double carence B9 + B12 est la règle, non l’exception, en cas d’alcoolisme chronique. Leclercq et al. (Alcohol Clin Exp Res, 2002) ont montré qu’une supplémentation en folate seule ne corrige pas complètement l’anémie si la B12 est également déficiente.
ℹ️ Stratégie alcoolisme
Association B9 + B12 d’emblée, sans attendre le bilan (qui sera réalisé en parallèle). Thiamine (B1) à ajouter systématiquement pour prévenir l’encéphalopathie de Wernicke.
🤰 Grossesse et période péri-conceptionnelle
La demande en B9 explose pendant les premières semaines de grossesse : la fermeture du tube neural du fœtus entre J21 et J28 de conception exige un apport optimal en folate. La HAS recommande 0,4 mg/jour d’acide folique dès la consultation préconceptionnelle (5 mg/jour si antécédent de spina bifida).
Mais un point est souvent négligé : si la future mère est végétalienne, sous régime restrictif, ou symptomatique, il faut vérifier la B12 avant de commencer la B9. Une supplémentation en B9 forte chez une femme carencée en B12 peut précipiter le piège décrit plus haut — avec des conséquences neurologiques pour la mère et pour le nourrisson (dont la B12 dépend exclusivement du lait maternel pendant les premières semaines).
🔑 À retenir
Chez une femme enceinte végétalienne ou malnutrie, la supplémentation doit être B9 + B12 dès le départ. Les nourrissons allaités par des mères végétaliennes non supplémentées peuvent présenter des carences neurologiques sévères en B12 dès les premiers mois de vie (Weiss et al., J Pediatr, 2004).
👴 Personnes âgées
Avec l’âge, la production d’acide chlorhydrique gastrique diminue (gastrite atrophique, fréquente après 60 ans), et la B12 alimentaire — liée aux protéines — ne peut plus être libérée correctement. Seule la B12 libre des compléments alimentaires ou des aliments fermentés reste absorbable. L’étude NHANES III (Stabler & Allen, Annu Rev Nutr, 2004) a montré qu’environ 6 % des adultes > 60 ans sont déficients en B12, et jusqu’à 20 % présentent des taux sub-optimaux. La B9 alimentaire est généralement correcte si l’alimentation est variée.
ℹ️ Stratégie personne âgée
Dépister la carence en B12 systématiquement après 70 ans ou en présence de signes cognitifs. Préférer les formes sublinguales ou injectables si gastrite atrophique (la voie orale standard est alors partiellement inefficace). La B9 n’est ajoutée qu’en cas de carence documentée ou de facteurs de risque associés.
🏥 Chirurgie bariatrique (bypass gastrique)
Le bypass gastrique supprime la partie de l’estomac qui produit le facteur intrinsèque — la protéine qui permet l’absorption de la B12 dans l’iléon terminal. La carence en B12 est quasi-inévitable à terme sans supplémentation. La B9, absorbée dans le jéjunum proximal (épargné par l’opération), est moins touchée mais reste à surveiller car l’absorption générale des micronutriments est réduite.
⚠️ Bariatrique : supplémentation à vie
Après bypass gastrique, la supplémentation en B12 est obligatoire et à vie, à doses élevées (1 000 µg/jour per os ou injection trimestrielle). La B9 est incluse dans les multivitamines bariatriques recommandées. Ne jamais arrêter sans avis médical.
🧬 Mutation MTHFR (polymorphisme C677T)
La méthylènetétrahydrofolate réductase (MTHFR) est l’enzyme qui convertit le folate en sa forme active 5-MTHF. Environ 10 à 15 % de la population caucasienne est homozygote pour le polymorphisme C677T, qui réduit l’activité de cet enzyme de 70 %. Ces personnes ont des besoins en folate (et en B12, qui utilise ce même substrat) augmentés, et répondent mieux aux formes actives méthylées : méthylfolate (5-MTHF) plutôt qu’acide folique, méthylcobalamine plutôt que cyanocobalamine.
5. Médicaments et acide folique / vitamine B12 : les interactions à connaître
Plusieurs médicaments très courants interfèrent avec le métabolisme de l’acide folique et/ou de la vitamine B12. Ces interactions sont chroniques, souvent méconnues du patient, et constituent un terrain de carence silencieuse.
| Médicament | Vitamine impactée | Mécanisme | Niveau de preuve ℹ️ | Conduite |
|---|---|---|---|---|
| Metformine | B12 ↓↓ | Inhibe le récepteur iléal de la cubiline (absorption du complexe B12-facteur intrinsèque) | ⭐⭐⭐⭐⭐ | Dosage B12 annuel ; supplémenter si < 200 pg/mL |
| IPP (oméprazole, pantoprazole…) | B12 ↓ (usage long) | Réduction de l’acidité gastrique → libération insuffisante de B12 des protéines alimentaires | ⭐⭐⭐⭐ | Surveiller après 2 ans de traitement continu ; supplémenter si nécessaire |
| Antifolates (méthotrexate, triméthoprime) | B9 ↓↓↓ | Inhibition compétitive de la dihydrofolate réductase (DHFR), bloquant la synthèse du THF actif | ⭐⭐⭐⭐⭐ | Supplémenter en acide folique (5 mg/semaine, hors jour MTX) ; NFS régulière |
| Antiépileptiques (valproate, phénytoïne) | B9 ↓ | Induction enzymatique hépatique accélérant la dégradation du folate | ⭐⭐⭐ | Supplémenter en B9 ; contrôle taux antiépileptique (la B9 peut réduire l’efficacité de la phénytoïne) |
| Contraceptifs oraux | B9 ↓ modérée | Compétition avec le folate au niveau des transporteurs intestinaux (mécanisme non totalement élucidé) | ⭐⭐ | Supplémentation systématique si projet de grossesse à l’arrêt de la pilule |
| Colestyramine | B12 ↓, B9 ↓ | Chélation non spécifique des vitamines dans la lumière intestinale | ⭐⭐⭐ | Espacer les prises de 4h avec les vitamines |
👨⚕️ Conseil au comptoir
Chez tout patient sous metformine depuis plus d’un an, pensez à demander systématiquement : « Avez-vous fait un bilan récent avec un dosage de vitamine B12 ? » C’est une carence silencieuse très fréquente, facilement correctable, et sous-dépistée. L’étude UKPDS a montré qu’après 4 ans de metformine, la carence en B12 touche jusqu’à 30 % des patients.
6. Quel bilan biologique demander pour acide folique et vitamine B12 ?
Tous les marqueurs biologiques ne se valent pas. Certains sont sensibles mais peu spécifiques ; d’autres détectent des carences fonctionnelles avant même que les taux sériques chutent. Voici ce que vous devez savoir pour guider vos patients.
| Marqueur | Ce qu’il mesure | Intérêt | Valeurs d’alerte |
|---|---|---|---|
| Folate sérique (B9) | Apports récents en folate | Rapide, disponible partout. Mais reflète les 2 dernières semaines seulement | < 3 ng/mL : carence |
| Folate érythrocytaire | Stocks intracellulaires sur 3 mois | Meilleur reflet du statut chronique en B9. Baisse si carence réelle prolongée | < 140 ng/mL : carence |
| B12 sérique totale | Pool total de B12 dans le sang | Examen de 1ère intention. Peut être faussement normal (protéines de transport non fonctionnelles) | < 200 pg/mL : déficience probable |
| Holotranscobalamine (HoloTC) | B12 biologiquement active (fraction liée à la transcobalamine II) | Marqueur précoce de carence fonctionnelle, détecte la déficience avant la B12 totale | < 35 pmol/L : carence fonctionnelle |
| Acide méthylmalonique (MMA) | Marqueur indirect de déficit fonctionnel en B12 | Spécifique de la carence en B12 (contrairement à l’homocystéine). Monte si B12 insuffisante pour les réactions enzymatiques | > 0,4 µmol/L : carence B12 probable |
| Homocystéine | Acide aminé dont l’accumulation signale un déficit en B9 ou B12 (ou B6) | Sensible mais peu spécifique (monte si B9 ET/OU B12 manquent). Marqueur de risque cardiovasculaire | > 15 µmol/L : hyperhomocystéinémie |
| NFS (hémogramme) | VGM (volume globulaire moyen), taux d’hémoglobine | VGM > 100 fL : macrocytose, évoque B9 ou B12. Ne différencie pas les deux | VGM > 100 fL : investigation obligatoire |
🔑 À retenir
Le bilan idéal avant toute supplémentation comprend : NFS + folate sérique + B12 sérique. En cas de doute ou de symptômes neurologiques, ajouter l’holotranscobalamine et/ou l’acide méthylmalonique pour confirmer une carence fonctionnelle en B12 même si le taux sérique total paraît normal.
ℹ️ Le cas particulier des anticorps anti-facteur intrinsèque
Si vous suspectez une maladie de Biermer (anémie pernicieuse auto-immune, fréquente chez les sujets > 60 ans, les femmes, ou en cas d’autres maladies auto-immunes), demandez les anticorps anti-facteur intrinsèque et anti-cellules pariétales. Leur présence confirme le diagnostic et impose une supplémentation à vie en B12 par voie injectable ou à très haute dose orale.
👨⚕️ Conseil au comptoir
Un patient âgé qui se plaint de fourmillements dans les mains, d’une fatigue inexpliquée et de troubles de l’équilibre, même sans anémie visible sur la NFS : pensez à la carence en B12 à déficit neurologique prédominant. Dans ce cas, le taux sérique de B12 peut être « limite bas » (200–300 pg/mL) alors que le MMA ou l’HoloTC révèlent une déficience fonctionnelle réelle.
7. Tableau récapitulatif : situations cliniques et stratégie de supplémentation en acide folique et vitamine B12
| Situation | Vitamine(s) à risque | Stratégie | Bilan avant supp. | Niveau de preuve ℹ️ |
|---|---|---|---|---|
| Végétalisme strict | B12 ↓↓↓ | B12 systématique dès l’adoption ; B9 si alimentation peu variée | B12 sérique à 6 mois | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Alcoolisme chronique | B9 ↓↓ + B12 ↓ | B9 + B12 d’emblée + B1 (thiamine) | NFS, B9, B12, homocystéine | ⭐⭐⭐⭐ |
| Grossesse / péri-conceptionnel | B9 ↑ besoins | B9 0,4 mg/j dès J1 ; vérifier B12 si végétalienne / malnutrie | B12 si facteurs de risque | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Personne âgée > 70 ans | B12 ↓ (gastrite atrophique) | B12 sublinguale ou injectable ; B9 si carence documentée | B12, HoloTC, NFS | ⭐⭐⭐⭐ |
| Bypass gastrique | B12 ↓↓↓ + multivitamines | B12 + multivitamines bariatriques à vie | Bilan complet à 3, 6, 12 mois | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Metformine long terme | B12 ↓ | Dosage B12 annuel ; supplémenter si < 200 pg/mL | B12 sérique annuel | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| IPP > 2 ans | B12 ↓ modérée | Surveiller B12 ; supplémenter si < 200 pg/mL | B12 si symptômes / facteurs de risque | ⭐⭐⭐⭐ |
| Méthotrexate | B9 ↓↓↓ | B9 5 mg/semaine (hors jour MTX) systématique | NFS mensuelle | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Maladie de Biermer | B12 ↓↓↓ (malabsorption) | B12 IM ou haute dose orale à vie — voie orale standard inefficace | Anti-FI, anti-cellules pariétales | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| Anémie macrocytaire sans bilan | B9 et/ou B12 ? | Ne jamais supplémenter B9 seule sans dosage B12 préalable | B9 + B12 + NFS obligatoires | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
🔑 En résumé — Acide folique et vitamine B12
B9 et B12 partagent un même carrefour métabolique : sans B12, la B9 reste bloquée sous sa forme inactive dans le sang (piège à méthylfolate), incapable d’alimenter la synthèse de l’ADN.
L’anémie macrocytaire qu’elles provoquent est cliniquement identique : seul un dosage sanguin des deux vitamines permet de distinguer les causes.
La règle absolue : ne jamais supplémenter en B9 sans avoir éliminé une carence en B12 — au risque de masquer une anémie pernicieuse et de laisser s’installer une neuropathie irréversible. En cas de doute, associez les deux.
Les profils à risque au comptoir : végétaliens, personnes âgées, alcoolodépendants, patients sous metformine ou IPP au long cours, femmes enceintes à alimentation restrictive, opérés bariatriques.
La supplémentation en B12 seule ne masque jamais une carence en B9. L’inverse est faux — et dangereux.
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Avertissement : Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation auprès d’un professionnel de santé. Toute décision de supplémentation doit être précédée d’un bilan biologique et validée par un médecin ou un pharmacien. — Sources principales : Herbert V & Zalusky R, J Clin Invest, 1962 ; Healton EB et al., Medicine, 1991 ; Devalia V et al., Br J Haematol, 2014 ; Pawlak R et al., Eur J Clin Nutr, 2013 ; Stabler SP & Allen RH, Annu Rev Nutr, 2004 ; Leclercq I et al., Alcohol Clin Exp Res, 2002 ; Fife J et al., Gut, 2011 ; Weiss R et al., J Pediatr, 2004 ; Recommandations HAS ; ANSM.



