Équilibre acido-basique : acidose, marqueurs, leviers

quilibre acido-basique : charge acide alimentaire (PRAL), conséquences prouvées ou non, marqueurs utiles et leviers sûrs. Le guide du pharmacien.

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Équilibre acido-basique : acidose latente, conséquences, marqueurs et leviers

📅 Publié le 26 octobre 2026 🔄 Dernière révision 26 octobre 2026 ⏱️ 21 min de lecture

L’équilibre acido-basique est l’un des paramètres les mieux défendus de l’organisme : le pH du sang reste entre 7,35 et 7,45, quoi que l’on mange. Mais cette stabilité a un coût. Une alimentation occidentale, riche en protéines animales, en fromages, en céréales et en sel, pauvre en fruits et légumes, produit chaque jour un excès d’acides que les reins doivent éliminer.

L’acidose métabolique latente désigne cette charge acide chronique, compensée mais permanente, que la micronutrition relie aux os, aux muscles, aux reins et à la fatigue. Que dit vraiment la littérature ? Quels marqueurs ont un sens, quels leviers ont fait leurs preuves, et lesquels exposent à des risques (potassium, sodium) ? Cet article fait le point, avec un outil interactif pour l’accompagnement au comptoir.

⚡ L’essentiel en un coup d’œil

🎯 Ce qui est établi, ce qui reste à prouver

  • La charge acide alimentaire se calcule (PRAL, NEAP) et modifie le pH urinaire d’environ une unité, celui du sang d’à peine un centième (⭐⭐⭐⭐⭐)
  • Dans la maladie rénale chronique, l’acidose est réelle et les fruits et légumes ralentissent la baisse du DFG (⭐⭐⭐⭐)
  • Os, muscle, diabète : associations et petits essais (densité osseuse sous citrate de potassium), sans preuve sur les fractures (⭐⭐ à ⭐⭐⭐)
  • ❌ Pas de preuve qu’une alimentation ou une eau « alcaline » prévienne ou soigne un cancer

💊 Comment conseiller ?

  • Le levier n° 1 : ajouter fruits, légumes, pommes de terre et légumes secs, plutôt que retirer des protéines
  • Après 65 ans : ne jamais réduire les protéines pour « désacidifier »
  • Moins de sel, eaux bicarbonatées avec prudence (sodium)
  • Citrates de potassium ou de magnésium : seulement après vérification de la fonction rénale et des traitements

🚫 4 questions à poser avant de conseiller

  • Avez-vous une maladie des reins, ou un DFG connu inférieur à 60 mL/min ?
  • Prenez-vous un IEC, un sartan, de la spironolactone, de l’éplérénone, du triméthoprime ou un AINS au long cours (risque d’hyperkaliémie) ?
  • Êtes-vous hypertendu(e) ou en insuffisance cardiaque (sodium des eaux et du bicarbonate) ?
  • Avez-vous déjà eu des calculs urinaires ou une crise de goutte ?

Le détail de chaque point — mécanismes, preuves, sources — est développé section par section ci-dessous.

1. Équilibre acido-basique : tampons, poumons, reins

En bref : le pH sanguin est maintenu entre 7,35 et 7,45 par trois systèmes emboîtés. Les tampons agissent en secondes, les poumons en minutes, les reins en heures à jours : ce sont eux qui éliminent les acides d’origine alimentaire.

Le métabolisme produit en permanence des acides. Le plus abondant, l’acide carbonique (CO₂ dissous), est volatil : les poumons l’éliminent à chaque expiration. Les autres sont des acides fixes, que seuls les reins peuvent excréter. Ils proviennent surtout de l’oxydation des acides aminés soufrés (méthionine, cystéine), qui libère de l’acide sulfurique, et du métabolisme du phosphore organique. Chez l’adulte au régime occidental, cette production d’acides fixes est classiquement estimée autour de 1 mEq par kilo et par jour, soit 50 à 100 mEq/j.

À l’inverse, les fruits et légumes apportent des sels de potassium d’acides organiques (citrate, malate). Une fois métabolisés, ces anions consomment des ions H⁺ et génèrent du bicarbonate : ils ont un effet alcalinisant, même quand l’aliment a un goût acide.

  • Les tampons neutralisent les H⁺ en quelques secondes : bicarbonate plasmatique (le principal), phosphates, protéines, hémoglobine, et à plus long terme le carbonate de l’os.
  • Les poumons ajustent la ventilation pour éliminer davantage de CO₂ quand le bicarbonate baisse (compensation respiratoire).
  • Les reins réabsorbent le bicarbonate filtré et excrètent les H⁺ sous forme d’ammonium (fabriqué à partir de la glutamine) et d’acidité titrable (phosphates). Leur somme, moins le bicarbonate urinaire, définit l’excrétion acide nette (NAE). Ils réabsorbent aussi davantage de citrate quand la charge acide augmente, ce qui fait baisser la citraturie.
Du repas au rein : le trajet des acides et des bases Protéines animales, fromages, céréales, sel → acides fixes (sulfates, phosphates) Fruits, légumes, pommes de terre → citrate, malate, potassium = bicarbonate généré Sang pH 7,35 à 7,45 tampon bicarbonate + CO₂ éliminé par les poumons Reins excrètent les H⁺ (ammonium, acidité titrable), retiennent le citrate → pH urinaire 4,5 à 8 Si la charge acide dure (hypothèse de l’acidose latente) os : carbonate et calcium mobilisés · muscle : glutamine cédée urine : moins de citrate, plus de calcium, de magnésium et de potassium

Le sang reste à pH constant ; c’est l’urine qui varie. Le cadre en pointillés résume les mécanismes de compensation invoqués dans l’acidose latente, dont les conséquences cliniques restent débattues.

2. Acidose franche, acidose latente : de quoi parle-t-on ?

En bref : l’acidose métabolique « vraie » se voit sur le bicarbonate plasmatique et relève du médecin. L’acidose dite latente, ou de bas grade, correspond à une charge acide compensée, invisible sur un bilan standard, dont le terrain est surtout l’âge et la baisse de la fonction rénale.

L’acidose métabolique se définit par une baisse du bicarbonate plasmatique (en dessous d’environ 22 mmol/L), avec un pH sanguin abaissé ou maintenu par la compensation respiratoire. Ses causes sont médicales : insuffisance rénale chronique, acidocétose diabétique, acidose lactique, diarrhées abondantes, acidoses tubulaires, certains médicaments. Ce n’est pas un sujet de comptoir, sauf pour repérer les situations à risque.

L’acidose métabolique latente, ou de bas grade, est un concept différent. Le pH et le bicarbonate restent dans les normes, mais l’organisme élimine chaque jour un excès d’acides et mobilise des tampons pour y parvenir. Une méta-analyse de données publiées chez des adultes sains de 20 à 100 ans a montré que le bicarbonate plasmatique baisse et que la concentration en H⁺ augmente légèrement avec l’âge, ce que les auteurs décrivent comme une acidose de bas grade s’aggravant progressivement, liée en partie au déclin de la fonction rénale (Frassetto L, Sebastian A, J Gerontol A Biol Sci Med Sci, 1996).

ℹ️ Ce qu’enseigne la micronutrition

En micronutrition, l’acidose latente est rattachée à l’excès d’acides aminés soufrés d’origine animale et à l’insuffisance de végétaux. Elle est associée à des fuites urinaires de magnésium et de potassium, et invoquée dans des fatigues anciennes (défaut de production d’ATP), des troubles musculaires (crampes, tendinites) et une vulnérabilité au stress. Ces liens sont cohérents sur le plan physiologique, mais ils reposent surtout sur des données mécanistiques et observationnelles : ils justifient de rééquilibrer l’assiette, pas de poser un diagnostic.

🆚 Mythe ou réalité ?

❌ Ce qu’on entend souvent

« Mon alimentation rend mon sang acide, il faut l’alcaliniser. »

✅ Ce que montre la recherche

Faux pour le sang. Dans un essai randomisé, une modification de l’alimentation a fait varier le pH urinaire d’environ 1 unité, mais le pH systémique de seulement 0,014 unité (revue de Fenton TR et Huang T, BMJ Open, 2016). Ce qui varie, c’est le travail rénal et, peut-être, la sollicitation des tampons osseux et musculaires (⭐⭐⭐⭐⭐ pour la stabilité du pH sanguin).

3. La charge acide alimentaire : PRAL et NEAP

En bref : le PRAL estime la charge acide d’un aliment ou d’une journée à partir de cinq nutriments ; le NEAP estime l’excrétion acide nette. Viandes, poissons, fromages et céréales ont un PRAL positif ; fruits, légumes et pommes de terre un PRAL négatif.

Le PRAL (Potential Renal Acid Load) a été proposé par Remer et Manz en 1995. Il tient compte des protéines et du phosphore (acidifiants) et du potassium, du magnésium et du calcium (alcalinisants), pondérés par leur absorption intestinale :

PRAL (mEq/j) = 0,49 × protéines (g) + 0,037 × phosphore (mg) − 0,021 × potassium (mg) − 0,026 × magnésium (mg) − 0,013 × calcium (mg)

Le NEAP (Net Endogenous Acid Production) ajoute au PRAL les acides organiques produits par le métabolisme, estimés selon la surface corporelle (méthode de Remer). Une formule simplifiée, celle de Frassetto, n’utilise que le rapport protéines sur potassium : NEAP = 54,5 × protéines (g/j) ÷ potassium (mEq/j) − 10,2. Ce rapport illustre bien l’idée centrale : ce n’est pas la quantité de protéines seule qui compte, mais son équilibre avec les apports de potassium venus des végétaux.

Aliment (portion) PRAL estimé (mEq) Commentaire
Viande, volaille ou poisson (120 g)+8 à +11Acides aminés soufrés, phosphore
Parmesan (20 g) ; fromage à pâte dure (30 g)+7 ; +6Les plus acidifiants à poids égal
Œufs (2)+8Le jaune surtout
Pâtes (200 g cuites) ; riz (200 g cuits)+5 ; +3Céréales : légèrement acidifiantes
Pain (60 g) ; lait (250 mL) ; yaourt nature+1 à +2Proches de l’équilibre
Lentilles, pois chiches (200 g cuits)environ +4Excellentes protéines végétales malgré tout
Haricots blancs ou rouges (200 g cuits)environ −10Très riches en potassium et magnésium
Pommes de terre (200 g) ; patate douce (200 g)−8 ; −11Le féculent alcalinisant
Légumes (150 g) ; épinards (150 g cuits)−2 à −7 ; −15Feuilles vertes en tête
Fruit frais ; banane ; fruits secs (30 g)−4 ; −7 ; −6Y compris les agrumes
Eau riche en bicarbonates (500 mL)environ −10Selon la teneur en bicarbonates et en sodium

Ordres de grandeur par portion, arrondis, calculés selon la méthode de Remer et Manz à partir des tables de composition (dont Ciqual). Les valeurs publiées varient d’une table à l’autre selon les méthodes d’analyse et l’état de l’aliment (cru ou cuit) : elles servent à comparer, pas à mesurer.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir

Pour expliquer le principe en une phrase : « Ce qui compte n’est pas le goût acide d’un aliment, mais ce qu’il laisse après digestion. Le citron et l’orange laissent du potassium et du citrate, donc des bases ; le fromage et la viande laissent des acides. On équilibre en mettant des végétaux à côté des protéines, pas en supprimant les protéines. »

4. Conséquences sur la santé : ce que montrent les études

En bref : les données les plus solides concernent la maladie rénale chronique et les calculs urinaires. Pour l’os, le muscle et le métabolisme, on dispose d’associations et de petits essais, sans preuve sur les événements cliniques durs. Pour le cancer, aucune preuve.

Rein et maladie rénale chronique

Quand le rein vieillit ou s’abîme, il excrète moins bien l’ammonium : l’acidose métabolique devient fréquente au stade de maladie rénale chronique avancée, et la production accrue d’ammonium par les néphrons restants entretiendrait elle-même les lésions. Les essais de l’équipe de Wesson et Goraya, chez des patients en insuffisance rénale chronique modérée, ont montré qu’une ration de fruits et légumes calculée pour réduire la charge acide d’environ moitié ralentissait la baisse du DFG aussi bien que le bicarbonate de sodium, sur une durée allant jusqu’à trois ans. Ces essais fournissaient gratuitement les fruits et légumes, ce qui a favorisé l’observance. Les recommandations KDIGO 2024 proposent d’envisager un traitement pour éviter que le bicarbonate ne descende sous 18 mmol/L.

ℹ️ Le bicarbonate n’est pas une solution universelle : l’essai BiCARB

Chez 300 patients de 60 ans et plus, en insuffisance rénale chronique sévère (DFG inférieur à 30) avec un bicarbonate inférieur à 22 mmol/L, le bicarbonate de sodium oral (jusqu’à 3 g/j) n’a amélioré ni la fonction physique à 12 mois, ni la fonction rénale, avec davantage d’effets indésirables que le placebo (Witham MD et al., BMC Med, 2020). Corriger un chiffre ne suffit pas : la décision revient au néphrologue.

Os

L’hypothèse historique veut qu’une charge acide chronique mobilise le carbonate et le calcium de l’os. Les données sont contrastées. Les méta-analyses de Fenton et collaborateurs n’ont pas retrouvé de lien causal entre charge acide alimentaire, calciurie et ostéoporose (Fenton TR et al., Nutr J, 2011). En revanche, le citrate de potassium a augmenté la densité osseuse dans deux essais suisses : chez 161 femmes ménopausées ostéopéniques, environ +1 % au rachis contre −1 % sous chlorure de potassium à 12 mois (Jehle S et al., J Am Soc Nephrol, 2006) ; chez 201 adultes de plus de 65 ans recevant calcium et vitamine D, +1,7 % au rachis à 24 mois avec 60 mEq/j, et un score FRAX amélioré (Jehle S et al., J Clin Endocrinol Metab, 2013). Aucun essai n’a encore montré une baisse des fractures.

Muscle

L’acidose stimule la protéolyse musculaire, un mécanisme bien documenté dans la maladie rénale chronique. Dans la population générale, plusieurs études d’observation associent une charge acide élevée à une masse musculaire plus faible et à la fragilité chez les personnes âgées, sans qu’on puisse séparer l’effet de la charge acide de celui de la consommation de végétaux. Le paradoxe à garder en tête : les protéines sont acidifiantes, mais elles sont indispensables au muscle. Le levier n’est donc jamais de les réduire chez le senior.

Calculs urinaires et goutte

C’est la conséquence la mieux établie de l’acidité urinaire. Des urines durablement acides (pH inférieur à 5,5) favorisent la précipitation de l’acide urique ; la baisse de la citraturie, citrate qui inhibe la cristallisation du calcium, favorise les calculs calciques. Le citrate de potassium sur prescription fait partie du traitement de ces lithiases. Chez le patient goutteux, l’alcalinisation des urines prévient les calculs d’urate (voir notre article sur la crise de goutte).

Métabolisme, tension artérielle

Dans la cohorte française E3N, chez 66 485 femmes suivies 14 ans, le quartile de PRAL le plus élevé était associé à un risque de diabète de type 2 augmenté de 56 % par rapport au plus bas (HR 1,56), indépendamment des autres facteurs connus (Fagherazzi G et al., Diabetologia, 2014). Une méta-analyse de 2017 retrouve un risque relatif plus modeste (1,22), significatif seulement chez les femmes. Les résultats sur l’hypertension sont inconstants. Mécanisme évoqué : l’acidose de bas grade réduirait la sensibilité à l’insuline et augmenterait le cortisol, mais ces données restent observationnelles.

Fatigue et cancer

Aucune étude solide ne relie directement la fatigue à une acidose latente : l’hypothèse micronutritionnelle (fuite de magnésium, défaut d’ATP) est plausible mais non démontrée, et une fatigue qui dure appelle d’abord un bilan étiologique (voir Lutter contre la fatigue). Pour le cancer, une revue systématique n’a trouvé qu’une seule étude pertinente, négative, et aucune donnée sur une alimentation ou une eau alcaline à visée thérapeutique (Fenton TR, Huang T, BMJ Open, 2016).

5. Marqueurs biologiques : lesquels ont un sens ?

En bref : le bicarbonate plasmatique détecte une acidose franche, pas une acidose latente. Le pH urinaire et le calcul du PRAL donnent une tendance de la charge acide alimentaire ; la citraturie des 24 heures est le marqueur le plus utile en cas de calculs.

Marqueur Repères Ce qu’il dit, ce qu’il ne dit pas Intérêt ⓘ
Bicarbonate plasmatique (« CO₂ total » de l’ionogramme)Environ 22 à 29 mmol/L selon les laboratoires ; acidose si inférieur à 22Référence de l’acidose métabolique ; reste normal dans l’acidose latente. Un bicarbonate « bas normal » chez un sujet âgé ou insuffisant rénal mérite l’attention du médecin⭐⭐⭐⭐
Trou anionique Na − (Cl + HCO₃)Environ 8 à 12 mmol/LOriente le médecin vers la cause d’une acidose franche (lactique, cétose, insuffisance rénale)⭐⭐⭐
pH urinaire (bandelette)Physiologiquement 4,5 à 8 ; tendance acide si durablement inférieur à 5,5 sur les deuxièmes urines du matinReflète les dernières heures d’alimentation ; faussé par une infection, des médicaments, le jeûne. Intérêt comme outil de suivi répété, jamais comme diagnostic⭐⭐
Citraturie des 24 heuresHypocitraturie si inférieure à environ 320 mg/24 hBaisse quand la charge acide augmente ; marqueur clé du bilan de lithiase⭐⭐⭐
Excrétion acide nette, ammoniurieRecueil des urines de 24 hMesure directe de la charge acide éliminée ; réservée à la recherche et à la néphrologie⭐⭐⭐
PRAL ou NEAP calculésJournée alimentaire type ou carnet de 3 joursEstimation de l’apport, utilisée dans les études épidémiologiques ; excellent outil pédagogique⭐⭐⭐

👨‍⚕️ Conseil au comptoir : utiliser le pH urinaire sans le surinterpréter

Si un patient suit son pH urinaire, conseillez des mesures sur les deuxièmes urines du matin, plusieurs jours de suite, en notant l’alimentation de la veille. Un pH très alcalin (supérieur à 7,5) de façon répétée doit faire penser à une infection urinaire ; un pH durablement très acide chez un patient ayant eu des calculs justifie un avis médical et un bilan de lithiase. Dans tous les cas, c’est l’évolution de l’assiette qui compte, pas un chiffre isolé.

6. Les leviers : alimentation, eaux, citrates

En bref : le levier le plus sûr et le mieux documenté est d’augmenter les fruits, légumes, pommes de terre et légumes secs. Les eaux bicarbonatées et les citrates ont leur place, mais avec des contre-indications précises.

1. L’assiette

  • Ajouter plutôt que retirer : une moitié d’assiette de légumes, au moins cinq portions de fruits et légumes par jour, un fruit en collation.
  • Le féculent alcalinisant : pommes de terre, patate douce ou haricots secs, deux à trois fois par semaine, à la place des pâtes ou du riz.
  • Le fromage en touche : les fromages affinés et le parmesan sont les plus acidifiants à poids égal ; herbes, ail et citron relèvent un plat sans charge acide.
  • Moins de sel : le chlorure ajoute sa part à la charge acide, et le sel pèse sur la tension (voir hypertension artérielle).
  • Garder les protéines, surtout après 65 ans : les besoins augmentent pour préserver le muscle (voir dénutrition et sarcopénie).

🆚 Mythe ou réalité ?

❌ Ce qu’on entend souvent

« Pour désacidifier, il faut manger moins de viande et de produits laitiers. »

✅ Ce que montre la recherche

Trompeur. Ce qui détermine la charge acide, c’est le rapport entre protéines et potassium. Ajouter des végétaux fait baisser le PRAL sans toucher aux protéines, alors que les réduire expose à la fonte musculaire chez le senior. Les essais dans la maladie rénale ont utilisé une augmentation des fruits et légumes, pas une restriction protéique (⭐⭐⭐⭐).

2. Les eaux minérales

Une eau riche en bicarbonates apporte des bases : un demi-litre d’une eau gazeuse moyennement bicarbonatée représente une dizaine de milliéquivalents. Mais les eaux les plus riches en bicarbonates sont aussi très riches en sodium : elles ne conviennent pas à une consommation quotidienne chez l’hypertendu, l’insuffisant cardiaque ou rénal. Notre guide Bien s’hydrater aide à lire une étiquette.

3. Les citrates et le bicarbonate

Le citrate de potassium est l’agent alcalinisant le mieux étudié (essais sur la densité osseuse, traitement des lithiases). Le citrate de magnésium, fréquent en micronutrition, apporte à la fois des bases et du magnésium (voir carence en magnésium). Le bicarbonate de sodium relève de la prescription, essentiellement dans la maladie rénale chronique. Aucun de ces produits ne remplace l’assiette, et tous exigent un contrôle préalable.

⚠️ Interactions et contre-indications des alcalinisants

  • Potassium (citrate de potassium, sels de régime, compléments) : risque d’hyperkaliémie en cas d’insuffisance rénale, ou associé aux IEC, sartans, spironolactone, éplérénone, amiloride, triméthoprime, AINS, héparines, ciclosporine ou tacrolimus. Ne jamais conseiller sans connaître le DFG et le traitement.
  • Citrates et aluminium : le citrate augmente fortement l’absorption de l’aluminium. Espacer de plusieurs heures des pansements gastriques et antiacides contenant de l’aluminium, et éviter l’association chez l’insuffisant rénal.
  • Bicarbonate de sodium et eaux très bicarbonatées : apport de sodium (rétention hydrosodée, hypertension, insuffisance cardiaque) ; l’alcalinisation urinaire modifie aussi l’élimination de certains médicaments (augmentation de l’élimination des salicylés, diminution de celle de la méthénamine).
  • Alcalinisation excessive : un pH urinaire durablement très alcalin favorise les calculs de phosphate de calcium.
  • Médicaments acidifiants à connaître : topiramate, acétazolamide (acidose métabolique), metformine en cas d’insuffisance rénale (acidose lactique), gliflozines (acidocétose euglycémique, rare). Toute fatigue, nausée ou essoufflement inhabituel sous ces traitements impose un avis médical.

👨‍⚕️ Conseil au comptoir : la démarche en trois temps

1. Évaluer l’assiette : nombre de portions de fruits et légumes, place du fromage, des féculents raffinés et du sel (l’outil ci-dessous aide à le faire avec le patient). 2. Ajouter des végétaux et un féculent alcalinisant, sans réduire les protéines. 3. Seulement ensuite, et après vérification de la fonction rénale et du traitement, discuter un citrate (de magnésium ou de potassium) chez un patient au profil cohérent : calculs à répétition, crampes avec apports végétaux faibles, ostéopénie. En cas de calculs ou de maladie rénale, l’orientation médicale prime.

🔬 Perspective de recherche — la charge acide, cause ou simple marqueur ? Niveau de preuve : ⭐⭐

Nature des données : cohortes observationnelles, petits essais d’alcalinisation, essais dans la maladie rénale chronique.

Un PRAL élevé signe une alimentation pauvre en fruits et légumes et riche en produits transformés. Les associations observées avec le diabète, la tension ou la masse musculaire pourraient donc refléter la qualité globale de l’alimentation plutôt que l’acidité elle-même. Les essais d’alcalinisation par des sels (citrate, bicarbonate) permettent de trancher : ils sont positifs sur des marqueurs (densité osseuse, citraturie, DFG chez l’insuffisant rénal modéré), mais n’ont pas encore démontré de bénéfice sur les événements cliniques, et l’essai BiCARB rappelle que l’alcalinisation médicamenteuse n’est pas anodine chez le sujet âgé fragile.

Conseil calibré : la stratégie alimentaire (plus de végétaux) est gagnante dans les deux hypothèses ; les compléments alcalinisants restent un choix individualisé, jamais un réflexe.

7. L’outil « Mon assiette acide-base »

En bref : un outil gratuit et anonyme pour estimer avec le patient la charge acide d’une journée type, vérifier protéines, végétaux et sel, puis l’équilibrer et imprimer une fiche.

L’outil Mon assiette acide-base applique la méthode PRAL aux portions du tableau de la section 3. Le patient compose une journée ordinaire, visualise une balance acidifiants-alcalinisants et quatre jauges (charge acide, fruits et légumes, protéines, sel), puis teste des échanges et des ajouts. Il intègre deux garde-fous : une alerte pour les patients insuffisants rénaux ou sous traitement hyperkaliémiant, et un rappel pour les plus de 65 ans de ne pas réduire les protéines.

8. Tableau récapitulatif

Question Ce que l’on sait Niveau de preuve ⓘ
L’alimentation modifie-t-elle le pH sanguin ?Non (moins de 0,02 unité) ; le pH urinaire, oui⭐⭐⭐⭐⭐
Fruits et légumes dans l’insuffisance rénale modéréeRalentissent la baisse du DFG, comme le bicarbonate⭐⭐⭐⭐
Citrate et calculs urinairesTraitement établi des hypocitraturies et des calculs d’acide urique⭐⭐⭐⭐
Citrate de potassium et osDensité osseuse +1 à +2 %, fractures non étudiées⭐⭐⭐
Charge acide et diabète de type 2Association dans les cohortes (E3N : HR 1,56)⭐⭐
Charge acide et muscleProtéolyse prouvée dans l’insuffisance rénale ; associations ailleurs⭐⭐
Acidose latente et fatigueHypothèse micronutritionnelle plausible, non démontrée⭐
Alimentation ou eau alcaline et cancerAucune preuve⭐

🔑 En résumé

L’équilibre acido-basique du sang n’est pas menacé par l’alimentation, mais la charge acide d’une alimentation occidentale est réelle, mesurable par le PRAL ou le NEAP, et pèse davantage quand le rein vieillit. Les preuves les plus solides concernent la maladie rénale chronique et les calculs urinaires ; pour l’os, le muscle et le métabolisme, les données restent des associations et des effets sur des marqueurs. Le levier le plus sûr est d’ajouter fruits, légumes, pommes de terre et légumes secs, sans réduire les protéines, et de modérer le sel. Les citrates ont leur place, à condition de vérifier la fonction rénale, le potassium et les traitements.

📚 Sources de cet article

  1. Remer T, Manz F, Potential renal acid load of foods and its influence on urine pH, J Am Diet Assoc, 1995
  2. Frassetto L, Sebastian A, Age and systemic acid-base equilibrium: analysis of published data, J Gerontol A Biol Sci Med Sci, 1996
  3. Dietary acid load: mechanisms and evidence (revue), Nefrología, 2019
  4. Fenton TR, Huang T, Systematic review of the association between dietary acid load, alkaline water and cancer, BMJ Open, 2016
  5. Fenton TR et al., Causal assessment of dietary acid load and bone disease: a systematic review and meta-analysis applying Hill’s epidemiologic criteria, Nutr J, 2011
  6. Jehle S et al., Partial neutralization of the acidogenic Western diet with potassium citrate increases bone mass in postmenopausal women with osteopenia, J Am Soc Nephrol, 2006
  7. Jehle S et al., Effect of potassium citrate on bone density, microarchitecture, and fracture risk in healthy older adults without osteoporosis, J Clin Endocrinol Metab, 2013
  8. Fagherazzi G et al., Dietary acid load and risk of type 2 diabetes: the E3N-EPIC cohort study, Diabetologia, 2014
  9. Goraya N, Wesson DE et al., fruits and vegetables or bicarbonate in chronic kidney disease (synthèse, American Society for Nutrition)
  10. Witham MD et al., Clinical and cost-effectiveness of oral sodium bicarbonate therapy for older patients with chronic kidney disease and low-grade acidosis (BiCARB), BMC Med, 2020
  11. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease, Kidney Int, 2024
  12. Anses, Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual

⚠️ Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif. Il ne constitue pas un avis médical, ne remplace pas la consultation d’un professionnel de santé et ne doit pas conduire à modifier un traitement sans avis médical. En cas de maladie rénale, de calculs urinaires ou de traitement au long cours, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute supplémentation.

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